Procès de l'attentat de Nice. "Mon objectif c'était l'argent, j'ai honte" : l'accusé qui a vendu une arme au terroriste, se dit repenti

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Écrit par Pauline Thurier .

Ce lundi 14 novembre, la cour d'assises spéciale en charge du procès de l'attentat de Nice s'intéresse au troisième accusé mis en cause pour association de malfaiteurs terroriste : Ramzi Arefa.

Ramzi Arefa est le dernier accusé à comparaître pour association de malfaiteurs terroriste au procès de l'attentat de Nice, après Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb. Ce lundi 14 novembre, la cour d'assises spécialement composée à Paris a écouté deux enquêtrices qui ont détaillé sa personnalité et les faits qui lui sont reprochés. L'accusé a également répondu aux questions des partis sur sa personnalité.

Ramzi Arefa a été rapidement identifié comme un suspect dans l'enquête car c'est à lui que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a envoyé ses derniers sms quelques minutes avant de passer à l'acte sur la Promenade des Anglais. On pouvait lire : "Salam Ramzy, je suis passé tout à l'heure au taxiphone 16 rue Marceau je t'ai pas trouvé Je voulais te dire que le pistolet que tu m'as donné hier c'est très bien, alors on ramène 5 de chez ton copain 7 rue Miollis, 5è étage c'est pour Choukri et ses amis" et "Ils sont prêts pour le mois prochain".

Lors de l'enquête sur les téléphones du terroriste et de Ramzi Arefa, la sous-direction anti-terroriste (SDAT) découvre qu'il y a eu plusieurs échanges entre les deux hommes au cours des derniers mois. Le 5 juillet, Ramzi Arefa reçoit de la part de l'auteur de l'attentat le même sms que Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb mentionnant "Ada", faisant référence à une agence de location de voitures et de camions.

Depuis le début du procès, Ramzi Arefa reconnaît qu'il a vendu une arme à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel mais nie totalement avoir été au courant de tout projet terroriste.

Ce lundi, le président de la cour d'assises, Laurent Raviot, a donné la parole à Ramzi Arefa en premier. L'accusé en a profité pour faire passer un message aux victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 :

Mes premières pensées vont aux parties civiles. Je suis de tout cœur avec eux, dans leur peine, le deuil et leur souffrance. Je leur souhaite le meilleur rétablissement. Lorsque j’ai compris ce qui s’était vraiment passé, j’ai été très choqué par la monstruosité de cet acte horrible et atroce ; d’autant plus que je suis Niçois et que je suis très attaché à ma ville.

Ramzi Arefa

Trafic de drogue en famille

Ramzi Arefa est un Français d'origine tunisienne, âgé de 27 ans. Il n'a pas reçu d'éducation religieuse par sa famille. Déscolarisé très tôt, après la classe de 4e, Ramzi Arefa veut vite travailler pour gagner sa vie. "J'étais déjà un petit homme", raconte t'il à la cour. Il accumule quelques expériences en stage notamment dans le bâtiment, en mécanique et en restauration.

Après une mauvaise expérience avec son père, il vit avec un de ses grands frères qui lui tient un discours  de cette teneur, d'après Ramzi Arefa : "Ou tu vas à l’école ou tu vas travailler ou tu vas voler !" Ses deux grands frères ont régulièrement des démêlés avec la justice. 

Dans cet environnement, Ramzi Arefa se met rapidement à "fumer du tabac et du cannabis et à faire des conneries". Avec un de ses frères, il est connu dans le quartier pour faire du trafic de cannabis et de cocaïne. Il revend également "des attestations d'assurance, un peu d'or, de l'électronique"

"J'étais animé par l'argent, explique-t-il pour justifier ses activités illégales très lucratives ("jusqu'à 500 euros par jour", déclare-t-il), J’ai grandi dans un milieu où je voyais de l’argent donc j’ai pas eu tout de suite les bonnes idées. J’ai été attiré par l’argent facile." 

Ramzi Arefa est incarcéré de 2014 à février 2016 pour divers faits (usages de stupéfiants, violences devant un lycée et vol aggravé). Les faits qui lui sont reprochés dans le cadre du procès de l'attentat de Nice sont donc considérés comme une récidive : c'est pourquoi l'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

A sa sortie de prison en février 2016, il reprend le trafic de drogue et en vend notamment à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Ce dernier lui demande un jour un pistolet. Ramzi Arefa qui dit ne connaître personne à l'époque qui vend des armes, s'adresse à Artan Henaj, un autre accusé au procès. "J'ai fait la transaction et quelques jours après, j'étais arrêté."

J’étais un petit con, j’avais 21 ans. J’étais un peu égoïste, je ne me posais pas trop de question. Mon objectif, c'était de faire de l'argent. Aujourd’hui, quand j’y repense, j’en ai honte.

Ramzi Arefa

Étiqueté terroriste

S'il admet volontiers avoir été un trafiquant, Ramzi Arefa rejette en bloc "l'étiquette terroriste". Lors de sa détention provisoire, qui dure depuis six ans, l'accusé a eu beaucoup de temps pour réfléchir sur lui-même.

Pendant les trois premières années, il a refusé tout contact avec ses proches : "J’avais fait une connerie. Il fallait que je prenne mes responsabilités. J’avais l’impression que pour que je comprenne les choses, il fallait que je les sente."

D'abord incarcéré à Villepinte puis à Toulon, il a toujours été vu comme "le terroriste de Nice" en prison, par ses co-détenus et ses surveillants. "L’étiquette de terroriste, c’est la pire chose au monde, dit-il à la cour. Aujourd’hui, en prison, être un terroriste c’est lourd à porter, même si je sais que je suis présumé innocent. Moralement, psychologiquement, t’es désespéré, tu es perdu, tu deviens un zombie."

Il préfèrerait écoper "d'une lourde peine pour l’arme" plutôt que "d'une petite peine pour terrorisme", assure-t-il.  

Tout au long de ses déclarations, Ramzi Arefa présente une attitude de repenti. "Je sais que dans ma vie je n'étais pas parfait, j’essaie de regarder en arrière pour mieux faire les choses", exprime-t-il.

Ses années de détention, et l'accompagnement psychologique qu'il a suivi, lui ont fait comprendre qu'il avait un "mode de vie pas normal". A présent, il considère qu'il a grandi : "Je ne suis plus un petit con".

Il ne sait pas s'il parviendra à retourner vivre à Nice, même s'il en aurait envie : "Affronter le regard d’une partie civile, ce n’est pas possible pour moi", dit-il en baissant les yeux. 

"Je suis Niçois, je suis lié au drame de ma ville donc, tous les jours, c’est pas facile de se regarder dans la glace", affirme-t-il dans une énième tentative de faire entendre ses regrets, qui semblent empreints d'une certaine sincérité.

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