"Ce n'est plus du braconnage, mais du vol organisé" : les trufficulteurs sont exaspérés par les vols à répétition

Vendu cet hiver plus de 1000 euros le kilo, le "diamant noir" aiguise l'appétit des braconniers. Après l’arrestation d'un voleur en pleine action dans une truffière, la présidente du syndicat des trufficulteurs du Vaucluse revient sur un phénomène qui use le moral des producteurs.

La truffe noire du Vaucluse, pépite de la gastronomie française, se vend entre 1000 et 1200 euros le kilo cet hiver sur les marchés. De quoi susciter la convoitise des braconniers, qui vont se servir directement à la source, pénétrant illégalement dans les propriétés, accompagnés de chiens truffiers souvent volés, eux aussi, à des producteurs.

Mercredi 4 janvier, les gendarmes ont interpellé en flagrant délit un voleur de truffes chez un producteur de Jonquières, déjà ciblé à plusieurs reprises par des vols. Jugé en comparution immédiate, l’homme a été condamné à 10 mois de prison avec sursis, signe que " la justice, aujourd'hui, va au bout ", se réjouit Véronique Michelet.

La présidente du syndicat des trufficulteurs du Vaucluse précise que ces dernières années, "on ne parle plus de braconnage, d'actes isolés, mais bien de vol organisé" et qu'il est urgent de stopper "cette montée en puissance délétère pour la profession".  

Des trufficulteurs exaspérés

Cette trufficultrice passionnée compte plus de 150 adhérents dans son syndicat. Elle sait ô combien la recrudescence des vols échauffe les esprits parmi les petits "caveurs" comme chez les gros cultivateurs. Véronique Michelet garde en mémoire le meurtre de la truffière de Grignan (Drôme) en 2010. Un producteur, exaspéré par les vols à répétition, s'était rendu sur le terrain familial, armé d'un fusil chargé pour faire justice lui-même. "Il faut éviter que ce genre de drame se reproduise et les gendarmes prennent vraiment le sujet très au sérieux."

Le responsable du groupe de gendarmerie de Vaucluse confirme. Des patrouilles gardent un œil sur les truffières et de nombreux producteurs se sont barricadés, mettant en place des systèmes de vidéosurveillance sur leurs propriétés. "Une veille régulière est mise en place à cette période de l'année particulièrement sensible", précise le lieutenant-colonel Olivier Charpentier qui dirige le groupement gendarmerie d'Orange.

Des dégâts irréversibles dans les truffières

Voilà donc le diamant noir placé sous haute protection au meilleur moment de sa récolte, de début décembre et fin janvier. "Il faut comprendre les producteurs", explique Véronique Michelet, "une truffière exige beaucoup de patience et de travail, il faut attendre sept ans pour qu'elle devienne productive et son entretien demande douze mois de soin attentif dans l'année."

La trufficultrice explique que la plupart du temps les braconniers sont "initiés", repèrent des terrains entretenus où l'arrosage est installé, "savent chercher les "brûlés" ou "ronds de sorcières" qui sont des indicateurs" et ensuite laissent faire "les chiens qui font 90 % du travail."

Ces vols engendrent un préjudice moral et matériel sur l'outil de travail... quand tout est retourné, que les racines de l'arbre sont touchées, il ne pourra plus produire".

Véronique Michelet, présidente du syndicat des trufficulteurs du Vaucluse

à France 3 Provence-Alpes

Au-delà du manque à gagner pour les producteurs, l'autre problème majeur que posent ces vols est la dégradation parfois irréversible des cultures. "On peut parler de détérioration de l'outil de travail, les trous sont faits avec des outils qui ne sont pas adaptés et après ces arbres ne peuvent ne plus produire du tout parce qu'ils ont été maltraités".

Marché parallèle

Une fois dérobées et bien souvent prélevées en moyenne quantité, les truffes s'écoulent ensuite facilement sur des marchés parallèles. Les trufficulteurs sont de plus en plus nombreux à investir dans des systèmes de surveillance et de clôture, organisant une veille de "voisins-vigilants".

"Cette année, le nombre de vols se chiffre en plusieurs dizaines", conclut Véronique Michelet, qui invite les producteurs victimes à déposer une plainte à chaque constatation. Et à récolter le plus régulièrement possible leurs parcelles pour "limiter les dégâts".