Réforme des retraites : pourquoi les actions "à la Robin des bois" de la CGT Énergie mettent sous tension le gouvernement ?

Opposée à la réforme des retraites, et dans un contexte de hausse du prix de l'électricité, la CGT a passé en tarif réduit les compteurs de PME, comme des boulangeries, et rétabli le courant dans certains foyers.

Une initiative qui fait des étincelles face à la réforme des retraites. Depuis la semaine dernière, la CGT a mis en place des opérations pour faire baisser la facture de certaines PME ou foyers français, ainsi que des coupures de courant. Objectif marquer d'une façon "positive" l'opposition des syndicats au projet du gouvernement. France 3 Provence-Alpes vous explique les enjeux de ces actions syndicales et de quelle façon réagissent Emmanuel Macron et ses ministres.

  • En quoi consistent ces actions "positives" ?

Lundi 23 janvier, la CGT a passé en tarif réduit le compteur électrique de certaines boulangeries de Marseille. Les syndicalistes ont montré leur soutien à ces professionnels qui manifestaient contre la hausse du prix de l'énergie, à Paris. Une action parallèle contre la réforme des retraites.

"On a la capacité technique de faire baisser les factures d'énergie des boulangers, sans mettre en danger ni les biens, ni les personnes", a déclaré à l'AFP Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille.

La CGT a détaillé, lundi matin, dans un communiqué de presse, basculer "les compteurs en tarif réduit, ce qui fera baisser la facture de 60 %." Le nombre de boulangeries et agents participant à cette opération n'a, pour l'instant, pas été précisé.

La CGT indique que "plusieurs hôpitaux ou cliniques, des patinoires et des piscines municipales, des centres sportifs publics, des associations d'intérêt public, des bibliothèques, des collèges, des lycées, des crèches, des chauffages collectifs d'université ou de HLM, des éclairages publics de petites et moyennes communes, des logements sociaux" ont ainsi été "placés en gratuité d'électricité ou de gaz".

Des opérations pour rétablir le courant de foyers, victimes de coupures en pleine trêve hivernale, sont également menées. "Durant cette grève, on va essayer de rétablir l'électricité ou le gaz pour un maximum de ces usagers-là, qui se retrouvent dans le froid", a affirmé Fabrice Cadour, secrétaire fédéral de la FNME-CGT, à nos confrères de TF1, ce mardi.

  • Est-ce légal ?

"C’est complètement illégal, c’est aussi complètement moral pour nous", a déclaré Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, à nos confrères de Var Matin, lundi dernier.

Pour le représentant, la question n'est pas de subir les répercussions et sanctions du gouvernement pour ces opérations. "La vraie question qu'on se pose nous, c'est qu'est-ce qu'on craint de ne pas le faire aujourd'hui ? Ce genre d'action, c'est surtout un cri, un cri d'alarme. Nous, on souhaite revenir à un service public 100 % public, comme c'était le cas pendant 70 ans avec EDF-GDF", a-t-il précisé mardi, sur le plateau de France 3 Provence-Alpes.

Selon Justine Orier, avocate en droit des infrastructures, "si ces coupures d'électricité portent atteinte à l'intégrité du réseau, c'est un délit. Seul le juge peut qualifier si ces actions syndicales sont qualifiées ou non."

La juriste fait toutefois la différence entre la coupure d'électricité dans les hôpitaux, par exemple, qui "peut tuer des gens", et donc constituer "un délit", et la baisse de la facture d'électricité pour les entreprises et particuliers, relevant de la "responsabilité civile."

  • Comment le gouvernement réagit-il face à ces actions syndicales ?

Pour Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, ces actions sont "inacceptables". "Ce n'est pas la CGT qui décide en France, ce n'est pas la CGT qui décide des tarifs, ce n'est pas la CGT qui décide qui doit payer quoi. C'est l'État, c'est l'intérêt général, c'est le peuple français à travers ses représentants", a-t-il affirmé au micro d'Europe 1, ce mardi.

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runnacher, a affirmé, mardi, sur RMC-BFM que c'était de "l'intimidation" et que ce n'était pas "légal". Elle encourage les entreprises à porter plainte contre les coupures d'électricité dont le syndicat menace.

  • Ces actions vont-elles s’amplifier ?

Les opérations de coupures d'électricité et baisses de factures risquent de s'intensifier dans les jours et semaines à venir. L'objectif est de monter en puissance avant la journée nationale d'action, mardi 31 janvier.

Sur RTL, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, s'est avancé sur la probabilité de couper l'électricité de certains milliardaires. Il a notamment pointé du doigt Vincent Bolloré, l'homme d'affaires et propriétaire de médias.

"Qu'on essaye de faire vivre quelques heures, quelques jours aux milliardaires, la situation que vivent les millions de foyers en précarité énergétique, qui n'ont pas le choix et ont leur électricité coupée", s'est exclamé le syndicaliste.

Il a d'ailleurs comparé ces actions à l'opération "Robin des bois", un collectif de bénévoles qui tente de maintenir le gaz ou l'électricité auprès de certains citoyens, menacés de coupures.