Coronavirus : ces jeunes entreprises à l'agonie, oubliées des aides de l'Etat

Leurs sociétés devaient ouvrir pendant le confinement, ou juste avant. Exclus du fonds de solidarité mis en place par le gouvernement, pris à la gorge par les charges et les factures, ces entrepreneurs en sursis lancent un appel de détresse.

Des jeunes entreprises se sont regroupés en association pour tenter de sauver leurs activités, mis à mal par l'épidémie de coronavirus.
Des jeunes entreprises se sont regroupés en association pour tenter de sauver leurs activités, mis à mal par l'épidémie de coronavirus. © Collectif d’entrepreneurs en sursis
Leur devanture indique une "ouverture prochaine", depuis des mois. Julien Gilbert et Benoît Petit devaient lancer le tout premier club de vacances pour chats sudistes, les Matoulonnais, fin avril.

Avec l'annonce du confinement le 17 mars, leur affaire a été mise en pause. Mais pas leurs dépenses. Loyer, charges, factures, travaux... Les frais s'additionnent, comme pour toutes les entreprises, et les deux associés n'ont perçu aucune aide de l'Etat.
Julien Gilbert et Benoît Petit, co-fondateurs des Matoulonnais
Julien Gilbert et Benoît Petit, co-fondateurs des Matoulonnais © Les Matoulonnais
 
Nous sommes oubliés dans cette crise.
Julien Gilbert et Benoît Petit font partie des oubliés du fonds de solidarité mis en place mi-avril dans le cadre du "plan d'urgence économique" du gouvernement face à la crise du covid-19.

Pour pouvoir être éligible aux 1.500 euros d'aide, l'entreprise doit en effet avoir débuté son activité avant le 1er février 2020, et doit justifier d'une perte de chiffre d'affaires. 

"Une condition qui exclut les entreprises qui, comme nous, devaient voir le jour pendant le confinement", explique Julien Gilbert. Les autres dispositifs ne sont applicables qu'aux entreprises bénéficiant déjà du fonds de solidarité.

Secours financier d’urgence de 500 euros à 2.000 euros, aide financière exceptionnelle de l’Urssaf, du prêt garantie par l’Etat (PGE), report des factures de gaz et d’électricité... Ils ne peuvent pas en voir la couleur.

"Nous sommes oubliés dans cette crise", déplorent les deux jeunes chefs d'entreprise."Heureusement qu’on avait un peu d’argent de côté, mais ce sont toutes nos économies qui y passent", déplore Julien Gilbert.

Les deux associés de l'hôtel varois pour félins ont déjà sorti 40.000 euros de leur poche pour les travaux, les investissements, l’achat de matériel, le loyer "et toutes les charges qui vont avec".

Le collectif des entrepreneurs en sursis

Se sentant isolés, les deux gérants des Matoulonnais ont cherché à prendre contact avec des entrepreneurs dans le même cas qu'eux, pour "mutualiser les forces". Ils ont ainsi trouvé le collectif des entrepreneurs en sursis.

Né à Reims, ce collectif regroupe plus de 50 sociétés oubliées des aides de l'Etat, et grossit de jour en jour.
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Cafés, bars, chambres d'hôtes, escape game, épiceries... Tous ces entrepreneurs souhaitent la même chose : pouvoir bénéficier de l’aide de 1.500 euros et d'un report de leurs droits Pôle emploi équivalent au nombre de jours du confinement. Et vite.

Eviter les projets morts-nés

"Ce n’est pas dans six mois qu'on aura besoin de ces aides, c’est tout de suite", explique le co-fondateur de l'hôtel pour chats varois.

"Un report, c’est comme un prêt bancaire, cela risquerait de nous mettre encore plus dans la panade, si on doit rembourser dans trois mois les reports de loyer qu'on n'a pas pu payer aujourd’hui, on pourra encore moins les payer".

Parmi les entrepreneurs en sursis, certains sont au bord du gouffre. "Il y en a qui ont peur de mettre la clé sous la porte avant d’avoir pu démarrer une activité", détaille Julien Gilbert.

L'un d'entre eux, qui projetait d'ouvrir une épicerie sicilienne à Reims, a vu ses droits Pôle emploi s'arrêter la première semaine de mai. "Il commence à vivre sur ses petites économies, il ne sait pas combien de temps ça va pouvoir durer". Pour tous, la situation est "intenable".

Un décret pour l'élargissement du fonds de solidarité

Le collectif a publié une lettre ouverte destinée aux élus dans le but de faire remonter leur détresse jusqu'à Bercy. Ils y plaident leur légitimité.

"Nos énergies participent elles aussi au dynamisme économique de nos centres-ville ou de nos territoires ruraux. Entreprises de demain, nous faisons partie du socle de la relance économique du pays. Nous avons donc autant de légitimité que les autres à être soutenus dans cette crise".

Fin avril, la députée Aude Luquet (MoDem) est intervenue à l’Assemblée nationale au sujet de ces entreprises oubliées du dispositif.

Elle a affirmé son vœu d'élargir le fonds de solidarité aux entreprises créées entre le 1er février et le 15 mars 2020. C'est également ce qu'a annoncé la vice-présidente de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, Olivia Grégoire.  Un décret finalement publié au Journal officiel mercredi 13 mai élargit le fonds de solidarité aux entreprises lancées entre le 1er février... et le 29 février et non le 15 mars, comme l'a précédemment évoqué Olivia Grégoire.

"Ce décret n'intègre toujours pas les entreprises qui ne peuvent pas justifier d'une perte de chiffre d'affaires", regrettent les gérants des Matoulonnais.

Une avancée certes, mais qui ne résout pas le problème des entreprises qui devaient ouvrir après le 29 février, pendant le confinement.
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Le club de vacances des chats toulonnais n'a toujours pas de date d'ouverture. Comme de nombreux entrepreneurs en sursis, l'activité de Julien Gilbert et Benoît Petit dépend du tourisme.

Le déconfinement à moins de 100 km n'est qu'un faible espoir : "Il faut bien que les gens partent en vacances pour qu’ils fassent garder leur matou".
 
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