Grève à La Provence après un titre contesté par des proches d'Emmanuel Macron : on vous explique la crise en quatre actes

Le directeur des rédactions de La Provence, Aurélien Viers, a été mis à pied une semaine, ce vendredi 22 mars, après un titre controversé, suite à la visite d'Emmanuel Macron et l'opération "place nette" XXL à Marseille.

La Provence ne paraîtra pas ce week-end des 23 et 24 mars. Après l'annonce de la mise à pied du directeur de publication Aurélien Viers, la rédaction a voté en faveur d'une grève "illimitée". Les journalistes de La Tribune, appartenant également à Rodolphe Saadé, se mettent, eux aussi, en grève. France 3 Provence-Alpes vous explique cette crise en quatre actes. 

Acte 1 : "Il est parti, on est toujours là", le titre de Une en cause

"Il est parti, on est toujours là." C'est ce titre, en Une de La Provence jeudi 21 mars, qui a valu à Aurélien Viers, le directeur des rédactions du journal sa mise à pied. À la suite de la visite d'Emmanuel Macron venu, sans être annoncé, présenter l'opération anti-drogue "place nette" et rencontrer des habitants de la cité de La Castellane. Le journal évoquait une "cité où chacun avait retrouvé ses habitudes".

Ce vendredi, le directeur de publication Gabriel d'Harcourt présentait en Une ses "plus profondes excuses" aux lecteurs, qui auraient pu être "ému[s]" par le journal de la veille. "La citation de Une et la photo d'illustration qui l'accompagnait ont pu laisser croire que nous donnions complaisamment la parole à des trafiquants de drogue décidés à narguer l'autorité publique", écrit-il.

Quelques heures plus tard, Marsactu annonçait la mise à pied du directeur de publication, Aurélien Viers. Une information confirmée à France 3 Provence-Alpes par une source syndicale.

Acte 2 : les journalistes de La Provence se mettent en grève

Ce vendredi matin à 10 heures, peu de temps après avoir découvert le mot de Gabriel d'Harcourt aux lecteurs, les représentants syndicaux étaient convoqués pour une réunion avec la direction. Ils y apprenaient la mise à pied pour une semaine d'Aurélien Viers, en vue d'un "entretien". La direction leur assurait que "rien n'était décidé quant à d'éventuelles sanctions".

À midi et demi, ils convoquaient une assemblée générale avec les journalistes de la rédaction.

"La Provence a voté à une très large majorité (79%) la motion de défiance proposée par l'intersyndicale SNJ, CFE CGC et CFDT envers la direction générale de La Provence et celle de Whynot Media et le lancement d'un mouvement de grève illimitée à compter de ce vendredi 16h.", annoncent les syndicats dans un communiqué commun.

Acte 3 : un élu marseillais s'offusque sur X

Christophe Madrolle, ex EELV, ancien du Modem, conseiller régional proche du parti Renaissance a réagit à la Une sur X, ex-Twitter : "C’est un bras d’honneur à la République et au boulot de tous ceux qui interviennent dans ces quartiers, forces de l’ordre, travailleurs sociaux, enseignants…

Le Monde explique que ce proche de Renaud Muselier a signalé la publication au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin et dit avoir échangé par texto avec le président de la République, Emmanuel Macron. Les journalistes de la rédaction craignent que Rodolphe Saadé, propriétaire du groupe, et ouvertement proche d'Emmanuel Macron, ne soit intervenu dans cette décision.

Dans leur communiqué, les représentants du personnel assurent n'avoir reçu aucune plainte de la part des lecteurs. "La rédaction n’a eu strictement aucun retour : ni sur le formulaire en ligne, ni par téléphone, ni sur les réseaux, hormis quelques élus locaux et représentants politiques de la majorité présidentielle", insistent-ils  La rédaction de La Provence "réaffirme qu’en l’espèce aucune faute déontologique n’a été commise."

Acte 4 : les soutiens se multiplient

Sur le réseau social X, le journaliste Yann Bertrand propose de partager la Une polémique. Des centaines de personnes suivent son initiative.

Des personnalités politiques ont aussi exprimé leur soutien aux journalistes de La Provence. Dans un tweet, Didier Reault, élu métropolitain LR, dénonce une "dérive autoritaire du système Macron", "une honte pour notre pays où la liberté d'expression est maintenant attaquée par un pouvoir à bout de souffle".

Dans un communiqué commun, les salariés d'Altice Média (BFMTV et RMC) expriment leur solidarité avec les salariés de La Provence. Alors que l'homme d'affaires franco-libanais, propriétaire de La Provence et de la CMA-CGM a racheté Altice Media. Il a assuré le 19 mars n'être "pas interventionniste sur la ligne éditoriale".

La rédaction de La Tribune, également propriété de l'armateur Rodolphe Saadé, s'est prononcée à son tour pour une grève mardi 26 mars. Les sociétés de journalistes de RMC et BFTV se rassembleront lundi 25 mars à 10 heures, pour "défendre la liberté d'informer".

A son tour, la SDJ du Parisien Aujourd'hui en France a publié un communiqué de soutien aux journalistes de la rédaction. 

Les journalistes de La Provence appellent également à un rassemblement lundi.

Ces mobilisations s'inscrivent dans un contexte social déjà tendu à La Provence, où une partie de la rédaction estime que le propriétaire du groupe CMA-CGM ne tient pas ses engagements après le rachat du journal.