Marseille : un mémorial éphémère aux victimes de féminicides et "du patriarcat"

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Une vingtaine de membres du collectif Collages féministes Marseille s'est rassemblée dimanche soir sur les escaliers qui vont à la cathédrale de la Major, pour afficher les noms des victimes "du patriarcat" en 2021. En tout 126 personnes sont mortes soit par féminicide soit pour d'autres raisons liées à leur identité de genre, selon le collectif.

Elles ont dénombré 126 victimes "du patriarcat" en 2021. Le collectif Collages féministes Marseille décompte les 113 victimes de féminicide (des femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint), mais aussi les travailleuses du sexe mortes dans l'exercice de leur métier ou les personnes trans ou non-binaires, tuées en raison de leur genre.

Pour chacune des victimes, elles ont affiché en grand sur les murs de la cathédrale de La Major le prénom, la date de leur mort et leur âge. Leur procédé est toujours le même : chaque lettre, écrite en noir et majuscule correspond à une feuille A4. Le message est bien lisible, et de loin.

Le but, c'est de prendre de la place dans l'espace public, qu'on se rende compte de l'étendue de ces meurtres

Anna, Collages féministes Marseille

"Le but, c'est de prendre de la place dans l'espace public, qu'on se rende compte de l'étendue de ces meurtres", insiste Anna, l'une des "colleuses", militante du collectif féministe.

"Ce sont des meurtres évitables, juge-t-elle. Le but c'est de les visibiliser et montrer qu'ils sont systémiques. Ce ne sont pas des actes isolés d'hommes qui pètent un plomb. C'est un homme cisgenre qui a tué une femme parce que femme."

Si les personnes trans sont incluses dans le mémorial du collectif, c'est que "le patriarcat est un système de domination des hommes cisgenre sur les femmes et le reste des personnes. La transphobie interconnecté au sexisme."

Pour rappel, le terme "cisgenre" désigne l'identité de genre des personnes dont le genre ressenti correspond à celui assigné à la naissance.

Pour Anna, même si l'égalité hommes-femmes a été déclarée "grande cause du quinquennat" par le gouvernement, "il n'y a pas grand chose qui est mis en place sur le terrain." "Le nombre de féminicides est à peu près constant, souligne-t-elle. Comme le rappelle Alice Coffin, cela correspond à un Bataclan par an."

Alors que de nouveaux dispositifs existent comme la plainte hors commissariat ou la plainte anonyme, les plaintes pour violences conjugales ont augmenté de 19% à Marseille en 2021, comme le rappellent nos confrères de France Bleu Provence.

Pour la "colleuse" marseillaise, cela ne suffit pas : "On n'a pas une meilleure prise en charge des plaintes par la police." Elle prend en exemple le hashtag récent "#Doublepeine" apparu récemment sur les réseaux sociaux. Il dénonce la mauvaise prise en charge par les forces de l'ordre des femmes victimes de violences, et en particulier les victimes de violences sexuelles.

Le dimanche soir à la Major, l'action du collectif féministe est plutôt bien reçue par les rares personnes qui passent par là. Ce n'est pas le cas de toutes les actions de Collages féministes Marseille. "Cela dépend de ce qu'on fait et où on colle", témoigne Anna.

"Quand on parle de meurtres et de victimes du patriarcat, les gens comprennent dans l'ensemble."

Mais les colleuses s'attirent souvent les foudres des passants lorsque leurs messages ciblent directement les "hommes cis" (comprendre "cisgenre", terme expliqué plus haut). Comme quand elles écrivent sur les murs : "96% des auteurs de viols sont des hommes cis."

Le chiffre, difficile à évaluer (certaines victimes ne portent pas plainte, tous les auteurs ne sont pas condamnés, etc.) émane du Collectif féministe contre le viol.

Des violences antérieures parfois signalées

Le ministère de la justice écrit dans un rapport daté de 2018 : "toutes infractions sexistes confondues, les condamnations concernent à 96% des hommes. En 2016 et 2017, le pourcentage est stable."

Selon l'étude réalisée par la Délégation aux Victimes du ministère de l’Intérieur, 102 femmes ont été tuées par leur (ex)- compagnon ou leur (ex)-compagne en 2020. 

Dans 1 cas sur 3, des violences antérieures avaient été signalées par les victimes. Dans presque 3 cas sur 10, l’auteur était connu des services de police et de gendarmerie pour avoir commis des faits antérieurs de violences.