Gaudin, l'animal politique : retour sur 25 ans à la tête de la mairie de Marseille

L'ancien maire de Marseille publie ses mémoires. Depuis son entrée au conseil municipal à 25 ans, Jean-Claude Gaudin a consacré plus d’un demi-siècle à sa ville, dont 25 à la tête de la cité phocéenne. Comme son modèle Gaston Defferre, il incarne Marseille. Retour sur ses quatre mandats. 

© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Neuf mois après avoir rangé son écharpe, l'ancien maire de Marseille publie ses mémoires Maintenant, je vais tout vous raconter (Albin Michel). Près de 500 pages de souvenirs à la sauce Gaudin, pimentés d'anecdotes politiques et de confidences intimes. Jean-Claude Gaudin est mercredi soir l'invité du 19/20 sur France 3 Provence-Alpes

Le 18 juin 1995, Jean-Claude Gaudin remporte la plus importante victoire de sa vie. Après deux échecs en 1983 et 1989, il prend possession du bureau de Gaston Deferre, son mentor, qui l'a fait entrer au conseil municipal sur sa liste trente ans plus tôt.

"Les années où Marseille fut sous sa coupe furent longues. Trop longues", écrit-il dans ses mémoires. Pourtant il a lui-même tenu les rênes de la ville presque aussi longtemps.

Pour chasser la gauche indéboulonnable depuis 42 ans, l'UDF Jean-Claude Gaudin a fait un ticket avec le jeune député RPR Renaud Muselier. Le nouveau maire dit vouloir "sortir la ville de la spirale du déclin" et en faire "une ville à faire rêver le monde".

Jean-Claude Gaudin savoure sa toute fraîche élection à la télévision en invitant le journaliste Daniel Bilalian à l'appeler encore "Monsieur le Maire de Marseille".

Un projet sort de terre pendant ce premier mandat, c'est Euroméditerranée, un quartier d'affaires qui doit "redynamiser le coeur de Marseille", entre la Joliette et la gare Saint-CharlesAvec ses bureaux, ses logements et ses commerces, Jean-Claude Gaudin l'imagine comme la Défense à Paris.

"Marseille, c'est ma vie", aime-t-il répéter, mais ça n'empêche pas le maire de la deuxième ville de France d'avoir des ambitions nationales. Il est dans les petits papiers du gouvernement. Il est nommé ministre de la Ville (1995-1997), puis élu sénateur (1998-2017).

"La politique et mes mandats, ça représente 95 % de ma vie", répond-il à ceux qui lui reprochent d'être l'un des élus "cumulards". Au moment du vote de la loi sur le non-cumul des mandats, en 2017, Gaudin cumule ainsi 122 années de mandats.

Quand Jean-Claude Gaudin se présente à sa succession en 2001, 71 % des Marseillais se disent satisfaits de leur maire. Lui aime à dire que le maire ne doit être "ni de droite ni de gauche, mais po-pu-laire".

L'année où il est réélu, le TGV Méditerranée met Marseille à trois heures de Paris. Nous sommes le 10 juin 2001 et la première rame commerciale fait la Une du journal de France 3. 

"L'effet TGV" booste l'attractivité de la cité phocéenne qui regagne des habitants après 30 ans de déclin démographique.

Le maire veut faire de "sa ville" une capitale euroméditerranéenne, il veut aussi attirer les entrepreneurs et les touristes. 

Marseille mise sur les croisières pour faire revenir des touristes à fort pouvoir d'achat. Les croisièristes étaient moins de 20.000/an en 1995. Ils sont 360.000 en 2005. Ils seront deux millions 15 ans plus tard.

Jean-Claude Gaudin a toujours eu Defferre pour modèle. Ce dernier a régné près de 33 ans à Marseille, il rêve peut-être d'en faire autant. En 2008, la réélection n'est pas gagnée d'avance. Jean-Noël Guérini, le très influent président socialiste du conseil général des Bouches-du-Rhône, se présente à la tête d'une gauche unie et menace de faire rebasculer la ville.

Mais une fois encore, le ticket Gaudin-Muselier, aux commandes depuis 12 ans, s'impose de justesse. Le premier adjoint espère encore pouvoir un jour succéder au maire. Il lui faudra encore quelques années pour comprendre que sous ses airs débonnaires se cache un "tueur" aussi impitoyable que Kaa du Livre de la Jungle. Serpent pour les uns, vieux lion pour les autres, Gaudin règne en maître inconstesté sur sa ville.  

En fin de mandat, il ménage le suspens sur sa candidature. On le dit "usé". Et son bilan est mitigé. D'un côté, l'image de Marseille a bien changé. La Capitale Européenne de la Culture a attiré six millions de visiteurs. Le Vieux-Port est devenu piéton, magnifié par l’ombrière-miroir de Norman Foster. Le Mucem aux résilles de béton signées Rudy Ricciotti devient le musée emblématique de la ville.

De l'autre, Marseille ville pauvre, vit au-dessus de ses moyens. La dette s'élève à 1,8 milliard d’euros, soit 2.103 euros/habitant. Selon le rapport de la Chambre régionale des comptes, Marseille est deux fois plus endettée que la moyenne des villes comparables.

L'équipe Gaudin avait promis de "faire baisser graduellement le chômage sous la barre des 10 %, puis 8 %". L'objectif ne sera pas atteint et les inégalités entre les quartiers Nord et les quartiers Sud ne feront que se  creuser au fil des années de ce mandat.

Réélu au premier tour dans son fief de Mazargues, comme en  2001 et 2008, il entame à 74 ans son quatrième mandat. Le dernier. Celui de trop dira-t-on. 

Moins de deux ans à peine après sa réélection, le maire doit faire face au scandale des écoles insalubres. "Écoles à Marseille, la honte de la République" titre Libération le 2 février 2016. Le gouvernement s'en mêle et demande un audit des 445 écoles maternelles et primaires. Le jour de son dernier conseil, des parents d'élèves viendront encore crier leur colère sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville.  

Une autre clameur accusatrice trouble ses derniers mois à la mairie. "Gaudin assassin" hurle la foule dans le quartier Noailles. Le 5 novembre 2018, huit personnes sont mortes sous les décombres d'immeubles vétustes dans la rue d'Aubagne. D'autres immeubles menacent de s'affaisser, des milliers de personnes sont délogées.

Pour les détracteurs de Jean-Claude Gaudin, le scandale des logements insalubres symbolise une ville laissée à l'abandon. Au moment de partir le maire défendra malgré tout son bilan en matière d'éducation, de sport, d'environnement, de transports ou de culture. Et laissera sa famille politique se déchirer pour son fauteuil. Jusqu'à la défaite. Et ses mémoires, Maintenant, je vais tout vous raconter.

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