Procès de l'attentat de Nice : la famille du terroriste témoigne à la barre

Publié le Mis à jour le
Écrit par Pauline Thurier .

Ce mercredi 26 octobre, sept membres de la famille du terroriste ont été entendues dans le cadre du procès de l'attentat de Nice. Ses parents parlent d'un jeune homme qui avait des accès de violence mais dont ils s'étaient éloignés depuis son arrivée en France.

La huitième semaine du procès de l'attentat de Nice est consacrée à la personnalité du terroriste pour comprendre la préparation de l'attentat. Mercredi 26 octobre, plusieurs membres de sa famille ont témoigné devant la cour d'assises spéciale pour parler de son adolescence et de leurs relations avec lui. Une journée ponctuée par des témoignages flous délivrés par des personnes qui avaient parfois du mal à plonger dans leurs souvenirs.

Isolé à l'adolescence

Durant son adolescence, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était un garçon isolé, qui a commencé à vivre seul dès ses 16 ans. Ses parents l'avait placé dans un studio près du logement familial car il avait un "comportements durs et difficiles avec ses frères et sœurs", explique son père Mohamed Monder Lahouaiej-Bouhlel. Sa tante paternelle Rafika M. dit quant à elle que c'était sa volonté de vivre seul car il ne supportait pas ses plus jeunes frères et sœurs qui faisaient trop de bruit. 

Passionné depuis l'adolescence par la musculation, le jeune homme voulait faire des études pour être coach sportif mais son père voulait qu'il fasse des études d'ingénieur. Pour l'une de ses sœurs Rabab, c'est une des raisons pour lesquelles la relation entre son père et lui était très tendue. Sa tante témoigne elle aussi d'une mauvaise relation avec ses parents : "Il avait trop de haine contre ses parents, il disait "c’est des rats"".

Sa sœur Rabab décrit un homme crédule, qui pouvait "facilement être sous l'effet des autres". "J’avais l’impression qu’il avait deux personnalités, explique-t-elle. Une fois il était gentil, une fois il ne l’était pas." 

Ses parents et sa sœur Rabab parlent également de la violence chez Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un trait caractéristique de sa personnalité. Ses professeurs en avait parlé à son père. A la maison aussi, il se montrait régulièrement violent, "énervé". Son père raconte : "Il devient rouge, on distingue qu’il est énervé, on s’éloigne un peu de lui et après il se calme."

Un soir, alors que tout le monde dormait dans le logement principal de la famille, il a enfermé ses frères et sœurs et ses parents dans la maison avec une chaîne. Un autre jour, il casse toutes les vitres et les portes de la maison. "J’avais vraiment peur de lui, tout le monde avait peur de lui", raconte sa sœur. Son père, qui dit avoir "vu un regard dangereux" ce jour-là, décide de l'emmener voir un psychiatre. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a alors 19 ans.

Le père rapporte ce mercredi que le psychiatre a diagnostiqué un surmenage et lui a prescrit des médicaments. Il devait retourner voir le psychiatre mais se sentant bien, d'après sa mère, il a refusé.

Peu de contacts depuis la France

Après son mariage et son déménagement en France en 2007, sa famille restée en Tunisie n'a eu que très peu de contacts avec lui. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel est revenu à deux reprises en 2012 dans son pays natal mais de cette visite, les parents ne gardent que très peu de souvenirs. Depuis 2012, ses parents ne l'avaient plus revu physiquement.

Son père entend quelques nouvelles de la part de sa mère, de sa tante Rafika, ou des personnes qui reviennent en Tunisie pour l'été. "Tout le monde me disait ton fils, il danse, il va dans les boîtes", rapporte le père. Quand les avocats lui demande si cela le gênait que son fils ne soit pas "un bon musulman" comme ses parents, le père répond que non, "chacun fait comme il veut".

Lors de ses visites en Tunisie, Rafika M. rapporte au père des problèmes dans le couple entre Hajer K. et Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. En apprenant ces problèmes de violences conjugales, les parents tentent d'obtenir un visa pour venir en France et parler de cela avec lui mais leur demande est refusée.

Sa sœur Rabab parle aussi des violences conjugales. C'est l'ex-épouse de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel qui la contacte "quand [son] frère la frappait"

Rabab et Mohamed Lahouaiej-Bouhlel entretiennent des relations par messages mais il ne lui "racontait pas sa vie". "On ne voyait rien, il ne laissait rien transparaitre de son être", déclare-t-elle.

La cour pointe du doigt un échange du 6 juillet. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel lui envoie sur la messagerie Facebook trois photos de la prière qu'il est allé faire à l'Acropolis pour fêter l'Aïd. Rabab lui a répondu "Attention, ne devient pas daeshi". La cour lui demande ce qu'elle entendait par là. Rabab répond : "À cette époque-là, en Tunisie, quand on voulait faire référence à une personne qui se laissait pousser la barbe, ou qui portait une tenue traditionnelle, on disait daeshi. Ma première réaction en voyant cette photo c’était "Toi ? Faire la prière ?" Ça ne lui ressemblait pas." Elle utilise alors ce mot "daeshi" - qui peut être compris comme partisan de Daesh - comme une blague, explique-t-elle à la cour. 

En revoyant cette photo lors de l'audience, sa sœur fait un commentaire : "Regardez son regard sur son visage, je comprends même pas comment aucun parmi nous n’a vu qu’il n’allait pas bien."

Le mari de la tante Rafika M. a lui aussi fait mention de Daesh lors de son témoignage ce mercredi devant la cour. Il dit que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel "soutenait Daesh" et les attentats commis au nom de cette organisation terroriste en Syrie. Il parlait de ça "tout le temps". C'est le seul membre de la famille qui parle d'une sympathie pour Daesh assumée de la part du terroriste. Tous les autres assurent qu'il n'avait aucun intérêt pour la religion et que s'il s'est intéressé à la religion les dernières semaines avant l'attentat, ils n'avaient pas pu le remarquer comme ils n'entretenaient que très peu de rapports avec lui.

Cette journée visant à éclaircir la cour pour qu'elle comprenne un peu plus la personnalité de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a permis d'en savoir davantage sur son adolescence et le ressenti que pouvaient avoir ses proches en le fréquentant. Toutefois, les témoignages parfois confus n'ont pas semblé répondre à toutes les questions des partis.

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