Coronavirus : le centre de pharmacovigilance de Nice alerte sur les effets indésirables graves de l'hydroxychloroquine

Le 26 mars, le gouvernement a autorisé le traitement par hydroxychloroquine des patients atteints par le Covid-19. Depuis, 54 cas de troubles cardiaques, dont 4 mortels, ont été recensés en France chez des malades prenant ce traitement. Ils ne seraient que « la partie emergée de l’iceberg ».
L’hydroxychloroquine est un médicament utilisé initialement pour prévenir la malaria, proche de la chloroquine, mais moins dangereux au niveau cardiaque.
L’hydroxychloroquine est un médicament utilisé initialement pour prévenir la malaria, proche de la chloroquine, mais moins dangereux au niveau cardiaque. © Benoit Doppagne / Maxppp
Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, l’utilisation de l’hydroxychloroquine comme traitement contre le virus fait débat.

Malgré l’absence de consensus scientifique sur son efficacité, le gouvernement a autorisé le traitement par hydroxychloroquine des patients atteints par le Covid-19 le 26 mars.
 

54 cas de troubles cardiaques


Depuis, 54 cas de troubles cardiaques liés à la prise d’hydroxychloroquine ont été signalés au centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Nice, dont 4 morts soudaines ou inexpliquées (au total, 7 personnes ont été en état de mort clinique mais 3 patients ont pu être sauvés par choc électrique).

Mais ces 54 patients ne représentent que la partie émergée de l’iceberg » précise le professeur Milou-Daniel Drici, directeur du CRPV de Nice. 


Le CRPV Nice Alpes Côte-d’Azur analyse l’ensemble des données transmises par les 31 centres de France, concernant les effets cardiaques de l’hydroxychloroquine sur les patients atteints du coronavirus.

On estime que seuls 5 % des effets indésirables des médicaments sont déclarés aux centres de pharmacovigilance, explique le professeur Drici.


« Les services de réanimation sont submergés en ce moment, les médecins ont des choses plus urgentes à faire que prendre le temps de signaler les effets indésirables de la molécule », souligne le Pr. Milou-Daniel Drici.


L'efficacité du médicament reste à prouver


Aucune étude sérieuse publiée dans un journal scientifique, ne prouve à ce jour l’efficacité du médicament, souligne le professeur Drici. 

Quelles que soient les hypothèses, je considère que le rapport bénéfice-risque de la molécule est négatif, dans le cas du Covid-19. On n'est pas sûr de son efficacité, mais on est certain de ses effets indésirables.


Pour lui pas de doute, il faut limiter l'utilisation de ce médicament : 

L’aspect essentiel du serment d’Hippocrate, c’est de ne pas nuire aux patients. La meilleure façon de ne pas leur nuire, c’est de ne pas donner un médicament qui présente un bénéfice-risque négatif.  


Plus de 1 000 patients traités à Marseille


Difficile aujourd'hui de savoir exactement combien de patients positifs au Covid-19 ont été traités à l’hydroxychloroquine. Probablement plusieurs milliers, puisqu’à elle seule, l’équipe de Pr. Didier Raoult a traité plus de 1 000 patients à Marseille.
22/03/2020. Tests de dépistage du coronavirus à l'IHU de Marseille : "restez chez vous, restez confinés", insiste l'ARS.
22/03/2020. Tests de dépistage du coronavirus à l'IHU de Marseille : "restez chez vous, restez confinés", insiste l'ARS. © E. ZINI / FTV

Figure de proue du combat pour l’utilisation de la molécule, ce professeur de médecine, directeur de l'Institut Méditerranée Infection, a affirmé qu’il dévoilerait bientôt les résultats des tests du traitement à base d’hydroxychloroquine, associé à de l'azithromycine, effectués sur plus d’un millier de personnes. 

Ce jeudi 9 avril, Emmanuel Macron a rencontré le professeur Didier Raoult, au sein de l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée à Marseille, pour évoquer les résultats de son traitement. 
Une pétition en ligne favorable à l’utilisation de la chloroquine, intitulée " Traitement Covid-19: ne perdons plus de temps ! ", a déjà recueilli près de 470 000 signatures, ce vendredi 10 avril.

Elle est lancée par un collectif de docteurs et professeurs, dont Philippe Douste-Blazy, Professeur de santé publique et d’épidémiologie et ancien ministre de la Santé.
 
Ils demandant au gouvernement « de mettre à disposition immédiate dans toutes les pharmacies hospitalières de l'hydroxychloroquine ou, à défaut, de la chloroquine pour que chaque médecin hospitalier puisse en prescrire à tous les malades atteints de forme symptomatiques de l'affection à Covid-19, particulièrement à ceux atteints de troubles pulmonaires si leur état le requiert. »
 

Des essais cliniques en cours


Le directeur du CRPV de Nice estime que l’hydroxychloroquine doit être réservée à des essais clinique. « Si la réponse est que ce médicament est efficace contre le Covid-19, ce que je souhaite au plus profond de moi, là on pourra l’utiliser. Mais pas avant ».

Des essais cliniques sont en cours, dont Discovery, coordonné par l’Inserm (l'Institut national de la santé et de la recherche médicale) sur au moins 800 patients français atteints de formes sévères du Covid-19.

« On devrait avoir les résultats préliminaires de Discovery assez rapidement » suggère le Pr. Milou-Daniel Drici.

« Mais les échos que j’en ai venant des services de réanimations parisiennes ne sont pas très rassurants » ajoute-t-il.
 
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