Pourquoi moins d'échanges de bons vœux en 2024 alors que les belles cartes font un retour en force ?

Nombre d'entre nous ont remarqué cette année que moins d’amis, de collègues ou de connaissances leur avaient envoyé de SMS à l'occasion des fêtes. Moins de personnes pour souhaiter une bonne année à l’heure du passage en 2024. Pourtant, phénomène contradictoire, la vente des cartes de vœux repart à la hausse. Alors moral à la baisse, paresse ou autre raison ?

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Que se passe-t-il ? Les 12 coups de minuits ont sonné depuis un bon moment et le téléphone n’est pas en mode « vibration furieuse » comme les autres années. Quelques messages finiront par arriver pour souhaiter une bonne année, mais sans plus.

Lapidaire, sans grande imagination, impersonnel et surtout en nombre particulièrement restreint. Serait-ce que la tradition des vœux à du plomb dans l’aile ?

Pour le psychiatre niçois, Alain Salimpour, l’explication est à chercher dans la conjoncture internationale actuelle.

Entre les guerres et les maladies, l’esprit de la fête est terni par les évènements qui se passent dans le monde. Les gens ont moins le moral parce qu’ils se rendent compte des conséquences dans leur propre pays. Tensions, agressions, violence, insécurité, crise économique laisse une grande place à l’anxiété sur l’avenir, parfois même inconsciente. Or quand on est inquiet, on n’est pas dans une ambiance joyeuse. Pour se souhaiter une bonne année, il faut pouvoir faire la fête.

Le psychiatre niçois, Alain Salimpour.

Selon lui, "pour faire la fête, il faut de la joie de vivre et de l’argent, or tout est moins facile depuis quelques années. Les choses ont changé. Cette anxiété qui se pose sur l’avenir fait qu’on ne pense pas à présenter ses vœux. Le changement d’année signifie moins, car le souvenir de 2023, qui a été une année très difficile, n’est pas joyeux et dieu seul sait ce que sera la suivante. Il n’y a pas d’optimisme démesuré."

L'envoi des cartes de vœux a de nouveau le vent en poupe

Phénomène contradictoire autant qu'étrange, alors que l'échange de vœux diminue, la vente des cartes de vœux, elle, est repartie à la hausse.

À quelques mètres du Palais de justice de Nice, Pascal Maine et son épouse ont fondé il y a 30 ans, Desirdezarts, une échoppe débordante de mille et une cartes à envoyer pour toutes les occasions :

"On travaille toujours bien, car il y a beaucoup de choix, à tous les prix. Entre 1,50 euro et 10 euros, il y en a pour tous les budgets et on est attaché à rester très raisonnable. Ma femme passe beaucoup de temps à choisir avec soin toutes les cartes postales avec notre dizaine de fournisseurs. On sélectionne énormément. Le magasin est petit."

C’est son frère qui lui a donné l’idée d’ouvrir une carterie. "Il vit en Picardie et dessine lui-même des cartes postales très colorées et humoristiques pour toutes les occasions. Bien sûr, elles sont vendues au magasin. J’étais au chômage et nous étions à table pour les fêtes de Noël quand il a eu cette idée géniale ! "

Lorsqu’on lui demande qui achète encore des cartes, notamment pour les vœux, la réponse est précise 

 Nous avons une clientèle composée à 50% d’habitués niçois et de touristes de passage. Cette année, beaucoup nous ont dit avoir arrêté les SMS pour les vœux, que ce soit pour Noël ou pour 2024, et être revenu à la carte postale. Nous l’avons directement constaté en magasin. Et même à présent, il y a beaucoup de personnes qui achètent pour l’an prochain. Une cliente m’a raconté qu’elle avait même fabriqué une boite spéciale pour les entreposer !

Pascal Maine, gérant d'une carterie.

Une tradition victorienne "made in Outre-Manche"

Se souhaiter une bonne année, de la santé, du succès et plein d’autres choses est une tradition très ancienne.  

La 1ʳᵉ carte de vœux est apparue en 1843 en Angleterre où la tradition est toujours très vivace. C’était peu après la création du timbre postal le 6 mai 1840. Il s’agissait d’un dessin du peintre anglais John Callcott qui représentait trois générations de la famille d’Henry Cole, le directeur fondateur du Victoria and Albert Museum de Londres. La famille portait un toast dans un panneau central, entourée d’une treille et de scénettes représentant des actions de dons. Un double message pour la fête et la charité. Henry Cole avait fait imprimer 1000 exemplaires avec un message pour souhaiter à la fois de joyeuses fêtes et une bonne année.

Très vite, cette pratique toute victorienne s’étend dans les autres pays du monde à la faveur du développement de l’imprimerie.

J’envoie mes meilleurs vœux à tout mon réseau professionnel. C’est l’occasion idéale de souhaiter une bonne année, de garder le contact dans un monde très concurrentiel, de marquer mon intérêt pour chaque personne.

Axelle Oxbird

FTV

Axelle Oxbird en franco-anglaise. Férue de cartes de vœux, elle fabrique, chaque année, ses propres cartes. « J’invente des modèles originaux au gré de ma fantaisie et je prends aussi des idées au V&A qui possède une collection nationale de plus de 30.000 exemplaires dont plus de la moitié célèbrent les fêtes de fin d’année. Les vœux de chaque carte sont personnalisés. C’est très important pour moi et pour ceux qui les reçoivent. Ça prend plus de temps, mais l’effet est bien plus positif ! »

Il y a une chose de moins positive que Pascal Maine pointe du doigt : « Le gros problème, c'est l’augmentation du prix des timbres. À raison de 10 % chaque année, en 5 ans, ils ont pris 50 %. Les gens écrivent moins, car le prix des timbres les freine et les fait réfléchir avant d’envoyer les traditionnels courriers. »

Pour vous tous qui lisez ces lignes, que vous souhaitiez une bonne année ou pas, que vous le fassiez par écrit ou de vive voix : Bonne et heureuse année 2024 !