Dans un contexte de mobilisation nationale contre les nuisances sonores liées au trafic aérien, les riverains des aéroports de Nice et Cannes-Mandelieu témoignent d'un quotidien difficilement supportable. Plusieurs mesures ont pourtant été mises en place par la direction de l'aéroport.

La question de la régulation du trafic aérien est un sujet ô combien sensible. Cela semble encore plus vrai sur la Côte d'Azur, où les frictions entre les associations qui militent pour une baisse du nombre de vols et les représentants des aéroports sont exacerbées. 

Albert Dauphin n'aime pas l'avion, et il a ses raisons. Le président de l'Association de défense contre les nuisances aériennes de l’aéroport Cannes-Mandelieu (ADNA) habite à Mougins, près de l'aéroport de Cannes-Mandelieu dans les Alpes-Maritmes. 

D'après lui, les nuisances sonores sont quotidiennes : "ce qui gêne le plus la population, ce sont les jets. Quand un jet passe, on s'arrête de parler ! Si l'on est par exemple dehors autour d'une table, on ne s'entend plus parler". 

Le pire, c'est la répétitivité. L'été, ça peut monter jusqu'à soixante jets par jour ! C'est un bruit particulièrement violent, ça gâche la vie, ça affecte la santé des gens.

Albert Dauphin, président de l'ADNA

Albert Dauphin décrit une situation dans laquelle les aéronefs survolent, avant de se poser, une zone de quinze kilomètres à basse altitude, occasionnant une gêne importante pour plus de 50 000 habitants. "Même par rapport à l'autoroute, les jets sont bien pires", déplore-t-il. 

Une manifestation nationale contre les nuisances sonores

Jeudi 13 mars, une manifestation d'envergure nationale de protestation contre les nuisances sonores a eu lieu à l'appel de l'Union française contre les nuisances des aéronefs (UFCNA) et du réseau citoyen "Rester sur Terre". Selon ce dernier, "le bruit du trafic aérien est associé à de nombreux et graves problèmes de santé : maladies cardiovasculaires, troubles cognitifs (en particulier chez les enfants), problèmes de santé mentale (comme la dépression), troubles du sommeil, diabète et maladies liées au stress telles que l'hypertension".

"Les employés des plateformes aéroportuaires et les riverains, peuvent subir des lésions ou une perte d'audition due au bruit. Plusieurs études européennes portant sur des échantillons de population de grande taille ont confirmé des corrélations non seulement entre le bruit des avions et des maladies graves, mais aussi une augmentation des admissions à l'hôpital et une mortalité accrue", peut-on lire sur le site web de "Rester sur Terre". 

S’appuyant sur la récente décision du gouvernement des Pays-Bas de réduire le trafic de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol à 440 000 mouvements par an, les associations ont lancé une pétition demandant un plafonnement du trafic aérien au ministre des Transports Patrice Vergriete, laquelle a rassemblé 15 000 signataires en deux semaines. Clément Beaune, le prédécesseur de Patrice Vergriete, avait laissé cette possibilité ouverte lors d'échanges avec des élus et des représentants de la société civile en mai 2023. Il s’était alors engagé à étudier des scénarios de plafonnement des vols. 

L'aéroport de Nice Côte d'Azur est-il trop bruyant ?  

Thierry Bitouzé se bat pour cette réduction des mouvements aériens. Le cofondateur du lobby apartisan "Collectif citoyen 06" souhaite rappeler que l'aéroport de Nice représente "en moyenne 180 000 vols par an, soit 500 vols par jour, soit 20 vols par heure". 

"C'est énorme pour un aéroport urbain ! N'oublions pas que les pistes de cet aéroport touchent la promenade des Anglais et qu'il tourne 24h/24 ! Beaucoup de gens sont très impactés à Nice. Des médecins ont annoncé qu'il était dangereux pour la santé de vivre à proximité", assène-t-il. 

Thierry Bitouzé pointe également le refus de l'aéroport de Nice de réaliser une étude d'impact selon l'approche équilibrée (EIAE). Il s'agit d'une étude sur le bruit émis par les aéronefs aux alentours des aéroports. Visant à réduire les nuisances sonores, elle est actuellement mise en place en France par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), un organisme de l'ONU.

"Tous les aéroports le font, Paris, Lille, Bordeaux, Toulouse... Nice est le seul aéroport de France à refuser, sans aucun prétexte", dénonce Thiery Bitouzé. L'étude de l'approche équilibrée est menée sous l'autorité du préfet.

Bernard Gonzalez, l'ancien préfet des Alpes-Maritimes qui a depuis mis un terme à sa longue carrière de 46 ans au service de l'État, n'avait pas enjoint l'aéroport Nice Côte d'Azur à lancer ce dispositif. "La question est désormais de savoir si le nouveau préfet Hugues Moutouh va le contraindre à s'y plier. Nous y travaillons", indique Thierry Bitouzé. 

