Coronavirus : deux infirmières victimes d'un car-jacking près de Marseille alors qu'elles effectuaient leur tournée

Sur la commune de Plan de Cuques, près de Marseille, deux infirmières libérales ont été agressées samedi 4 avril. / © Google Maps
Sur la commune de Plan de Cuques, près de Marseille, deux infirmières libérales ont été agressées samedi 4 avril. / © Google Maps

Deux infirmières libérales ont été agressées lors d'une tentative de car-jacking samedi à Plan-de-Cuques, à l'est de Marseille (Bouches-du-Rhône), alors qu'elles effectuaient leur tournée pendant le confinement, a indiqué la préfecture de police. 

Par Grégoire Bézie

Les agressions se sont déroulées samedi matin peu après 6h, au début de la tournée des deux infirmières libérales, a indiqué le préfet de police des Bouches-du-Rhône Emmanuel Barbe, confirmant une information de France Bleu Provence.  

"Ces deux faits de car-jacking qui se passent très tôt le matin, sur deux véhicules haut de gamme, ne nous permettent pas de conclure à une attaque visant particulièrement deux infirmières", a tenu a préciser Emmanuel Barbe. 

"Il convient d'être très prudent à ce stade, je n'ai pas d'éléments qui me permettent de dire que c'est parce qu'elles étaient infirmières qu'elles ont été agressées, mais plutôt parce qu'elles avaient de belles voitures".

La surêté départementale a été chargée de l'enquête et huit enquêteurs affectés au dossier, a précisé le préfet de police, concédant que l'affaire était prise très au sérieux. "Peut-être que cela apparaîtra au fil des investigations qu'elles étaient visées, mais à ce stade ce n'est pas le cas". 

Selon les éléments réunis, les deux conductrices démarraient leurs tournées, dans un quartier "assez isolé, surtout en ce moment avec le confinement".

Deux voitures ont fait barrage à la première conductrice, bloquant le passage de sa Volkswagen sur un rond-point. Un homme est sorti et a pointé une arme en direction de la voiture.

Dans la deuxième voiture, une Audi, l'infirmière qui suivait a alors tenté le tout pour le tout, en forçant le passage, avant de se réfugier chez un patient, d'où elle a appelé la police, rapporte France Bleu Provence.
Pendant ce temps, sa consoeur, âgée d'une soixantaine d'années, a été agressée, sans pouvoir s'échapper. "Son véhicule lui a été volé", a indiqué Emmanuel Barbe. 

Frappée à la tête, la victime a été prise en charge par les pompiers et hospitalisée à l'hôpital des armées Laveran. 

Selon nos informations, l'une des voitures utilisées par les agresseurs aurait été volée le matin même, à Allauch, à une infirmière qui se rendait sur son lieu de travail. 

"Simple" carjacking ou agressions ciblées

Les deux infirmières n'avaient pas leur caducée attestant de leur profession sur leur pare-brise. "Nous les avions retirés depuis 15 jours, parce que trop de voitures de collègues ont été fracturées pour voler du matériel", a indiqué, Florence, l'une des victimes.

Sans présumé des résultats de l'enquête, les réactions sur les réseaux sociaux et dans la profession n'ont pas tardé. 

"Honte à vous ! Honte aux agresseurs de ces deux infirmières libérales attaquées ce matin à Plan-de-Cuques !", a réagi le président de région Renaud Muselier sur Twitter. 

"C'est désespérant de bêtise", a commenté une internaute.

Plusieurs agressions depuis le début du confinement

Ces agressions interviennent dans un contexte particulier, liée à la crise épidémique de coronavirus Covid-19, où les personnels soignants sont particulièrement exposés. 

Fin mars à Strasbourg, une infirmière libérale a retrouvé sa voiture fracturée, après la dernière visite de la journée. Ses masques de protection ont été volés. Quelques jours plus tôt, une infirmière a été violemment interpellée dans la rue, devant son cabinet par plusieurs individus qui exigeaient des masques.

Le 26 mars, c'est à Nancy qu'une infirmière libérale de 32 ans a été agressée au couteau. Ses agresseurs se sont enfuis avec une quinzaine de masques, rapporte France 3 Grand Est.

A Paris, dans les rues vides pour confinement, l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) a indiqué mercredi que le personnel hospitalier pourra se faire raccompagner par des agents de sécurité privés jusqu'aux portes des stations de métro de 18h à 22h.

De l'insécurité ajoutée à un climat anxiogène

"Les gens sont dans quelque chose qu'ils ne maîtrisent pas", commente Vivien Jeanselme, infirmier libéral à Gap (Hautes-Alpes). Il reconnaît que le sujet revient fréquemment entre collègues depuis le début du confinement. "Entre nous, on parle de plus en plus de ce contexte insécuritaire".

"Les gens ont peur parce qu'on habite dans le même immeuble qu'eux, mais en plus il y a cette pénurie de matériel, de gel, de masques, de gants, qui les poussent à faire n'importe quoi".

"Il y a des Ordres infirmiers, pas encore en Paca, mais c'est le cas en Occitanie, qui incitent les infirmiers libéraux à retirer les caducées des pare-brises pour éviter de se faire fracturer la voiture".

Dans ces conditions atroces, on ne peut être que choqué.

Muriel Poletti, représentante du syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil) des Hautes-Alpes s'est dit extrêmement choquée.

"C’est inacceptable. On réalise déjà nos tournées avec un stress supplémentaire, mais si en plus on se fait voler le peu de matériel qu’on réussit à se procurer pour aller chez nos patients à domicile dans ces conditions atroces, on ne peut être que choqué".

"Ça a commencé avec des vols dans les voitures et là maintenant ils s’en prennent carrément physiquement et violemment aux soignants", dénonce Muriel Poletti qui craint que la situation ne gangrène les départements moins urbanisés. 

Malheureusement, "on va de plus en plus avoir affaire à ce genre de situations", selon la représentante du Sniil.

Doit-on attendre d'être agressés ?

Cette question, c'est Angélique, infirmière libérale dans les Alpes-Maritimes, qui l'a pose. Depuis le début du confinement, elle aussi fait part d'un sentiment d'insécurité grandissant, lors de ses tournées dans l'est de Nice.

Elle évoque depuis la mise en place du couvre-feu, des petits attroupements en bas des immeubles où elle rend visite à ses patients. 

"Habituellement, nous rendons visite à nos patients la journée pour ne pas avoir à passer au milieu des groupes, mais là ils sont tous dehors et font comme ils veulent", explique-t-elle.

"J'ai contacté la police municipale pour les prévenir que nous ne travaillons plus en sécurité et que s'il se passe quelque chose, nous ne pourrons pas répondre aux agresseurs".

De son côté, la police indique être consciente de la situation, procéder à des patrouilles régulières et surveiller les lieux par vidéosurveillance.

A Marseille, Florence reprendra sa tournée dimanche, "la boule au ventre, mais il faut bien le faire". Son mari, malgré les consignes de confinement, sera à ses côtés. 
 

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