Coronavirus : un mort dans un Ehpad à Marseille, Korian mis en cause dans sa gestion de crise par des familles

Un résident âgé de 88 ans est mort samedi du coronavirus, dans un Ehpad à Marseille. Depuis plusieurs jours, des familles réclamaient des informations sur la situation des résidents et un dépistage dans cet établissement, géré par le groupe Korian. 

Ehpad Korian Périer, à Marseille
Ehpad Korian Périer, à Marseille © Google Map
Le coronavirus Covid-19 a donc emporté le père de Catherine Duba Joubert. Le vieil homme, âgé de 88 ans, avait été placé la semaine dernière dans "un secteur spécial pour les personnes potentiellement infectées par le coronavirus".

C'est ce que Catherine Duba Joubert avait appris par un coup de téléphone de l’Ehpad Korian Perrier, un établissement du 8ème arrondissement de Marseille, où son père était résident depuis 2015.

C'est ce qui avait aussi déclenché sa colère alors que cherchant à obtenir plus de renseignements sur "sa fièvre, sa toux et sa voix rauque", elle s'était retrouvée face au mutisme de l'administration, réclamant un dépistage qui n'aura jamais lieu. Retour en arrière...

Un silence inquiétant et coupable

A l’Ehpad Korian Perrier, une épidémie d’infections respiratoires circule depuis le 6 mars dernier. Date à laquelle, la directrice a informé toutes les familles. Mesures barrières, confinement, arrêt complet des visites, un dispositif a bien été mis en place.

Le problème explique Catherine Duba Joubert, "c’est que depuis ce jour, nous ne disposons d’aucune information. Avec d’autres familles, nous multiplions pourtant les demandes auprès du médecin coordonnateur".

"Combien de membres du personnels sont positifs? Quel est le nombre de résidents positifs? Y a t-il des cas graves? Des guérisons?, des décès?" Des questions auxquelles ni la directrice, ni le médecin coordonnateur ne répondent.

"Leur silence est coupable", poursuit Catherine Duba Joubert, déterminée à obtenir des réponses à ses questions.

"Que je sache, l’agence régionale de la santé n’a jamais recommandé aux Ehpad de ne pas communiquer avec les familles sur le niveau de contamination au sein de l’établissement. Ils font de la rétention d’information, accuse-t-elle, c’est terrible". 

L’article 4127-35 du code de déontologie médicale inscrit dans le code la santé publique précise bien que (…) "si des tiers sont exposés à un risque de contamination l’information est indispensable au patient et à ses proches". 

A Marseille, les familles des résidents de l’Ehpad Korian Perrier sont de plus en plus inquiètes. "Il me faut plus d’une heure avant de pouvoir joindre ma mère, écrit l’une d’entre elles ( ….), l’équipe des soignants semble épuisée, à juste titre." 

Une autre famille nous a confirmé par téléphone, qu’elle venait de solliciter l’aide d’un avocat. En attendant, collectivement toutes multiplient par mail les demandes officielles d’informations. Pour tenter d’en savoir plus.

"Nous exigeons des tests pour tous les patients"

"Dans le même temps, je veux qu’il soit testé, présenter des signes ne veut pas dire être porteur du Covid-19", indique t-elle.

Avec pudeur, elle retient ses larmes, un silence s’instaure, puis elle poursuit: "Vous comprenez bien que de le mélanger à des patients suspects sans connaître précisément leur statut virologique, c’est ne laisser à mon père aucune chance. C’est le condamner tout simplement."

"Dans la vie, mon père Georges Joubert était enseignant, il a été très traumatisé par la guerre d’Algérie, depuis 2015 il est atteint d’une maladie génétique qui nous a contraint à le placer dans cette maison médicalisée. Jusqu’ici, il y était bien"
, raconte sa fille.

Depuis le Covid-19, elle lui écrit chaque lundi une gazette qu’elle lui fait parvenir: des mots d’amour, des photos souvenirs de son village natal du Vercors. Avant que la réalité ne rattrape rapidement ses souvenirs.

Catherine lit alors son dernier mail dans lequel elle exige qu’on fasse un test à son père.

