Rentrée à Nice : ouverture d'une école entièrement en nissart pour notamment promouvoir la culture Occitane

L'école Mauris Sgaravizzi est une école 100% niçoise. Elle ouvre ses portes à une quinzaine d'élèves pour cette rentrée 2021. C'est le quatrième établissement de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à dispenser tous ses cours en Occitan.

"Cu ten la lenga, ten la clau", cette citation empruntée au prix nobel de littérature Frédéric Mistral est placardée dans cette nouvelle école où l'on parle en nissart. Un établissement "immersif", pour que "celui qui possède la langue, possède la clef", traduit Cristóu Daurore, le président de l’association Nissa Pantai et nouveau directeur de l'école Maurís Sgaravizzi à Nice.

Une totale immersion jusqu'au niveau CM2. L’objectif de l'équipe pédagogique : accompagner une quinzaine d'élèves jusqu'à la fin de l'école primaire, afin qu'ils maîtrisent les fondamentaux de la langue et de la culture niçoise.

Dans cet établissement, on ne parlera qu’en niçois. Le français sera lui intégré au programme à partir du CE1.

Cristóu Daurore, directeur de l'école

En plus des cours, des sorties sont prévues, afin de découvrir ce patrimoine culturel. "Il y aura des visites avec les élèves, comme celle d'une exploitation viticole, mais aussi des rencontres avec des acteurs locaux, comme l’un des rares pêcheurs professionnel niçois", ajoute le directeur avec enthousiasme. 

Cristóu Daurore se souvient avec émotion des échanges en niçois chez sa grand-mère maternelle lorsqu'il était encore enfant. C'est elle qui lui a transmis cette passion pour ce patois. Il n'a jamais parlé en français lorsqu'il était avec elle. "Une véritable richesse culturelle", selon ses mots, qu'il souhaite aujourd'hui transmettre aux futures générations. Il enseigne déjà en tant que professeur d’occitan dans un lycée local. 

Les écoles calandretas

Cette école s'inscrit dans un réseau plus conséquent : 65 établissements dans le Sud (de la frontière espagnole à la frontière italienne) dont 3 dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. On les appelle des écoles calandretas : un groupement d’établissements où l’on parle l’occitan.

L’Occitan est une langue qui concerne pratiquement tout le sud de la France, ses dialectes varient selon les régions comme le gascon du côté de Bordeaux (Gironde) ou le provençal à Marseille (Bouches-du-Rhône). Cette école occitane implantée à Nice pratiquera donc le nissart. 

Un projet encore en construction 

Ce projet d'école s'inscrit dans un processus ancien, mais à Nice il n'est pas encore totalement abouti. Déclarée auprès du rectorat le 5 août dernier, l'école est directement gérée par l’association Nissa Pantai, le tout en partenariat avec le réseau des écoles calandretas et l’association República de Nissa (association à l’origine du Nissart, une monnaie locale).  

 "Pour le moment, aucun local n'a été trouvé, des discussions sont ouvertes avec la municipalité de Nice", explique Cristóu Daurore. 

En attendant, seul son fils est accueilli au sein du quartier Pasteur, dans son propre appartement qu’il a aménagé en conséquence pour faire classe à la maison. D'autres élèves pourraient se greffer au projet en attendant le local public. Une réponse est attendue pour le mois de septembre pour un espace dans le vieux-Nice. 

Ce projet d'école avait déjà vu le jour au début des années 2000 à Drap (2002-2008), l'établissement avait ensuite été transféré à Nice (2008-2010). Cette école avait fermé faute de moyens. Cristóu Daurore y était déjà enseignant. 

Une école associative et une pédagogie unique

Il s’agit d’une école associative dans laquelle les enfants, les parents, ainsi que les enseignants sont acteurs. 

La participation active des parents donne à l’enfant un sentiment de sécurité et de fierté, et lui permet de s’épanouir au sein d’un groupe social. L’école n’est pourtant pas communautaire, elle est très ouverte sur l’extérieur, notamment grâce aux différentes manifestations festives et de découvertes de la région niçoise.

précise Cristou Daurore

Trois personnes composent l'équipe pédagogique. Cristóu Daurore, son épouse Diana Vainer et une assistante maternelle au profil atypique : Erin Wright. Une Australienne, passionnée de linguistique, qui vit à Nice depuis dix ans.  

Les professeurs ont mis en place une pédagogie coopérative. L’emploi du temps des enfants est aménagé en leur faveur, leur laissant un accès à des ateliers ludiques. "C'est un apport bénéfique à leur réussite scolaire", affirme le directeur.

De plus, les devoirs à la maison sont allégés. Les acquis sont principalement évalués par un système de couleurs (comme les ceintures de judo). Ces couleurs sont demandées par l'élève lui-même, il apprend donc à reconnaître ses propres évolutions.

Une monnaie de la classe

Les enfants sont aussi rémunérés pour leur travail par la monnaie de la classe (petits bouts de papier). Celle-ci permet de valoriser le travail des enfants qui peuvent, lors du "mercat de la classa" (marché de la classe), acheter les objets ramenés par leurs camarades (petits jouets, bonbons, fabrications des enfants...).

Cette monnaie sert aussi à payer des "multas" (amendes) lorsque les enfants enfreignent les règles posées en classe ou dans l’école.

Des conseils d'école seront organisés un mardi sur deux afin de permettre le dénouement des problématiques (chamailleries, mésententes, remarques) ou entendre des propositions pour améliorer la vie de l’école.

Les frais d'inscription sont de 100 euros par mois. Mais Cristóu Daurore précise : "Si des familles modestes font le choix d'inscrire leurs enfants dans notre école, comme des réfugiés par exemple, ils seront évidemment exonérés de ces frais de scolarité." Un sytème de cantine scolaire avec des produits locaux est aussi proposé. 

L'école Calandreta de Nice devra attendre cinq ans avant de pouvoir être sous contrat avec l'Etat, même si les cours dispensés sont adaptés au programme de l'Education Nationale.

Et pour ceux qui se demandent encore à quoi peut ressembler le nissart ? Le chanteur Yves Pujol vous en donne un avant-goût dans cette vidéo Youtube : 

Et comme l'artiste le rappelle si bien : "Issa Nissa ! Qui ne saute pas n'est pas niçois !"  

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