L'extension de l'aéroport de Nice au cœur des débats 

Un autre fracture entre les détracteurs et les défenseurs de l'activité de l'aéroport Nice Côte d'Azur réside dans le projet d'extension de 25 000 m² du terminal 2 de l'aéroport niçois, qui comprend la construction de six salles d'embarquement supplémentaires ainsi qu'une salle d'enregistrement et de récupération des bagages d'ici 2026. 

"Ce projet d'extension du terminal 2 vise à permettre l'augmentation de 50% de passagers en plus, c’est-à-dire sept millions de passagers supplémentaires d'ici 2030. C'est au bas mot 20 000 vols supplémentaires par an !", a déclaré au micro de France 3 Côte d'Azur Airy Chrétien, l'autre cofondateur du "Collectif citoyen 06", en marge de la manifestation du jeudi 13 mars, qui s'est déroulée à Grasse.  

L'aéroport Nice Côte d'Azur réfute l'augmentation du nombre de vols après les travaux

"C'est inexact, répond d'emblée Aymeric Staub, porte-parole des Aéroports de la Côte d'Azur, notre capacité d'accueil actuelle est de quatorze millions de passagers par an et sera de dix-huit millions après les travaux, ce qui fait une augmentation de quatre millions de voyageurs par an". 

En outre, "avoir plus de passagers n'implique pas forcément plus de mouvements aériens", défend le représentant de l'aéroport de Nice, qui justifie son propos : "depuis 2012, nous avons 27% de passagers en plus, et pourtant 3,17% de mouvements en moins. Cela correspond à dix mouvements de moins par jour".

Aymeric Staub explique cela par trois phénomènes. "Tout d'abord, il y a de plus gros avions qui peuvent accueillir davantage de passagers. Ensuite, il y a un taux de remplissage des avions qui s'améliore. Enfin, la tendance du secteur va vers les vols low cost (à moindres coûts, NDLR). Or ces vols offrent généralement plus de sièges dans leurs avions que les autres compagnies", détaille-t-il. Selon lui, l'extension de l'aéroport de Nice ne serait donc pas forcément synonyme d'augmentation du trafic aérien.

De nombreuses mesures prises contre les nuisances sonores

En ce qui concerne le bruit engendré par les avions, de nombreuses mesures ont été mises en place par l'aéroport Nice Côte d'Azur pour minimiser la gêne et améliorer la tranquillité des riverains. En premier lieu, une aide à l'insonorisation des habitations. Financée à hauteur de 80%, "elle a été attribuée à presque toutes les personnes éligibles qui en ont fait la demande", soit plus de 2 800 logements. 

"Depuis 2002, nous avons également un espace riverains sur le terminal 1 où nous les accueillons pour échanger. Nous avons aussi inversé les deux pistes de l'aéroport pour que le décollage, qui est le plus bruyant, se fasse sur la piste la plus éloignée des terminaux et des habitations", abonde Aymeric Staub. 

"Plus récemment, nous avons durci les règles des trajectoires au décollage pour que les avions montent plus rapidement dans le ciel. Ainsi, le franchissement du trait de côte doit se faire au moins à 7 000 pieds, continue-t-il, nous avons d'autre part lancé une campagne de mesure du bruit et installé un capteur de son sur le toit de la Marina Baie des Anges. Celui-ci n'a pas détecté de nuisances particulièrement élevées, ou du moins dans des proportions acceptables vis-à-vis des normes en vigueur". 

Enfin, Aymeric Staub rappelle qu'un arrêté ministériel de mars 2010 empêche les avions les plus bruyants d'atterrir entre 23h30 et 6h15 et de décoller entre 23h15 et 6h00. Cette batterie de mesures bien réelles n'apaise cependant pas les griefs des opposants aux projets de l'aéroport niçois, qui manifestent régulièrement à ses abords.

La régulation du trafic aérien, un défi d'avenir

Si le dialogue entre les représentants associatifs et ceux des aéroports semble au point mort, il ressort tout de même des différents échanges avec les uns et les autres un point qui mérite d'être souligné : les positions ne sont pas radicales. 

"Nous ne sommes pas contre le trafic aérien, nous voulons juste le réduire", modère Thierry Bitouzé du "Collectif citoyen 06", quand Aymeric Staub reconnaît de son côté "qu'effectivement, un avion ça peut faire beaucoup de bruit".

Une certaine ouverture qui ne permet néanmoins pas de surmonter les désaccords pour l'instant, et qui ne nous laisse qu'un constat sous le bras : l'évolution du trafic aérien est devenue l'un des enjeux sociétaux majeurs des prochaines décennies. 

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