Marseille : 23 militants de Génération Identitaire jugés pour avoir envahi les locaux de SOS Méditerranée

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Ces militants d'extrême-droite avaient envahi le siège marseillais de l'association qui porte secours aux migrants en Méditerranée, le 5 octobre 2018, et déployé une "SOS Méditerranée complice de trafic d'êtres humains". Ils comparaissent jusqu'au 19 octobre.

Ces 23 militants de Génération Identitaire, un groupuscule d'extrême droite français désormais dissous sont jugés à partir de ce lundi pour  "violences en réunion", mais aussi pour "participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes". 

Seuls onze des 23 militants étaient présents à l'ouverture du procès devant le tribunal correctionnel de Marseille ce lundi matin. 

A la barre, ce sont deux versions de cette irruption dans les locaux de l'association d'aide aux migrants, dans le centre de Marseille, qui se sont opposées : une "agression traumatisante" pour les uns, "un message politique" pour les autres.



Une employée de SOS Méditerranée qui terminait de déjeuner lors de l'intrusion a elle raconté "une attaque violente, ça criait dans tous les sens".



Paniquée, elle raconte avoir tenté de rejoindre son bureau : "Dans le couloir, j'ai vu Flora Salacroup et une quinzaine d'autres personnes courir vers moi".



"Elle a forcé la porte en me projetant sur le mur derrière et sur l'armoire", a-t-elle assuré en désignant Mme Salacroup. Plus tard, cette dernière ainsi qu'une autre fille du commando l'auraient forcée à quitter sa chaise "en tirant sur (s)on bras".



Face à elle, Flora Salacroup, qui avait 18 ans au moment des faits, assure avoir juste "discuté avec cette dame". L'étudiante en droit, militante chez les Républicains puis au Rassemblement national, avant de rejoindre Génération Identitaire "quelques mois avant l'action de Marseille", explique avoir seulement voulu "passer un message politique" : "SOS Méditerranée, je le pense encore aujourd'hui, fait du trafic d'êtres humains".

"Pourquoi venir à 23, avec des gros bras, pour passer un message politique ?", rétorque le conseil des parties civiles de SOS Méditerranée, Me François De Cambiaire, mentionnant la présence d'un ex légionnaire, Peter Sterligov, militant d'extrême droite né en Russie.



Celle qui se décrit comme "une femme de droite, conservatrice", répond : "Je ne sais pas, la banderole était très lourde, et il fallait apporter les fumigènes aussi..."

Interrogée à la barre, la directrice adjointe de l'association humanitaire, Fabienne Lassalle, visiblement très émue, a assuré que "quatre ans après, les difficultés et le choc (NDLR: liés à l'intrusion) sont toujours là".

"Nous avons totalement revu nos façons de fonctionner car nous n'avions jamais eu l'idée que nous pouvions être attaqués sur notre territoire, chez nous...", a-t-elle déploré.

Rappel des faits

Le 5 octobre 2018, 22 ont fait intrusion dans les locaux de SOS Méditerranée dans le centre de Marseille. Une autre militante, qui a filmé les événements à l'extérieur, est accusée d'avoir diffusé des images relatives à la commission d'infraction d'atteintes volontaires à l'intégrité de la personne.

L'événement est "encore traumatisant aujourd'hui pour les équipes" de l'ONG, a expliqué le président de l'ONG François Thomas, qui espère "justice et réparation". "C'est tout à fait inadmissible dans notre Etat de droit d'avoir une intrusion dans nos bureaux en mode commando".

L'association qui a son siège à Marseille mène des opérations de sauvetage des migrants avec son navire Ocean Viking en Méditerranée centrale, la route migratoire la plus dangereuse au monde.

Sur des embarcations de fortune surpeuplées, hommes, femmes et enfants fuient les conflits et la pauvreté tentant de rejoindre l'Europe, par l'Italie.

Le 5 octobre 2018, une jeune femme sonne à la porte de l'appartement qu'occupe SOS Méditerranée dans le centre de Marseille, pour "se faire recruter comme bénévole". Derrière elle, une vingtaine de militants de Génération identitaire s'engouffrent, dans les cris et la bousculade.

 "Trafiquants d'êtres humains, ça va mal se passer pour vous!", crie l'un d'eux, selon des employés de SOS Méditerranée. Les assaillants déploient une banderole de dix mètres de long entre deux fenêtres de l'association, qui donne sur une rue très passante: "SOS MEDITERRANEE COMPLICE DU TRAFIC D'ETRES HUMAINS! - GENERATION IDENTITAIRE". 

Un salarié qui a réussi à s'échapper emprunte le téléphone d'un passant pour appeler les secours: à l'aide de gaz lacrymogène, la police réussit à pénétrer dans les locaux et à en déloger les militants.

Extrêmement choqués par la violence de l'opération --certaines des parties civiles ont évoqué le contexte d'attaques terroristes--, les salariés de SOS Méditerranée se sont tous vus prescrire des jours d'incapacité temporaire de travail.

Des habitués des actions "choc" anti-migrants

Le commando jugé à partir de ce lundi était constitué de19 hommes et trois femmes. Lors de leurs auditions, tous ont nié avoir agi violemment, défendant une action totalement pacifique.

Génération identitaire, dissous en 2021 par les autorités, multipliait auparavant ces actions "choc": occupation de lieux publics, affichages xénophobes, opération anti-migrants dans les Alpes. 

Six des 23 prévenus de Marseille ont écopé fin septembre de peines de prison avec sursis pour avoir investi le toit de la Caisse d'allocations familiales de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Parmi ces "habitués", Jérémie Piano, 28 ans, candidat dans les Bouches-du-Rhône du parti d'extrême droite Reconquête d'Eric Zemmour lors des dernières élections législatives et condamné à plusieurs reprises, notamment pour "provocation à la haine".

A la barre lundi doivent aussi comparaître Anne-Thaïs du Tertre, dite Thaïs d'Escufon, étudiante de 23 ans et ex-porte-parole de Génération identitaire, ou encore Edouard Michaud, fiché S décrit comme "susceptible de commettre des actions violentes".

"SOS Méditerranée a sauvé 36.789 personnes en mer depuis février 2016, comment peut-on s'attaquer à des salariés dédiés à une action humanitaire ? Quelle injustice!", a déploré François Thomas.

Pour l'avocat de SOS Méditerranée, François de Cambiaire, même si l'association est la cible de nombreuses menaces, "il n'y a jamais eu d'attaque aussi violente et organisée". Il souhaite la prise en compte, en plus du préjudice moral subi par les salariés, des atteintes sur la réputation de l'ONG et sur sa capacité à agir. "Fortement désorganisée" après l'intrusion, l'ONG a dû engager des coûts importants pour se protéger.

Jusqu'à 5 ans de prison et 75.000 € d'amende

La "Maison des potes", association antiraciste qui se constitue partie civile, dénonce les "raisons politiques" de l'action de Génération identitaire, a indiqué son président, Samuel Thomas.

Soulignant que Génération identitaire a été dissous, SOS Méditerranée a précisé ne souhaiter "ni une vengeance, ni une cabale contre ces personnes": "SOS Méditerranée n'est absolument pas politisée et ne souhaite pas aller sur le terrain des polémiques", a insisté Me De Cambiaire. 

Les 22 membres du "commando" encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Le conseil de plusieurs d'entre eux, Me Pierre-Vincent Lambert, a indiqué à l'AFP qu'il ne souhaitait pas s'exprimer avant l'audience.

Le procès doit se tenir devant le tribunal correctionnel de Marseille du 10 au

19 octobre. 

Avec AFP

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