Marseille : mort de Zineb Redouane, les zones d'ombre de l'enquête

Des policiers équipés de LBD (LBD 40), lors d'une manifestation de gilets jaunes en France, le 6 avril 2019. / © KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Des policiers équipés de LBD (LBD 40), lors d'une manifestation de gilets jaunes en France, le 6 avril 2019. / © KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Sept mois après le décès de Zineb Redouane, une octogénaire touchée par une grenade lacrymogène au cours de violentes manifestations, alors qu'elle se trouvait à la fenêtre de son appartement à Marseille, plusieurs zones d'ombre persistent dans ce dossier.

Par GB avec AFP

Zineb Redouane est morte à l'hôpital, le 3 décembre 2018, deux jours après avoir été grièvement blessée par une grenade alors qu'elle se trouvait à la fenêtre de son appartement, au 4e étage de son immeuble, à l'angle de la Canebière.

En bas de son immeuble, de violents incidents avaient éclaté ce samedi-là après des manifestations contre l'habitat insalubre, pour le climat, et une autre des "gilets jaunes".

Sept mois après son décès de nombreuses zones d'ombre persistent dans ce dossier. Sept mois après son décès de nombreuses zones d'ombre persistent dans ce dossier. Et les proches de Zineb Redouane déplorent que le policier qui a tiré ne soit toujours pas identifié. Ils ont porté plainte.

Qui est l'auteur du tir sur Zineb Redouane ?

C'est la question centrale. Fin janvier, les enquêteurs de l'IGPN ont entendu les cinq CRS dotés de lanceurs de grenade qui se trouvaient sur les lieux, ainsi que le capitaine qui les dirigeait.

Confrontés aux images de vidéosurveillance, aucun n'a désigné le tireur, ou n'a reconnu avoir tiré.

Au total, ce jour, 200 grenades ont été tirés, peut-on lire dans ces auditions, dévoilées par Mediapart mardi. Sur les images, un CRS fait un tir "en cloche", en direction de l'immeuble de l'octogénaire, puis quelques secondes après prend du recul et regarde à plusieurs reprises en hauteur, face à lui.

Trois policiers ont récusé apparaître, dont l'un car il portait une barbe et un autre une cagoule et des lunettes, alors que le CRS n'en a pas sur les images, et deux ne se prononcent ni dans un sens ni dans l'autre.

Ces policiers (…) font preuve d'une mauvaise foi évidente

Le numéro de la grenade qui a touché Mme Redouane, retrouvée dans l'appartement, ne permet pas non plus d'identifier le tireur car il s'agit d'une munition "de remplacement", après l'épuisement d'un premier stock, selon ces auditions.

"Ces policiers, qui n'ont même pas été placés en garde à vue contrairement à l'usage, savent qui a tiré et font preuve d'une mauvaise foi évidente", selon l'un des avocats de la famille Redouane, Me Yassine Bouzrou.

Y a-t-il eu un tir tendu ?

Les fonctionnaires entendus ont assuré s'être abstenus de tout tir tendu, conformément à la législation.

Selon la fille de Zineb Redouane, rapportant des propos de sa mère au téléphone au moment de l'impact, un policier l'aurait au contraire regardée et visée.

De leur côté, les CRS ont insisté sur le climat particulièrement violent, ce soir-là à Marseille. "C'est l'un des maintiens de l'ordre les plus durs que j'ai eu à gérer", explique l'un, tandis qu'un autre se rappelle qu'il n'était "pas sûr (d'en) sortir indemne".

Reste une question : en quoi Zineb Redouane représentait-elle un danger pour les fonctionnaires ? Selon des témoignages, l'octogénaire était en train de fermer ses volets au moment des tirs. 

Pourquoi il y avait-il un magistrat auprès des CRS ?

Le 27 juin, Mediapart a révélé la présence André Ribes, le vice-procureur du parquet de Marseille, aux côtés des policiers sur le terrain le 1er décembre, relate franceinfo.

La présence d'un vice-procureur de Marseille, sur le terrain aux côtés des policiers, a été rapportée par les policiers lors de leurs auditions fin du mois de janvier.

Mais en revanche, le magistrat n'aurait pas fait état de sa présence à la juge d'instruction marseillaise en charge du dossier, selon le site d'information.

Cette présence a été signalée par les policiers lors de leurs auditions et est donc "connue de l'autorité judiciaire depuis le 25 janvier", a souligné Me Bouzrou.

Plus troublant, André Ribes a été chargé du début de l'enquête, jusqu'à ce que celle-ci soit confiée à un juge d'instruction, le 5 décembre.

Un écueil judiciaire de plus selon Me Bouzrou, qui met en cause "l'impartialité" de la justice marseillaise dans cette affaire sensible, depuis la première enquête, ouverte par le parquet pour "recherche des causes de la mort", jusqu'au traitement de sa plainte pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donnée".

Les causes de la mort relancées

Mardi, un autre élément s'est ajouté au puzzle : une autopsie réalisée par la justice algérienne, le pays d'origine de Mme Redouane. Ses conclusions, dévoilées par Le Média, établissent que le "traumatisme (facial) est directement responsable de la mort par aggravation de l'état antérieur (...), malgré les soins".

Le procureur de Marseille, Xavier Tarabeux, avait d'abord affirmé que l'octogénaire avait succombé "d'un arrêt cardiaque sur la table d'opération""A ce stade, on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre la blessure et le décès", avait-il alors déclaré

"J'espère que cette expertise va faire bouger les choses", a commenté Brice Grazzini, autre avocat des proches, qui va la faire verser à l'instruction.

Selon lui, la première autopsie à Marseille, qui s'abstenait de trancher l'origine du décès de Mme Redouane, faute d'éléments suffisants notamment sur ses antécédents médicaux, témoignait d'un "manque de diligence".    

Les proches des victimes attendent désormais le dépaysement des investigations, sur lequel la Cour de cassation doit se prononcer rapidement.

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