Covid 19 : quatre questions sur le conseil communal de santé à Marseille, censé rivaliser avec le conseil scientifique

Ce projet a été initié par l’adjointe au maire Samia Ghali début octobre en réaction aux restrictions sanitaires imposées par l'Etat. Il vise à rendre la collectivité plus indépendante vis-à-vis des mesures prises par le gouvernement concernant la crise sanitaire.
Le conseil municipal de Marseille lundi 5 octobre 2020 à l'espace Bargemon, avec plus 280 points à aborder dont la création d'un conseil scientifique propre à la ville.
Le conseil municipal de Marseille lundi 5 octobre 2020 à l'espace Bargemon, avec plus 280 points à aborder dont la création d'un conseil scientifique propre à la ville. © Jean Poustis / FTV
Un conseil scientifique "made in Marseille" ? La maire Michèle Rubirola a présenté, lundi 23 novembre, la mise en place d’un conseil communal de santé (CCS), approuvé par la majorité, lors du conseil municipal. Initié début octobre par la deuxième adjointe, Samia Ghali qui souhaitait doter Marseille de son propre conseil scientifique "pour ne plus dépendre de certains scientifiques parisiens", le projet vient d'être mis sur les rails.

Pour en savoir plus sur cette nouvelle instance, France 3 pose quatre questions sur le conseil communal de santé.

• Qu'est-ce qu'un conseil communal de santé ?  

C'est un conseil interne à la mairie de Marseille. La Ville veut se doter d'un outil de "consultation, d'échange permanent, de confrontation et de débats" pour éclairer les "choix stratégiques" qu'elle serait amenée à prendre dans le "contexte de la crise sanitaire actuelle", précise le rapport soumis au vote des élus municipaux lundi.

• Quel sera son rôle ?  

La Ville veut ainsi que les réalités locales soient mises en compte dans les décisions gouvernementales liées au Covid-19. Ce conseil aura donc trois missions : centraliser les informations, apporter des éléments d'analyses et de diagnostics à la municipalité et faire des propositions aux élus marseillais. "Le CCS n'a pas pour objectif de se subsituer aux instances existantes ni aux réunions de concertation entre les différents acteurs institutionnels, il n'aura qu'un rôle consultatif", souligne le rapport. Sans pouvoir de décision ce conseil ne se poserait ainsi pas en contre-pouvoir du conseil scientifique de Jean-François Delfraissy, qui guide le gouvernement dans la gestion de la pandémie de Covid. Mais que décidera la maire de Marseille en cas de désaccord de son CCS avec la ligne sanitaire fixée par Paris ?

La mairie de Marseille défend "une démarche de démocratie de santé", s'appuyant sur des "expertises tant scientifiques et professionnels que citoyennes et militantes". Il s’agit "d'avoir des discussions sur le Covid-19 et d'autres questions, et faire en sorte que des personnalités marseillaises puissent discuter et faire des propositions plutôt que de laisser faire l'Etat", estime Samia Ghali, à l’initiative du projet.

Pour l'adjointe, il s'agit d'identifier les carences afin d'avoir une meilleure vision qu'actuellement. Elle souhaite "qu'on ne dépende plus de certains scientifiques parisiens, mais qu'n soit aussi nous-mêmes en capacité de dire ce qui va et ce qui ne va pas, pour ne plus subir la foudre de Paris", poursuit-elle. 

• Qui participe à ce conseil communal de santé ?

Selon le souhait de Samia Ghali, ce conseil communal de santé pourrait associer les collectivités (Métropole, Département et Région), la préfecture, l'Institut hospitalo-universitaire du professeur (IHU) du professeur Didier Raoult, l'Assistance Publique des Hôpitaux Marseillais (AP-HM), les hôpitaux privés, les marins-pompiers, la Chambre de Copmmerce et d'Induistrie (CCI), l'Education nationale... "tous ces organismes qui sont au contact de la situation sanitaire au quotidien", avait déclaré Samia Ghali le 5 octobre lors de la présentation de son projet devant le conseil municipal.

• Comment ce projet s’est-il formé ?  

Début octobre, la deuxième adjointe à la Ville, Samia Ghali, avait lancé l'idée d'un "conseil scientifique" local en réponse au "diktat" du conseil scientifique, à l'origine de la fermeture des bars et restaurants à Marseille, placée en zone d'alerte maximale. "Nous voulons prendre nos propres décisions", avait alors indiqué l'élue marseillaise.  Le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Renaud Muselier, s'était immédiatement opposé à cette initiative. "Ne reproduisons pas les erreurs de la première vague ! Il y a déjà 10 instances nationales et locales, coordonnons les plutôt que d’additionner les strates !", avait-il réagi sur Twitter estimant que "la mise en place du Comité régional de Santé publique serait la solution de lucidité et de bon sens".

"Nous voyons que la proposition de Norcovid à fait son chemin depuis 3 mois", avait pour sa part commenté Annie Lévy-Mozziconacci, membre du collectif de médecins des quartiers Nord, qui avait proposé dés juillet la mise en place en urgence d'une cellule "Covid" constituée d’expert professionnels et citoyens, membres associatifs, sur laquelle la Ville puisse s’appuyer".

La proposition marseillaise avait été assez largement raillée par les experts sur les plateaux télé comme un "classico politique" entre Paris et Marseille, pourtant dès le 6 octobre, dans le sillage de Samia Ghali, la maire de Paris Anne Hidalgo avait elle aussi annoncé la création d'un "conseil scientifique" citoyen et économique pour faciliter l'adaptation des consignes sanitaires nationales au plus proche des réalités locales.
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