Marseille, un agent de sécurité prévenu de cruauté animale : "C'était mon gagne-pain"

Storm a vécu un calvaire pendant cinq mois. Enfermé dans le coffre d'une voiture, ce chien malinois a pu être secouru à temps. Son propriétaire, un agent de sécurité cynophile, était jugé en délibéré ce mardi 20 octobre. Il encourt au maximum deux ans de prison avec sursis et 30 000 euros d'amende. 
© V. Bour
"Il n’a absolument pas pris conscience de la souffrance qu’il a infligé à un être vivant de sensibilité. C’est juste effroyable", s’indigne Isabelle Terrin, l’avocate de la partie civile, à la sortie du tribunal correctionnel de Marseille.  

Ce mardi 20 septembre, ils sont des dizaines à réclamer "Justice pour Storm", un chien malinois de 7 ans qui "sort de l’enfer".  

Ce mâle de la famille des Bergers a passé 500 heures, enfermé dans un coffre de voiture, par son propriétaire.  
 
© V. Bour

À l’issue du procès, ce matin, le procureur a réclamé pour le prévenu dix mois de prison avec sursis, une interdiction de travailler avec un chien pendant trois ans et une interdiction définitive d’avoir un chien dans la sphère privée. 

Moi, je trouve que ce n’est pas assez, je voudrais le voir derrière les barreaux !

Isabelle Terrin


"Mais dans le contexte actuel français, dix mois avec sursis c’est beaucoup pour quelqu’un qui est primo-délinquant et qui n’a pas de casier judiciaire. Son comportement, à sans cesse nier l’évidence, a dû excéder le procureur", estime l'avocate de la partie civile.  

Le maître de Storm : un père de famille et agent de sécurité de 39 ans qui possédait une carte professionnelle où était inscrite la mention d'agent cynophile (une brigade cynophile signifie est une équipe qui dresse les chiens). 

Chaque mois, il recevait une somme liée aux frais d'alimentation, d'un montant de 180 à 250 euros.

Cela apparaît sur son bulletin de salaire comme "prime de chien". 

Dans ses déclarations, l’homme a soutenu : "Moi le chien, je ne vois pas pourquoi vous me gardez à cause de ça, il mange bien, je m'occupe de lui, bon c'est vrai des fois il reste dans la voiture, mais je travaille avec, c'est mon gagne-pain."
 
© V. Bour

"Sa cage est minuscule, il ne peut pas bouger, il est dans le noir et enfermé en permanence, il ne sort absolument jamais", s'inquiétait fortement une habitante il y a quelques mois.  

Le 20 mai dernier, c'est ce genre de témoignages répétés par de nombreux voisins et un signalement auprès de la SPA "pour des actes de cruauté sur un animal domestique" qui poussent les forces de l'ordre à intervenir dans une résidence du 15ème arrondissement de Marseille. 

"Nous ressentons immédiatement dans ce parking une chaleur étouffante et constatons que le véhicule est totalement fermé, aucune vitre n'est entrouverte" explique l'un des policiers qui entend les gémissements et grognements d'un chien, en provenance du coffre. 
 
Storm est un mâle de 7 ans. Le voici, il y a quelques mois, avant d'avoir été maltraité par un agent de sécurité. • © DR
Storm est un mâle de 7 ans. Le voici, il y a quelques mois, avant d'avoir été maltraité par un agent de sécurité. • © DR © DR

Lorsque le propriétaire arrive, les services de police révèlent qu'"il est confus, tremblant et déclare qu'il vient juste de rentrer quelques minutes plus tôt, que le chien n'est pas enfermé depuis longtemps"

Pourtant, une fois le coffre ouvert, la patrouille de la division nord de la police nationale découvre que "l'animal est enroulé sur lui-même, n'a pas la place de s'étendre, de s'asseoir ou de se mettre debout dans sa cage, il n'a ni eau ni nourriture, aucun tapis ou coussin pour un minimum de confort dans la cage"
 
Storm est un mâle de 7 ans. Le voici après avoir passé 500 heures, enfermé dans une cage, dans le coffre d'une voiture.
Storm est un mâle de 7 ans. Le voici après avoir passé 500 heures, enfermé dans une cage, dans le coffre d'une voiture. © DR

Cela fait des années que Xavier Bonnard, responsable bénévole à la SPA Marseille-Provence, lutte contre la maltraitance animale. D’après lui, la justice évolue en ce sens et frappe fort : "J’ai plaidé 90 fois et vu 90 condamnations."  

C’est lui qui a envoyé deux enquêteurs sur place pour constater les conditions de vie de Storm. "On l’a récupéré dans un état déplorable, amaigri, affaibli, déshydraté. Aujourd’hui, Storm a toujours cette crainte de l’humain" poursuit-il. 

Le propriétaire a accepté la cession de son chien à la SPA et n'a pas pris de ses nouvelles, d'après Isabelle Terrin. "Il dit qu’il l’a bien traité mais il ne s’interroge pas sur son devenir" souligne-t-elle.
 
Plusieurs agents de sécurité, accompagnés de leurs chiens malinois, se sont portés partie civile.
Plusieurs agents de sécurité, accompagnés de leurs chiens malinois, se sont portés partie civile. © J. Vial

Daniel Madeira, président du syndicat autonome des agents cynophiles, s’est tout de suite porté partie civile pour la défense de Storm et de l’image de sa profession. "Mon client est furieux", lance son avocate, Isabelle Terrin. 

"Dans la fiche métier d’agent cynophile, il est bien indiqué qu’on forme avec le chien un binôme, un tandem. On passe plus de temps avec lui qu’avec notre famille, on lui doit tout notre respect" s'exprime Daniel Madeira. 
 

"On a beaucoup de problèmes en tant qu’agents cynophiles avec les actes de maltraitance commis par des personnes qui ne sont pas titulaires d’une carte professionnelle, généralement employés par des entreprises de sécurité peu regardantes et peu scrupuleuses. Ça salit le métier !"

Daniel Madeira 

© V. Bour

Le propriétaire de Storm, lui, ne connaissait même pas son nom. "C’est dire qu’il le considérait comme un outil, comme une chose, et non comme un être vivant doté d’une sensibilité", surenchérit Isabelle Terrin. 

Cette avocate qui plaide pour la cause animale espère une peine dissuasive. "Je remercie tous les gens qui ont signalé car ça a permis de sauver Storm", conclut-elle, le sourire aux lèvres.   

De son côté, la défense a refusé de s’exprimer. Le tribunal correctionnel de Marseille a mis sa décision en délibéré pour se laisser le temps de la réflexion. Verdict le 10 novembre prochain.  
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société faits divers animaux nature