Pénurie de carburant : le gouvernement annonce la réquisition du personnel du groupe Esso-Exxonmobil, les syndicats restent déterminés

Olivier Véran avait prévenu, Elisabeth Borne l'annonce : le personnel du groupe Esso-Exxonmobil est réquisitionné pour débloquer les dépôts de carburants. A Fos-sur-Mer, les syndicats restent mobilisés et déterminés.

Olivier Véran avait prévenu, si le mouvement de grève persistait du côté d’Esso, une réquisition du personnel pourrait être mise en place. Il n’aura pas fallu très longtemps à Elisabeth Borne, Première ministre, pour l’annoncer.

Pour cause, des accords ont été signés, ce lundi, par les deux organisations syndicales majoritaires (CFDT et CFE-CGC) d’Esso. Pour autant, cet accord ne répond pas aux revendications des salariés, confiait ce mardi matin Lionel Arbiol, délégué CGT d’Esso à Fos-sur-mer, au micro de Valérie Smadja, notre journaliste présente sur place. Ce qui justifiait la poursuite du mouvement de grève.

Une justification qui n’est pas partagée par le gouvernement. Quelques heures plus tard, devant l’Assemblé nationale, Elisabeth Borne a annoncé la réquisition des personnels pour le déblocage des dépôts de carburants du groupe Esso-Exxonmobil.

Deux types de réquisitions possibles 

"Le dialogue social, c'est avancer, dès lors qu'une majorité s'est dégagée. Ce ne sont pas des accords à minima. Les annonces de la direction sont significatives. Dès lors, j'ai demandé aux préfets d'engager, comme le permet la loi, la procédure de réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts de cette entreprise", a déclaré Mme Borne.

Cette réquisition sera effective dès ce soir à 21h, heure de la prochaine prise de service. Pour l'heure, aucune information, mais selon Lionel Arbiol, délégué CGT d’Esso à Fos-sur-mer, il existe deux potentielles réquisitions.

"Cela peut être de demander à expédier le produit que l’on a actuellement dans les bacs de stockage - que ce soit par wagon, par pipeline, ou par camion - et là, en fonction de l’engouement qu’il va y avoir, je pense que d’ici la fin de la semaine, il n’y aura plus de produit dans les bacs de stockage. Deuxième réquisition possible, c’est le redémarrage des installations, et là par contre, ça va prendre beaucoup plus de temps. Entre le réapprovisionnement en pétrole, sa distillation et son traitement, il y aura minimum 15 jours avant que les stations service soient réapprovisionnées correctement", déclare le syndicaliste au micro de Valérie Smadja. 

Un protocole de grève est signé avec la direction jusqu’à jeudi matin, qui prévoit aucune sortie de carburant. "Si entre temps la réquisition tombe, on verra ce qu’elle comprend et nous agirons en fonction"

 "Une atteinte au droit de grève"

Pour Olivier Mateu, secrétaire général CGT Bouches-du-Rhône, il s’agit "d’une atteinte au droit de grève" et les syndicats n'excluent pas de faire un recours en justice.

 "Nous attendons des nouvelles concrètes sur les modalités d’organisation. Quoi qu’il en soit décidé, il est certain que si les travailleurs décident de continuer le mouvement, nous les soutiendrons. Il ne faut pas que le gouvernement s’attende à ce que ce soit aussi facile. On ne va pas s’arrêter comme ça." 

La CGT appelle, dans un communiqué de presse, "toutes ses organisations à soutenir massivement les salariés des raffineries, en se rendant sur les piquets de grève ou en manifestant devant les préfectures et sous-préfectures, contre cette attaque inadmissibles au droit constitutionnel qu’est le droit de grève."

Ainsi, l’organisation syndicale suspend toutes les participations aux réunions avec le gouvernement et le patronat dans la période.

Le message des opérateurs est fort et clair : "nous ne travaillons pas pour l’Etat mais pour notre entreprise, et nous obéirons uniquement à notre direction"

 

Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, avait tenu à faire la différence entre la situation à ExxonMobil, où, a-t-il dit, "il n'y a plus aucune raison" de blocage après l'accord entre la direction et les syndicats lundi, et à TotalEnergies, où aucune négociation n'a encore démarré.

En ce sens, la cheffe du gouvernement a exhorté direction et syndicats à engager des négociations salariales, sous peine de prendre la même décision pour "débloquer la situation". "Chez Total, les syndicats réformistes ont appelé à l'ouverture de négociations. La direction a répondu favorablement. J'espère que les autres syndicats représentatifs vont saisir cette main tendue, car le dialogue social est toujours plus fécond que le conflit", a-t-elle affirmé.