Guerre en Ukraine : un chef d'entreprise reconditionne des gilets pare-balles de la police pour les civils

C'est une marque de soutien hors du commun. À Marseille, Nicolas Risterucci récupère des gilets pare-balles déclassés par les forces de l'ordre. Ce chef d'entreprise les achemine par le biais de la diaspora ukrainienne jusqu'aux zones de combat en Ukraine.

Les Ukrainiens résistent à l'invasion des troupes de Vladimir Poutine depuis près d'un mois. L'élan de solidarité a immédiatement permis de faire parvenir aux populations des biens de première nécessité et des médicaments. Pour Nicolas Risterucci, il est tout aussi essentiel d'envoyer de quoi permettre aux civils de se protéger des tirs russes : des gilets pare-balles.

"Pour eux, c'est de l'or un gilet pare-balles", dit-il. En une quinzaine de jours, le quadragénaire en a déjà expédié une cinquantaine grâce à une formidable chaîne solidaire au sein de la diaspora ukrainienne et son réseau professionnel.

C'est un ami vivant en Espagne, et dont la femme est Ukrainienne, qui au départ lui a demandé de trouver des gilets pare-balles à envoyer en Ukraine. 

À la tête d'une société spécialisée dans les coffres-forts qui s'occupe aussi d'équiper les polices pour la mise en sécurité de leurs armes, Nicolas Risterucci a sollicité ses contacts professionnels dans toute la France.

"Quelqu'un du côté de Tours m'a appelé et m'a dit : j'en ai trois pour toi si tu veux", raconte-t-il. Le chef d'entreprise marseillais en récupère aussi gratuitement une dizaine d'autres dans le sud dans la foulée puis d'autres encore dans la région de Rouen. 

"Ça m'a permis déjà de faire partir une trentaine de gilets sur l'Ukraine". 

Ces gilets proviennent de stocks de gilets "déclassés" la plupart du temps voués à prendre la poussière ou à être détruits.  

Un réseau d'intermédiaires mobilisés

Dès qu'il les reçoit, Nicolas Risterucci leur enlève toute identification : numéro de série, modèle, fournisseur, etc. Pour cette tâche, il peut compter sur l'aide de sa femme, Albina, une Biélorusse, avec laquelle il est marié depuis dix ans.

Ils ont trois enfants Vassili sept ans, Marushka cinq ans et Yakov un an, qui ont la double nationalité. Le petit Vassili aide lui aussi à "reconditionner" les gilets pour les Ukrainiens qui subissent la guerre.

Sa mère veut qu'il comprenne malgré son jeune âge "qu'on doit aider comme on peut".

Si la Biélorussie est un allié de la Russie, la jeune femme se sent pour sa part proche des Ukrainiens.

"C'est important que je sois Biélorusse parce que c'est la guerre, explique Albina Risterucci, et puis, pour nous les Biélorusses, les Ukrainiens sont vraiment la nation la plus proche de notre culture".

Dans les 48 heures, les gilets sont acheminés par le biais d'associations ukrainiennes.

"Je ne les donne que de la main à la main à des personnes qui me sont recommandées, elles viennent les chercher chez moi et les amènent ensuite directement en Ukraine".

Pour plus de sécurité, les livraisons se font toujours en petite quantité par moins de dix unités. 

Les gilets transitent via un "réseau" d'intermédiaires de toute confiance pour éviter tous risques d'"interception" de ces biens précieux, revendables au marché noir.

Récemment, Nicolas Risterucci s'est rendu en Seine-Maritime, où il a  récupéré sept gilets, et dès le lendemain ils les a confiés à un contact du réseau venant de Hollande pour se rendre en Ukraine.

La même vigilance est de mise pour la remise des gilets une fois sur place. "Je me suis rapproché d'une association, qui, et c'est essentiel pour moi, ne donnera les gilets qu'à des gens qui viennent les chercher directement."  

On voit sur ce post des photos de la dernière arrivée en date de l'aide marseillaise en Ukraine.

Ces gilets sont donnés aux civils. "Ils sont pour les personnes qui sont en appui, et qui sont amenées à sortir pour organiser la logistique, aller chercher de l'eau, faire plein de choses qui font partie d'une vie de communauté (...) ils ont besoin de gilets, sinon ils sortent à découvert", précise Nicolas Risterucci.

Une course contre la montre 

Nicolas Risterucci prévoit une nouvelle livraison cette semaine. Parallèlement, le Marseillais a lancé une cagnotte en ligne pour acheter des gilets neufs, qu'il a négociés à 500 euros/pièce. Il espère ainsi pouvoir expédier une dizaine de protections supplémentaires. Et la cagnotte a trouvé son public : dès les premières heures, plusieurs centaines d'euros ont été récoltées.

Mais l'entrepreneur bout à l'idée que des centaines de gilets déclassés traînent actuellement dans des placards alors qu'ils pourraient rapidement être mis à disposition par les collectivités. "Il y a des milliers de gilets qui prennent la poussière, ce n'est pas acceptable selon moi vu le contexte", ajoute-t-il. 

Selon une source policière, il y en existe de gros stocks dans certaines polices municipales qui comptent entre 50 et 100 agents, car chaque fonctionnaire a un équipement régulièrement renouvelé, en général tous les cinq ans. Et on compte 24.000 policiers municipaux en France.

Protéger Kiev, c'est protéger l'Ukraine.

Nicolas Risterucci

Des gilets pare-balle pour l'Ukraine

Nicolas Risterucci souhaite avoir un maximum de relais pour faire avancer sa cause et envoyer le plus de gilets possible à la population ukrainienne dans les plus brefs délais. Compte tenu de l'avancée des forces russes, c'est une course contre la montre.

"On ne peut pas attendre, il faut qu'ils arrivent à Kiev avant que la ville soit assiégée, s'inquiète Nicolas Risterucci, il faut que sous 15 jours ou un mois on ait rentré le maximum de matos, au 1er mai je pense que ce sera déjà plus délicat".

Nicolas Risterucci comme l'ensemble de la diaspora slave n'est pas optimiste sur la suite du conflit. Il mettra toute son énergie à aider les Ukrainiens "pour qu'ils résistent le plus longtemps possible et qu'ils puissent protéger Kiev, parce que protéger Kiev c'est protéger l'Ukraine". 

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