Mise en danger de la vie d’autrui

Car Catherine Duba Joubert n’a pas l’intention de s’arrêter là. Elle accuse aussi la directrice de l’établissement: "Quand vous avez testé tout le personnel, vous pouviez tester tous les résidents (…) vous avez délibérément décidé de ne pas le faire en vous isolant derrière une recommandation de L’ARS. D’un point de vue éthique, votre choix personnel n’est pas justifiable", écrit-elle. 

Et elle conclue: "Je considère qu’il y a mise en danger de la vie de mon père à cause de vos choix personnels doublé d’une maltraitance institutionnelle vis à vis des parents et aidants de la résidence."

24 heures après avoir été informée du sort réservé à son père, Catherine Duba Joubert envisage désormais des suites judiciaires et a pris contact avec une avocate, Me Geneviève Maillet.

Contactée par téléphone, elle explique : "Le test est vital. Le 26 mars tout le personnel aurait été testé, précaution que l’on applaudit mais les résidents non. Pourquoi ? Pourtant dans les Ehpad, on leur prend la température tous les jours", détaille l'avocate.

"Nous avons fait partir une mise en demeure dés aujourd’hui (2 avril, ndlr). Si le test de Monsieur Joubert n’est pas fait, la famille m’a demandé de saisir le tribunal, soit pour engager une procédure en obligation de faire, soit de déposer une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui."

Lourdement sollicité, le responsable de la communication de l'établissement Korian Perrier nous avait finalement répondu le 3 avril. Aucune réponse toutefois sur le nombre de décès ni sur le nombre de malade, puisque la loi ne les y autorise pas.

"Sachez que toutes les familles sont appelées quotidiennement, il y a une traçabilité des appels entrants et sortants", se défend l'établissement.

"D'autre part, concernant les tests de dépistage, nous suivons rigoureusement les recommandations de nos autorités de tutelle que sont l'ARS et la DGS. Nous n'entrerons pas dans une polémique, seul le bien être de nos patients nous importe et pour cela toutes nos équipes sont pleinement mobilisées pour les résidents dans une période sensible pour la france entière". Fin de citation.

Des cas de coronavirus dans une cinquantaine d'Ehpad

Interrogé le même jour, le directeur général de l'ARS Paca, Philippe De Mester. avait reconnu avoir peu d'informations sur la situation dans les Ehpad.

"Nous sommes en train de rassembler l'information, parce que les Ehpad n'avaient pas l'habitude de nous fournir ce genre d'éléments, mais ça se fait maintenant et très rapidement on saura."

La région Paca compte 570 établissements pour personnes dépendantes, "on sait que dans une cinquantaine d'entre eux, on a déjà constaté la présence de cas coronavirus positifs", a indiqué Philippe De Mester.

La situation peut être "assez critique" dans quelques établissements, a-t-il précisé. "On a entendu parler d'établissements dans lesquels il y a eu beaucoup de personnes décédées, mais dans l'ensemble la situation est assez bien contrôlée."  

L'Agence régionale de santé a fait état, samedi soir, d'un total de 38 décès hospitaliers dans les Alpes-Maritimes en lien avec l'épidémie de Covid-19.

29 morts dans un Ehpad géré par Korian dans les Alpes-Maritimes

Une plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui" a été déposée par la famille d'une résidente de l'Ehpad La Riviera, géré par le groupe Korian à Mougins (Alpes-Maritimes), où 29 personnes sont décédées depuis le 20 mars.

"Une enquête est en cours", a précisé Fabienne Atzori, procureur de la République de Grasse, confirmant une information du quotidien Nice-Matin.

En deux semaines, cet établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de la commune de Mougins, près de Cannes, a enregistré 29 décès sur quelque 110 résidents.

Le dépistage intégral du personnel et des pensionnaires vient seulement de commencer. De quoi faire s'étrangler Richard Galy, le maire de Mougins.

"Ça fait quasiment deux semaines que je demande de tester tout le monde. (...) De jour en jour, le nombre de personnes touchées a augmenté, ainsi que le nombre de morts. (...) C'est quelque chose d'apocalyptique, une hécatombe".

Selon l'élu, il a proposé de réquisitionner un hôtel pour les personnes encore valides, une solution refusée vendredi lors d'une réunion avec l'Agence régionale de santé (ARS), la sous-préfecture de Grasse et le groupe Korian.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société