Sécurité routière : Vélo Sec, le cycliste de Nice qui roule pour dénoncer les comportements dangereux envers les vélos

Sur les réseaux sociaux, un activiste nouvelle génération alerte sur certaines pratiques des automobilistes et milite pour une meilleure prise en compte des cyclistes. Pour défendre sa cause, il n'hésite pas à pointer du doigt la ville de Nice.

3 260 personnes sont mortes sur les routes en France métropolitaine en 2022, un bilan comparable à celui d'avant la pandémie. Le nombre de cyclistes tués grimpe à 244 en 2022, un chiffre en hausse de 30% comparé à 2019. Des données publiées ce 1er février par la Sécurité routière.

Nous ne connaissons pas son nom. Nous pourrions le baptiser "Expert Paf le rétro", comme il se qualifie lui-même, en référence au coup qu'il porte aux rétroviseurs des voitures qui le doublent de trop près. Mais nous nous contenterons de Vélo Sec, le pseudonyme qu'il a adopté sur Twitter. C'est sur le réseau social à l'oiseau bleu que notre cycliste masqué officie le plus. Il a bien eu une chaîne YouTube mais il s'en amuse, "l'alimenter régulièrement, c'est trop de travail". 

Cela fait 4 ans que Vélo Sec est installé à Nice, après plusieurs années passées au Royaume-Uni. Chaque jour, "pour le plaisir de rouler à vélo, d'être en contact avec l'espace", le "vélotaffeur" pédale près de deux heures pour se rendre et revenir de son travail, à Monaco. Sur la Côte d'Azur, il apprécie "les routes et les vues extraordinaires". Tout pourrait être si rose et rouler ainsi comme sur des roulettes.

Se déplacer à vélo, un danger ? 

Mais lorsqu'il enfourche sa bicyclette, Vélo Sec dit devoir déplorer des incidents regrettables. Des comportements inciviques, voire carrément dangereux. Et cela arrive régulièrement, bien trop à son goût : "les voitures garées sur les pistes cyclables, c'est tous les jours. Les dépassements rasants, que ce soit intentionnel ou par négligence, c'est aussi très fréquent. Et c'est très dangereux, car l'appel d'air peut déséquilibrer le cycliste, qui est très vulnérable". 

Pour alerter sur ce problème que représentent pour lui les automobilistes imprudents, celui qui se définit comme un "cyclo-activiste" a décidé d'accrocher une caméra embarquée à son casque. Il l'allume durant tous ses trajets domicile-travail et filme tous les dangers auxquels il s'expose en tant que cycliste. Depuis qu'il a érigé la défense des vélos en grande cause de sa présence médiatique, Vélo Sec publie sur Twitter les vidéos qu'il enregistre.

Car les réseaux sociaux lui donnent une certaine visibilité et, comme souvent lorsque l'on défend une cause avec passion, des détracteurs. "Il y a des gens, des cyclophobes, qui s'opposent à moi, à ce que je fais," confie Vélo Sec, avant d'ajouter : "mais il y en a aussi beaucoup qui me soutiennent. J'ai l'impression que mon point de vue est de plus en plus partagé". Quoi qu'il en soit et que ça plaise ou non, le militant est déterminé à éclairer les difficultés rencontrées par les cyclistes niçois.

La société n'a pas conscience de tous les dangers auxquels sont confrontés les cyclistes. C'est pour ça que je filme, pour changer les choses !

Vélo Sec, cycliste militant

Des stationnements gênants impunis ? 

Vélo Sec n'est pas anti-voiture. Il en conduit même de temps en temps. "Je ne fais pas la guerre aux voitures, je fais la guerre aux automobilistes dangereux. Et comme je le dis souvent, ils ne représentent que 1% des conducteurs. Mais ça suffit pour poser problème" rapporte le cycliste. Surtout que selon lui, les stationnements sauvages sur les pistes cyclables restent impunis. "A chaque fois que j'interpelle des agents de la police municipale ou de la gendarmerie pour qu'ils verbalisent une voiture mal garée, ils refusent de procéder à un contrôle. Il y a peut-être des ordres donnés de ne pas verbaliser les véhicules garés sur les pistes cyclables ?" s'interroge-t-il.

