Procès de l'attentat de Nice : François Hollande et Bernard Cazeneuve parlent de la sécurité et du maintien de la fête malgré la menace terroriste

L'ancien président de la République François Hollande et le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, ont témoigné ce lundi 10 octobre dans l'après-midi au procès de l'attentat de Nice. Ils ont été questionnés sur le maintien des célébrations du 14 juillet malgré un niveau élevé de menace terroriste et sur le dispositif de sécurité de cette soirée.

Ils étaient les témoins les plus attendus de la journée du 10 octobre. L'ancien président de la République François Hollande et l'ancien ministre de l'Intérieur et Premier ministre Bernard Cazeneuve ont témoigné ce lundi au procès de l'attentat de Nice devant la cour d'assises spéciale.

Alors qu'il se trouvait dimanche 9 octobre au festival du livre de Mouans-Sartoux, François Hollande avait expliqué qu'il voulait aller à Nice avant son témoignage à Paris. "Je voulais revoir cette Promenade des Anglais où il y a eu tant d'horreurs qui ont été commises", a-t-il déclaré à France 3 Côte d'Azur.

L'ancien président a commencé par une déclaration spontanée très courte, préférant visiblement répondre aux questions des différents partis plutôt que raconter de lui-même la façon dont il avait appréhendé la gestion de cet attentat. 

Le président de la cour d'assises spéciale a commencé par une question sur la prévention du risque d'attentat. Une question que François Hollande admet s'être posé après chaque attaque terroriste survenue au cours de son mandat : "Pouvait-on l'éviter ? Avait-on les informations qui permettaient d'appréhender un auteur d'attentat qui s'apprêtait à nuire ?"

François Hollande rappelle qu'en juillet 2016, l'Etat islamique "avait subi des pertes élevées" et que ses moyens d'action étaient "limités ou entravés". "Ce que nous redoutions, c’était les actes de personnes isolées pas forcément soutenues par une organisation, avec très peu de complices", détaille-t-il.

Fabien Rajon, avocat notamment de l'association Promenade des Anges, a souhaité que le président revienne sur la notion d'état d'urgence, déclenchée à la suite des attentats du 13 novembre 2015. Le 14 juillet 2016 dans la journée, François Hollande, alors interviewé par David Pujadas avait annoncé que l'état d'urgence serait levé 10 jours plus tard. "L’état d’urgence par définition n’a pas vocation à durer, a répondu l'ancien président. Le soir du 14 juillet, nous sommes encore dans l’état urgence. Ce n’est pas parce que nous avons ces procédures que la menace n’existe plus par ailleurs."

Ne pas renoncer à la liberté

Toutefois, François Hollande a rappelé qu'il "avait été convenu que nous devions continuer à vivre", "c’eut été céder au chantage terroriste que d’arrêter de sortir". Ainsi, s'il admet qu'il aurait été possible de supprimer toutes les fêtes locales, il assume ne pas l'avoir fait puisque de toutes façons "personne ne l'avait demandé". "Est-ce qu’il fallait tout arrêter, tout suspendre ? Ce n'est pas la décision qui a été prise et je pense que ce n'était pas la décision qu’il fallait prendre", renchérit-il..

Bernard Cazeneuve qui a succédé à la barre à François Hollande a la même opinion : "Un pays comme la France n’avait pas l’intention de renoncer à toute ses libertés, au motif qu’une organisation terroriste avait décidé par la terreur de conduire ce pays à y renoncer."

Quel dispositif de sécurité ?

Concernant la sécurité du soir du 14 juillet, même si c'est un sujet abordé avec plus de détails par l'ancien ministre de l'Intérieur, M. Hollande a assuré que "tous les effectifs possibles" avaient été mis à Nice, "comme dans toutes les villes où il y avait des feux d'artifice". Une remarque qui n'a pas manqué de faire réagir les bancs de la salle grand procès où de nombreuses parties civiles se sont installées en ce jour particulier.

Mais comme l'a rappelé l'ancien ministre de l'Intérieur, même si les célébrations diverses n'étaient pas interdites, il ne fallait pas oublier que cette menace terroriste existait. Ainsi, il a rappelé dans quel cadre il était possible d'organiser des événements de grande ampleur. Il fallait notamment que le préfet soit en "étroite liaison" avec les services de sécurité et que des exercices réguliers aient lieu entre les différents services de sécurité (police, gendarmerie, RAID, GIGN, etc...). "Toutes les informations communiquées à l’époque, c’est que la coopération entre les forces de sécurité était fluide, pour ne pas dire exemplaire", a indiqué Bernard Cazeneuve.

