TEMOIGNAGES. "Chaque fois qu’il me frappait, j’avais droit à un bisou, à des parfums…" : trois femmes racontent l’enfer des violences conjugales

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Betty, Walida et G. ont été frappées, insultées, humiliées par leur conjoint pendant des années. Mais elles ont eu le courage immense de franchir le pas et de partir. A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, le film "Quand elles passent à l’action" raconte leur combat pour s’en sortir et se reconstruire.

Les chiffres sont éloquents : chaque année en France, au moins 220.000 femmes sont déclarées victimes de violences conjugales. Toutes les couches sociales sont concernées.

A Marseille, la réalisatrice Marion Lary a rencontré Betty, Walida et G. Ces trois femmes de milieux différents ont subi une grande violence dans leur couple. A force de courage et de ténacité, elles ont réussi à s'extraire de l’emprise de leur conjoint et à sauver leur peau.

Elles ont accepté de raconter leur parcours. Pour elles-mêmes et leurs enfants, mais aussi pour les autres femmes. Elles espèrent que ce récit, mis en avant à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, provoquera chez les victimes un déclic salvateur.

Chaque fois qu’il me frappait, j’avais droit à un bisou, à des parfums…

Betty

Leurs témoignages, effroyables, se ressemblent et décrivent la même spirale infernale : la souffrance physique mais aussi psychologique, la peur qui pétrifie, la honte, la culpabilité, la perte d’estime en soi… Et cette manipulation, cette emprise redoutables exercées par le bourreau.

"La première fois, on est complètement sidéré. Le premier réflexe serait de partir et puis, c’est horrible à dire, on s’habitue… On s’habitue petit à petit, à des mots, à des comportements, puis au final à des coups" confie G. qui a vécu 15 ans de cet enfer.

"Quand il parlait de moi aux autres, on aurait dit qu’il parlait du Pape, il m’élevait toujours, mais à la maison j’étais une serpillière" renchérit Betty. "Chaque fois qu’il y avait un match de l’OM, je priais pour que l’OM gagne, sinon il me disait "c’est de ta faute" et je morflais… C’est un fou, un grand malade, mais un grand malade que j’aimais. Je ne voyais qu’à travers lui. Il réfléchissait à ma place, je n’avais plus de cerveau, le cerveau c’était lui."

Il faudra 17 ans à Betty pour oser franchir la porte de l’association SOS Femmes. "J’ai compris alors que ce n’était pas normal d’être frappée, d’être la chose de quelqu’un. Car je n’étais pas sa femme, j’étais sa chose…"

Dans le club de boxe où elle est aujourd’hui inscrite avec ses filles, Walida raconte elle aussi sans fard son histoire. Battue et rabaissée pendant presque 10 ans par son ex-mari : "il m’a tellement dit que j’étais moche, bête, que j’ai fini par le croire" souffle la jeune femme.

Les larmes aux yeux, elle évoque ce soir d'octobre où elle a décidé de partir avec ses filles, dans le noir, sans même savoir où aller. "Il a menacé de m’égorger et ce jour-là, j’ai eu trop peur, j’ai pris mes enfants et je me suis dit : c’est fini, je ne remettrai plus les pieds ici. Je n’avais plus d’énergie, j’étais noyée".

Premier pas salvateur

Pour Walida, comme pour Betty et G. , dépasser sa peur, quitter le conjoint violent et demander de l’aide seront un premier pas, salvateur. Mais de nombreux autres obstacles se présenteront, avant qu’elles ne puissent commencer une nouvelle vie.

Entourage, police, justice…  Le film le souligne parfaitement, la société est encore loin de faire preuve d'empathie envers ces femmes qui sont pourtant des victimes. Trop souvent, elles sont montrées du doigt.

La première personne qu’on interroge, c’est la victime. "Pourquoi ? Comment ? Toi ? Mais enfin, tu es intelligente, tu es éduquée, tu es capable de te défendre… Pourquoi tu n’as rien dit ?" Cela rajoute encore une couche de culpabilité.

G.

"Tous les jours, je reçois des appels de femmes qui me disent combien elles ont été humiliées, maltraitées, raillées quand elles sont allées porter plainte dans un commissariat" déplore l'avocate Me Constance Damamme. "Un grand nombre aussi raconte que rien ne s’est passé derrière, qu'aucune suite n’a été donnée à leur plainte."

Chez SOS Femmes 13,  on observe que l’entourage peut aussi être un poids : "la cellule familiale met énormément de pression à ces femmes" note Maeva Raynaud. "Du coup, elles se cachent, elles minimisent certaines choses pour pouvoir elles-mêmes se protéger. Parce que finalement, elles doivent gérer l’ancien conjoint, leurs enfants, l’entourage et aussi la société".

Un parcours du combattant

Après les violences conjugales, ces victimes doivent affronter une forme de violence "institutionnelle", qui transforme leurs démarches d’émancipation en parcours du combattant.

Mère de 4 enfants, G. se souvient : "on a rencontré un nombre incalculable de policiers, d’assistantes sociales, de professeurs, de médecins… C’est un poids, en vérité, tout cela. On n’a pas envie de s’ouvrir systématiquement devant tout le monde et de dire : regardez le désastre ! Non, on est à peu près comme tout le monde et on aurait plutôt envie de pouvoir se protéger et se reconstruire. Mais on ne peut pas se reconstruire puisqu’on nous replonge systématiquement, encore et encore, là-dedans... Et ça, c’est une très grande partie de la violence qui est faite aux femmes et aux enfants".

S'autoriser un avenir

Désormais, Walida, G. et Betty savent que les violences conjugales ne sont pas inéluctables, qu’être victime n’est pas un destin. Elles ont entamé leur reconstruction et recommencent à penser, à s’autoriser un avenir.

Une formation de traductrice pour Walida, qui revendique aussi cette nouvelle liberté pour ses filles : "je voudrais qu’elles soient fortes, qu’elles ne soient jamais victimes. Elles feront des études, elles auront un travail, elles n’auront besoin de personne. La liberté n’a pas de prix."

G. a trouvé dans les travaux physiques et l’écriture une forme de thérapie. A l'avenir, elle se voit bien "écrire de la fiction, d’autres histoires, pas seulement ces histoires-là. Parce qu’il n’y a pas que du laid dans ma vie, il y a de belles choses aussi".

Quand à Betty, elle se sent "bien dans sa tête et dans ses baskets" et tient à garder sa liberté et son indépendance. Regardant droit l’objectif de la caméra, elle s’adresse à son ex-mari : "tu vois, je n’ai plus peur de rien, je suis libérée, alors que toi, dans ta tête, je suis sûre que tu ne l’es pas".

Pour aller plus loin

  • Violence Femme info : appeler le 3919
  • Site du gouvernement "Arrêtons les violences" 

    "Quand elles passent à l'action"
    Un film de 52’ écrit et réalisé par Marion Lary.
    Une coproduction France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur / Les Films de l'Aqueduc.

Diffusion jeudi 9 mars 2023 à 22h40 sur France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur (première diffusion en mars 2021).