Pénurie de riz : une crise dans la crise pour la filière rizicole en France

Le pays pourrait faire face à une pénurie de riz dans les prochaines semaines. En cause, les aléas climatiques en Inde et au Pakistan mais aussi la faible production de riz français. En Camargue, principale région rizicole, les surfaces de production diminuent d’année en année

"Dans un contexte de probable pénurie mondiale, il serait intéressant de revaloriser la production française", suggère François Clément, directeur du centre français du riz.

Car si la météo en Asie et la guerre russo-ukrainienne menacent le marché mondial, la France est armée pour faire face à cette crise. Seulement, sur le territoire, la riziculture marche au ralenti depuis déjà plusieurs années.

Une filière rizicole en souffrance

La filière rizicole française souffre de trois handicaps majeurs : une faible visibilité pour commencer. Cette petite filière est bien moins représentée que celle du blé dur ou du maïs par exemple.
Un budget limité, ensuite. La dernière PAC (Politique Agricole Commune) en 2021 a considérablement réduit l’enveloppe allouée à la filière rizicole en France. A titre comparatif, la France bénéficie de 120 euros par hectare de culture de riz, l’Italie touche elle, 300 euros par hectare, soit plus du double.
Enfin, des règles de productions extrêmement strictes, comme l’explique François Clément.

"En France, en matière de riziculture, nous sommes loin d’être traités sur un pied d’égalité avec les autres pays européens ; les règlementations sont différentes. Contrairement à l’Italie par exemple, nous n’avons pas le droit d’utiliser des solutions phytosanitaires, nous produisons donc en moindre quantité".
D’autant que les français ne sont pas de grands consommateurs. Environ 4.5 tonnes par habitant et par an.

La Camargue en sous régime

La Camargue dispose de 20 000 hectares de surface rizicole, et peut produire 40%, de la consommation française. Aujourd’hui, la région n’exploite que 10 600 hectares, et produit 20% de la consommation.

Dans ce contexte, difficile pour les professionnels du secteur d’envisager l’avenir sereinement. Jacques Rozière, riziculteur en Camargue, n’a pas eu d’autre choix que de passer au maraîchage, il y a deux ans.

"Je ne l’ai pas fait de gaité de cœur", confie-t-il. "Dans ma famille on est riziculteur de génération en génération. Mais là je ne pouvais plus en vivre". Il a donc choisi de maintenir 25% de production de riz, et 75% de tomates.

"Ce sont des produits qu’on peut produire en quantité parce que les normes nationales n’imposent pas ou peu de restrictions sur les produits phytosanitaires. Pour les producteurs, c’est plus rentable. Les industriels ont besoin de volume et surtout de constance d’une année sur l’autre. Or nous ne pouvons leur donner ni l’un ni l’autre avec le riz".

Impuissants faces aux politiques européennes, les riziculteurs français ne peuvent qu’observer la crise qui se profile