En tant qu'ancien ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve a naturellement abordé la question du dispositif de sécurité le soir du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais. Il a rappelé les chiffres des effectifs de police nationale présentes à Nice. Il y avait 64 fonctionnaires de police nationale sur le périmètre le soir du 14 juillet. 

Concernant la police municipale, bien qu'elle ne soit pas de la responsabilité de son ministère, il a rappelé que Nice avait un niveau d'effectif "très significatif", comptant 391 agents de police municipale au total à l'époque. Il ne peut toutefois pas fournir de chiffres précis concernant la police municipale sur place, il faudra attendre l'intervention de Christian Estrosi et de Philippe Pradal le jeudi 20 octobre prochain.

Impossible de garantir 100% de sécurité

Il indique également qu'il y avait dix points de contrôle le long de la Promenade, incluant les services nationaux et municipaux. Il y avait également une "patrouille dynamique". Leur mission était plutôt de prévenir un attentat à l'arme blanche ou bien à l'arme à feu. "Aucune victime n'a témoigné de ces contrôles", a signalé une avocate de parties civiles. Il répond : "J'ai indiqué ce que j'avais lu dans le rapport mais je n'y étais pas. Je ne peux vous donner que les informations qui apparaissent dans le rapport de l'IGPN." Un rapport qui n'a d'ailleurs pas été fourni à la cour, comme l'a indiqué Laurent Raviot, président de la cour.

M. Raviot note l'absence de "plots de béton", ces blocs empêchant les véhicules d'intégrer une zone piétonne. Le ministre de l'Intérieur a répondu que le dispositif de sécurité avait été pensé de façon à ce que les secours puissent être acheminés et afin qu'aucun phénomène de panique ne vienne enfermer les personnes. Lors des questions des avocats des parties civiles, l'homme politique a insisté : "Vous ne pouvez pas mettre en place des dispositifs qui garantissent 100% de sécurité."

Il a également répondu à la question de la comparaison avec la fan zone de l'Euro. En effet, cette comparaison revient régulièrement dans les témoignages des parties civiles. Ils rapportent un grand écart de sécurité (au niveau des fouilles notamment) entre l'entrée dans la fan zone de l'Euro 2016 à Nice quelques jours avant et l'entrée dans la zone piétonne de la Prom' Party. Bernard Cazeneuve souligne que la fan zone étant un endroit clos, il était logique qu'une fouille ait lieu tandis que la Promenade des Anglais restait ce soir-là "un lieu de circulation sur un périmètre beaucoup plus large".

En revanche, il estime que parler des plots de béton et leur position possible sur la Promenade revient à entrer "dans un niveau de détails qui ne peut pas être maitrisé" au niveau du ministère de l'Intérieur, considérant notamment qu'il y avait ce soir-là "15 000 manifestations en France" et que cela relève de la responsabilité "du travail dans les préfectures".

Le travail du préfet a été évoqué lors du témoignage de François Hollande, ce dernier indiquant qu'avec les trois réunions prévues à la préfecture sur la sécurisation du 14 juillet, le préfet avait "mis le paquet".

"Chaque attentat est un échec"

Aborder la question de la sécurisation a également permis aux avocats de parties civiles de revenir sur une rumeur qui disait qu'il y avait un manque de forces de sécurité le soir du 14 juillet à Nice parce que certains fonctionnaires avaient été appelés à Avignon pour assurer la sécurité du président de la République. "Avez-vous reçu des renforts de forces de sécurité au détriment de la sécurité dans les Alpes-Maritimes ?", demande un avocat. François Hollande a assuré qu'il n'y avait aucune sécurité supplémentaire que son service habituel lors de cette soirée. Pourtant, lorsque Bernard Cazeneuve a indiqué où des forces mobiles avaient été mobilisées le soir du 14 juillet, il a donné les noms de cinq villes : Carcassonne, Marseille, Toulouse, Montpellier et Avignon. Sans préciser toutefois pourquoi la commune d'Avignon avait été choisie.

Les deux anciens responsables politiques ont tous deux admis que malgré l'état d'urgence, malgré les efforts de sécurisation pour des évènements de grande ampleur, il y avait eu échec de leur part et donc de la part de l'Etat. "Chaque attentat qui survient est un échec, dit Bernard Cazeneuve, d'un ton grave. Lorsque le risque survient, que l’attentat se produit, et qu’il y a des familles endeuillées et des vies brisées, c’est, pour le ministère de l’Intérieur, un échec."

Même sentiment du côté de François Hollande : "Il y a eu un attentat donc forcément, il y a eu une défaillance."

Cette journée de témoignages a pu apporter quelques réponses aux parties civiles et à la cour. Toutefois, l'absence du préfet des Alpes-Maritimes de l'époque, Adolphe Colrat, dans la liste des témoins cités est de plus en plus criante.

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