Agriculteurs en colère : barbecues, partage de la nourriture, rotations sur les barrages... Les manifestants s'organisent pour durer sur les blocages

Les agriculteurs en Provence ont passé leur première nuit sur les différents barrages dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et les Alpes du sud. Ils ont mis en place un système solidaire leur permettant de se relayer sur les points de bocage. Objectif : continuer à travailler sur leurs exploitations pour faire durer le mouvement

"Le blocage de l'A54 est prévu pour durer ", prévenait jeudi soir Romain Blanchard, le représentant de la FDSEA 13, "c’est le terrain qui va décider de la suite et l'humeur du moment n'a pas l'air d’être au renoncement".

La colère enfle chez les agriculteurs de la région, comme dans le reste de la France. De nombreux blocages ont débuté jeudi en Provence, pour se poursuivre dans la nuit et jusqu'à ce vendredi. Alors, les manifestants se sont organisés pour faire durer leurs actions, assurant des rotations sur les barrages.

"Chaque agriculteur apporte quelque chose"

Le premier jour, les représentants syndicaux ont orchestré la logistique sur les barrages, mais les agriculteurs ont pris le relais "collectivement ou individuellement ", explique Manon Perreira de la FDSEA13 qui se trouve sur le blocage de l'A54. "Sur les deux aires de repos du Merle, ils ont installé des barbecues pour la viande, fournie par les coopératives d'éleveurs, et chaque agriculteur apporte quelque chose qu'il produit." 

Pas question de stopper leur activité : les producteurs font des allers-retours entre le barrage, leurs exploitations et parfois aussi leur vie familiale. Un moyen de se relayer sous la baguette de l'organisation syndicale qui coordonne les roulements. 

Des va-et-vient en tracteur entre barrage et exploitation

"On se connait tous, on ne s'entend bien, pas de pression des forces de l'ordre, c'est plutôt plus tôt bon enfant," selon Julie Mizoule qui se réjouit de constater que ses collègues font "passer le message proprement". Cette maraîchère l'affirme "on tiendra jusqu'à ce que l'on soit entendus". Installée à Puyricard près d'Aix-en-Provence, mère de deux enfants, Julie ne vit pas sur son exploitation. Elle se partage donc entre son domicile en ville, "l'école des filles", son terrain à la campagne et le barrage de l'A54, "sportif!" 

On est prêt à se battre jusqu'au bout pour défendre le plus beau métier du monde.

Julie Mizoule , maraichère bio à Puyricard

à France 3 Provence-Alpes

"Nous sommes des chefs d'entreprises brillants, on sait s'organiser", assure Julie en souriant : "Pour ma part, je fais de la vente directe, j'ai décalé toutes mes livraisons en début de semaine pour pouvoir me libérer sur le blocage jusqu'à la fin du week-end, si nécessaire". Julie avait rejoint le blocage de la plateforme Logidis près de Salon-de-Provence, elle saute dans le pickup d'un collègue pour regagner l'autre barrage sur l'A54.

Rencontre et partage

Pour Romain Blanchard, ces barrages sont un point de convergence inespéré des exploitants de tout le département. La situation offre selon lui "un moment de rencontre et de partage" autour des problématiques du monde agricole, "les céréaliers parlent aux viticulteurs, des maraîchers parlent à des apiculteurs et ça n'était pas arrivé depuis longtemps".