Depuis 20 ans, l’association Mountain Wilderness retire de nos montagnes les installations obsolètes

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Écrit par Gregory Bustori
Mountain Wilderness a opéré un chantier sur le Mont Chenaillet, cette année 2021, où d'importantes traces d'équipements humains étaeint encore visibles.
Mountain Wilderness a opéré un chantier sur le Mont Chenaillet, cette année 2021, où d'importantes traces d'équipements humains étaeint encore visibles. © Bruno B.

Anciens dispositifs militaires, fils barbelés, pylônes ou remontées mécaniques… L’association Mountain Wilderness retire ces structures obsolètes des montagnes françaises depuis deux décennies. Un effort grandeur nature qui a permis de retirer près de 600 tonnes depuis.

Une saison qui s’achève. L’arrivée de l’automne marque la fin des chantiers de démontage des installations obsolètes pour les bénévoles de l’association. Avant de reprendre au printemps, comme chaque année depuis 20 ans. C'est en 2001, que le premier chantier a vu le jour, pour ôter une remontée mécanique abandonnée au col du Sommeiller, en Savoie.

Les Alpes-Maritimes et leurs sommets sont, quant à eux, un gisement quasi sans fin pour Mountain Wilderness. C’est dans ce département que l’association a le plus œuvré en deux décennies avec son programme "Installations obsolètes". Dans le secteur du Mercantour, par le passé, et bientôt dans la vallée de l’Ubaye avec un prochain chantier déjà prévu en 2022.

 

Grâce aux efforts des bénévoles, ce programme a permis d'enlever des massifs français quelque 570 tonnes en 20 ans, pour un total de 68 chantiers effectués. Il a mobilisé 2600 personnes qui ont accepté de sacrifier week-ends, congés et vacances, pour aller crapahuter sur nos sommets. Et rendre à nos montagnes un peu de leur majesté. 

Préparer en amont

Depuis mars 2021, Rémy Bernave est l’un des deux administrateurs de ce programme au sein de Mountain Wilderness. Il habite près de Briançon et est adhérent de l’association depuis le début des années 2000.

« La protection de la montagne m’a toujours intéressé, j’ai toujours fait des chantiers » débute-t-il, avant d’expliquer les contours d’une telle organisation.  « On se rend compte que chaque chantier est un cas particulier. Cela demande de longs mois de préparation, avec des visites sur site pour savoir ce qu’il y a à faire, comment on va s’organiser. »

Point d’improvisation pour ce type d’opérations. En jeu, le respect des lois et la sécurité des bénévoles sur les sites. Deux contraintes impérieuses dont Rémy Bernave a la responsabilité. « Il y a un gros volet administratif. On ne peut pas s’amuser à démonter des installations comme ça, parce qu’on le veut bien. On demande l’autorisation aux communes, aux propriétaires éventuels, on se rapproche des services de l’Etat pour savoir si on peut le faire, ce sont des démarches qui sont relativement longues et qui nous prennent pas mal de temps » explique-t-il. Avec 5 ou 6 chantiers organisés par an, la préparation se fait évidemment longtemps en amont pour laisser place à l’action, entre les mois d’octobre et mai, si le terrain s’y prête.

 

La sécurité d'abord

« Nous sommes très vigilants sur la sécurité. On travaille parfois sur des sites militaires et on fait des rencontres. Des rencontres d’objets un peu dangereux » se souvient Rémy Bernarde. « Pendant des reconnaissances, on a découvert un obus de mortier. Et pendant le chantier lui-même, on a découvert un obus. »

Dans ces cas-là, un protocole strict est appliqué pour que les gens ne prennent pas de risque. Lors des chantiers de démontage, de petits groupes de bénévoles sont encadrés par des volontaires qui souhaitent être chefs d’équipe. Tous connaissent les précautions à prendre dans ce genre de situation.

« Autour de la zone où l’on a découvert l’engin, on arrête tout, on balise. On note les références Gps, on prend des photos et à la fin de chantier, on débalise tout car il ne faut pas attirer l’œil des curieux sur ce genre d’affaires. On prévient la gendarmerie ou la police pour qu’ils fassent le nécessaire. »

Bénévole un jour, bénévole toujours

L'implication des bénévoles est l'une des clés du succès de ces opérations de démontage. « Il y a un peu tous les profils. La plupart du temps, ce sont des passionnés de montagne de tous les âges. Certains emmènent même leurs adolescents sur les chantiers. Il y a aussi des gens qui ont dépassé les 70 ans et qui continue à venir. Nous avons aussi des professionnels de la montagne, comme des guides, qui participent » explique Rémy Bernave.

Les autres chantiers de Mountain Wilderness

Cette association internationale œuvre depuis 1987 pour la défense de la montagne. Elle a été créée à la suite du congrès international d’alpinistes qui s’est tenu cette année-là, en Italie. Les thèses de Biella – du nom de la commune qui a accueilli l’évènement, constituent le texte fondateur de Mountain Wilderness. Une ligne de conduite, voire une philosophie, qui est à découvrir ici :

Les thèses de Biella détaille les enjeux et la stratégie de Mountain Wilderness

Au-delà des installations obsolètes, Mountain Wilderness mène de front d’autres campagnes d’action et de prévention. « Changer d’approche : la montagne autrement » s’intéresse par exemple à l’écomobilité et l’écotourisme. Le programme « Transition du tourisme pour une Montagne à vivre » permet quant à lui de faire cohabiter le développement économique local avec la préservation de l’identité culturelle montagnarde. « Silence : non aux loisirs motorisés » lutte contre les loisirs motorisés dans les espaces naturels. Mountain Wilderness n'hésite pas non plus à s'immiscer dans le débat politique, elle avait notamment était très critique à l'égard du plan Avenir Montagnes, présenté il y'a quelques mois par le Premier ministre, Jean Castex. Un projet pas assez ambitieux aux yeux de l'association, qui ouvrirait la voie à de nouveaux lourds investissements dans nos montagnes. Pas forcément compatibles avec les ambitions de Mountain Wilderness. 

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