En outre, Vélo Sec pointe un comportement inapproprié de la part des agents des forces de l'ordre : "quand je leur parle de la loi ou du code de la route, ils me menacent. Parce que j'ai un accent, ils me demandent de quel pays je viens. C'est toujours la même chose : ignorance, intimidation, arrogance, déni et mauvaise foi..."

Un militantisme qui irrite les élus

Dans ses publications et celles qu'il reposte sur Twitter, Vélo Sec critique ouvertement et de manière acerbe la ville de Nice. Il n'hésite pas non plus à interpeller directement ses élus, comme Gaël Nofri. L'adjoint au maire en charge de la Circulation et du stationnement n'en est plus étonné, mais pas moins agacé. "C'est un ayatollah", tance-t-il d'emblée, "il confond militantisme et mauvaise foi et est incapable de comprendre les problématiques d'une ville. Il monte les usagers les uns contre les autres, c'est l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire".

A l'évocation de la prétendue indulgence des agents de la police municipale vis-à-vis des véhicules garés sur les pistes cyclables, Gaël Nofri répond spontanément : "c'est faux".

 

La police municipale dresse beaucoup de procès-verbaux et nous avons développé un nouveau système de vidéo-verbalisation automatisé. Nous sommes passés de 6.000 verbalisations en 2020 à 8.000 en 2022

Gaël Nofri, élu de la Ville de Nice et Conseiller Métropolitain Nice Côte d'Azur.

L'élu niçois préfère défendre son bilan et son projet cyclables : "nous avons créé énormément de pistes cyclables et nous avons un plan vélo assez ambitieux sur la mandature". Il reconnaît toutefois que "ça ne veut pas dire que tout va bien. Il y a de mauvaises pratiques à éradiquer de part et d'autre. Je lutte à la fois contre les voitures qui se garent de manière anarchique et contre les vélos qui prennent les sens interdits ou roulent sur les trottoirs".

Sans nier certaines pratiques inciviques qui persistent dans sa ville et conscient qu'il faudra du temps à tout le monde pour s'adapter aux "pratiques et aménagements nouveaux", Gaël Nofri émet le souhait que chacun "cesse de ne regarder que son cas personnel" et appelle à "penser la ville dans sa globalité" . Pas sûr que sa doléance ne parvienne jusqu'aux oreilles de notre cyclo-activiste, si tant est que ce dernier soit disposé à écouter celui qu'il harangue régulièrement sur les réseaux sociaux. 

Des faits répréhensibles ?

Aux yeux de Vélo Sec, la cause qu'il défend est évidemment juste. Les procédés qu'il emploie, tels que la diffusion de vidéos mettant en cause des infractions routières sans flouter les plaques d'immatriculation, sont-ils pour autant légaux ? 

Non, à en croire cette avocate.

Le fait de diffuser dans de telles circonstances une vidéo dans laquelle apparaît un numéro d'immatriculation est illégal car ce numéro peut être assimilé à un élément permettant d'identifier la personne au volant."  Selon cette spécialiste du droit routier, "cela relève de l'article 226-18 du code pénal et est puni de 5 ans d'emprisonnement et de 300.000 € d'amende

Maître Émilie Bender.

Mais l'avocate au barreau de Nice fait également le constat d'un paradoxe amusant, car "en vertu de l'article 537 du code pénal, la police peut aussi considérer [Vélo Sec] comme un témoin et se servir de ses vidéos pour identifier et sanctionner les auteurs d'infractions routières qu'il met en cause". 

Selon Émilie Bender, il est rare que les choses prennent de telles proportions. Mais cela reste théoriquement possible et a de quoi, un jour ou l'autre, mettre des bâtons dans les roues de Vélo Sec, comme dans celles des automobilistes qu'il prend en grippe.