Coronavirus, le jour d'après : pour le président de l'URSSAF, "c'est un tsunami économique qui nous arrive"

Philippe Korcia est président de l'Urssaf Paca. Il est également à la tête de l'Union pour les entreprises (UPE) des Bouches-du-Rhône. Derrière la crise sanitaire, il annonce un tsunami pour le monde de l'entreprise. Et appelle à une "union sacrée" entre petites et grandes sociétés du territoire.

Philippe Korsia, président de l'UPE 13 et de l'Urssaf Paca.
Philippe Korsia, président de l'UPE 13 et de l'Urssaf Paca. © Photo T. Vaudé/Pressvox
Il porte un regard averti sur l'économie de notre région grâce à sa double casquette de président de l'UPE 13 et de l'Urssaf Paca.

Pour Philippe Korcia, la crise économique qui s'annonce prend l'allure d'un tsunami. A l'Urssaf, les indicateurs sont déjà au rouge pour un quart des recouvrements. Le patron de l'Urssaf Paca annonce la somme d'un milliard deux cent millions d’euros de délais de paiement pour aider les entreprises du territoire.
Il a accepté de répondre à nos questions :

Q : Pensez-vous que les aides de l'Etat pour le maintien de notre économie sont suffisantes ?

L’Etat a bien fait son travail en accordant des mesures d’aide aux entreprises :
- les Prêts Garantis par l’Etat (PGE). 90 % des entreprises qui l’ont demandé l’ont obtenu.
- le report des charges fiscales et sociales
- le report des crédits à six mois

Mais à présent, il faut arrêter de prêter aux entreprises. Elles vont être dans l’incapacité de rembourser toutes ces sommes.

Leurs marges d’exploitation sont très faibles. Elles ont déjà des crédits et des charges sociales à payer, alors qu'elles sont sans activité.
Je le dis aux services de l'Etat, si vous voulez aider les entreprises, faîtes des exonérations, exonérez-les des charges sociales, et des impôts locaux.

Les Prêts Garantis par l'Etat (PGE) sont basés sur un remboursement sur 12 mois sans intérêt, puis avec intérêt pendant cinq ans. Nous demandons  à ce que cette franchise nette d’intérêt passe à 24 mois au lieu des 12 mois…. De façon à éviter des frais bancaires supplémentaires.

 

"Il n'y a rien de pire que d'être au milieu du gué"


Q : Que pensez-vous des mesures de déconfinement annoncées pour le monde de l'entreprise ?

Avec l’allocution du premier ministre ce mardi, on a assisté au confinement du déconfinement pour les entreprises.  On dirait que l’on fait un pas en avant, puis deux en arrière. Cela me gêne car on ne libère pas l’économie. Nous ne sommes pas plus avancés sur les transports et l’école.
Pour les entreprises on leur dit "ouvrez" mais en même temps il leur faut poursuivre encore trois semaines de télétravail. De la même manière on ne doit pas dépasser les 100 km…

Il n’y a rien de pire que d’être au milieu du gué. Les restaurants et l’hôtellerie sont les grands perdants. Le secteur du tourisme est touché à 95% par l’arrêt. Pour relancer tout cela, il faudra relancer aussi la libre circulation des personnes. Sans cela, ça sera compliqué.

Bien sûr, la crise sanitaire est prioritaire, mais la crise économique risque d’être terrible.
 

 

"Les indicateurs sont au rouge"


Q : Que constatez-vous au niveau de l'Urssaf ?

Les indicateurs sont au rouge. Avant la crise, 20% des entreprises étaient fragiles, avec une trésorerie tendue. On essayait déjà de les accompagner, car elles ne marchaient pas.
Toutes celles-là risquent de disparaître. Les tribunaux de commerce enregistrent une augmentation de 20% de redressements judiciaires et de demandes de protection du tribunal.

Les sociétés qui vont reprendre ne pourront retrouver leur niveau normal avec la reprise.

Il va falloir continuer à les accompagner au niveau des charges fiscales et sociales, prolonger les délais des remboursements de prêt et de franchises.

L’Urssaf Paca vient d’accepter un milliard deux cent millions d’euros de délais de paiement pour les aider. On est capable d'allonger les délais de paiement à 24 mois si l'Etat nous donne l'autorisation.

 

"Un tsunami économique..."


Par l'Urssaf, on voit aussi les entreprises qui n’ont pas  de capitalisation financière, de fonds propres. Elles vont tout perdre.
Il faut savoir que les chefs d’entreprise, quand ils ne travaillent pas là, n'ont pas de rentrée, pas de salaire .
Il n’y a pas d’aide pour les patrons. Car ils sont souvent caution de plein de choses.

C’est un tsunami économique qui nous arrive… Avec les aides en ce moment, les entrepreneurs ne se rendent compte de rien… Dans deux mois quand on va découvrir l'ampleur des conséquences, ça va être terrible.

Mais l’administration va reprendre le dessus. A partir de juillet-août, Bercy va reprendre le contrôle. Il va y avoir des divergences sur certains points, comme le chômage partiel... L’UPE 13 va accompagner ses entreprises au plus près.


Q : Quelles sont les entreprises les plus touchées ?

Sur notre territoire, il y a beaucoup d’entreprises familiales qui existent depuis longtemps, et avec ce genre de crise, la suite n’est plus assurée.
J’ai peur qu’elles ne puissent plus pérenniser leur activité... Ce sont des entreprises qui existent depuis 50 ans, 70 ans.

Pour celles qui ne se sont pas remis en question à temps sur le business model, la nouvelle génération n’était peut-être pas encore arrivée, celles-là ne redémarreront pas.

Je parle des vieilles entreprises qui doivent se réinventer régulièrement, et cette crise ne leur en a pas laissé le temps.
J’ai peur qu’on ait de l’authenticité qui disparaisse de nos territoires.


"Il va falloir réinventer la façon de se comporter..."


Q : Que prépare l'UPE des Bouches-du Rhône ?

Les entreprises vont être de plus en plus fragilisées (120000 dans les Bouches-du-Rhône). Je veux que toutes continuent à vivre.
Emmanuel Macron l’avait dit le 15 mars : « Aucune entreprise ne disparaîtra ».

L'Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône travaille déjà sur la suite. Nous avons ouvert des chantiers de réflexion, des groupes de travail avec des entreprises de toutes tailles implantées dans notre territoire du 13.

J’ai bon espoir que le tourisme rouvre avant septembre. Sous quelle forme cela va-t-il se passer ? Les gens vont certainement penser différemment.
Est-ce que cette crise va changer nos habitudes de consommation ? Allons nous nous tourner vers une consommation plus liée au respect de l'environnement ?

Tant qu'il n'y aura pas de vaccin, il va falloir réinventer la façon de se comporter, la façon de se déplacer.

La résilience des chefs d’entreprise est incroyable. C’est ce qui fait tenir les entrepreneurs. C'est leur point fort.
Il faut que l’on joue tous ensemble la même partition.

Il faut une espèce d’union sacrée, que les plus forts aident les plus petits.
A l’UPE 13, nous choisirons la résilience territoriale.

























































 
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