Alpes-Maritimes : l'efficacité du nouveau "confinement" à l'épreuve des chiffres sur l'épidémie de Covid

La plupart des nouvelles "mesures de restrictions" qui s'appliqueront dès ce samedi soir à toute la France sont déjà en vigueur depuis près de deux semaines dans les Alpes-Maritimes. À la lumière des chiffres disponibles sur l'épidémie de Covid-19, leur effet n'est pas flagrant.

Les restrictions de déplacements sont en vigueur depuis le 20 mars dans les Alpes-Maritimes
Les restrictions de déplacements sont en vigueur depuis le 20 mars dans les Alpes-Maritimes © Valery Hache / AFP

Le président de la République l'a affirmé dans son allocution de ce mercredi soir : "deux semaines après la mise en place des mesures de restrictions complémentaires les chiffres sont clairs. Cette stratégie a eu des premiers effets".

Une analyse de la situation qui ne fait pas l'unanimité chez les scientifiques... et qui ne se manifeste pas de manière incontestable dans les données publiques sur le suivi de l'épidémie de Covid-19.

Alors que le premier confinement du printemps 2020 avait inversé toutes les courbes en quelques semaines, les mesures prises cette année ne font pas varier significativement les statistiques.

Le taux d'incidence grimpe... moins vite

Dans les Alpes-Maritimes, le taux d'incidence a nettement baissé depuis la mise en application du confinement des communes du littoral à partir du week-end du 26 février. Mais cette baisse s'est amorcée dès le 25 février... Impossible donc d'affirmer que cette baisse est liée uniquement à cette décision politique.

À partir du 20 mars, les Alpes-Maritimes ont été placées sous le régime des "restrictions complémentaires" (limitation des déplacements à 10km et fermeture de certains commerces). Depuis ce "3e confinement", le taux d'incidence y est reparti à la hausse, passant de 408 à 473 cas pour 100.000 habitants.

Tous les autres départements de la région Paca connaissent aussi une hausse du taux d'incidence... et c'est dans les Alpes-Maritimes qu'elle est la moins forte.

Entre le 20 et le 28 mars, le taux d'incidence a augmenté de :

Pas de différence nette sur les hospitalisations

Si l'on observe le nombre de patients atteints de la Covid-19 hospitalisés, il a baissé de 7% depuis le 26 février, date du "confinement du littoral le week-end". Mais dans le même temps, le nombre de malades admis en réanimation et autres services dite de "soins critiques" a progressé de 24%, malgré plusieurs transferts de patients vers d'autres régions.

Dans les Bouches-du-Rhône, la tendance est similaire avec -8% de patients Covid hospitalisés et +13% en "soins critiques". Même chose sur l'ensemble de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur avec -2% en hospitalisation et +13% en "soins critiques".

L'évolution sur les sept derniers jours peut donner une première idée de l'effet du "3e confinement" en vigueur depuis le 20 mars. Là non plus, les Alpes-Maritimes confinées ne sont pas vraiment mieux loties que les autres départements de la région.

Le nombre de personnes hospitalisées y est en légère hausse (+ 4%) comme dans les Bouches-du-Rhône (+2%), alors qu'il baisse dans les autres départements... à l'exception notable du Vaucluse où la hausse est forte (20%).

Même observation si l'on se penche sur les nouvelles admissions de patients Covid à l'hôpital. Sur les sept derniers jours, la hausse est plus importante dans les Alpes-Maritimes (+11%) que dans les Bouches-du-Rhône (+8%) et les Hautes-Alpes (+5%).

Les admissions sont en baisse dans le Var (-7%). Elles explosent dans le Vaucluse (+56%).

La situation en Paca fait-elle exception ?

Pas vraiment. Si l'on compare l'évolution du taux d'incidence dans les départements "confinés" depuis le 20 mars à celle de l'ensemble du pays, les courbes suivent des trajectoires quasi-identiques, avec une hausse suivie d'un ralentissement depuis deux jours.

Même chose pour l'évolution du taux de positivité. Seules les courbes des nouvelles admissions à l'hôpital et en réanimation sont plus plates dans les départements "confinés".

Les données de Santé publique au 31 mars :

La fermeture des écoles changera-t-elle la donne ?

C'est la nouveauté annoncée mercredi soir par le chef de l'Etat : les établissements scolaires n'accueilleront plus d'élèves à partir de ce vendredi soir. Mais les écoles sont-elles des lieux de contamination ?

La question divise les experts. Les enfants se contaminent-ils à l'école avant de transmettre le virus à leurs parents, où au contraire sont-ils surtout contaminés à la maison par leurs parents, sans pour autant beaucoup transmettre le virus à l'école ?

Alors que les syndicats enseignants regrettent "un immense gâchis", les données chiffrées ne permettent pas réellement de trancher cette question. Dans les Alpes-Maritimes, les "moins de 19 ans" sont la classe d'âge où le taux d'incidence est le moins élevé (avec celle des octogénaires, qui ont déjà été vaccinés pour la majorité d'entre eux).

"Le virus ne circulait pas beaucoup dans les écoles"

Les résultats des tests salivaires réalisés dans les écoles primaires révèlent extrêmement peu de cas positifs : 7 cas sur 5.600 tests durant la semaine du 22 au 26 mars dans les Alpes-Maritimes, 5 sur 1.300 dans le Var, selon les chiffres communiqués par le rectorat de Nice.

"On a fait des tests et on a vu que le virus ne circulait pas beaucoup dans les écoles, confirme Véronique Mondain, infectiologue au CHU de Nice. "Il ne faut pas tout mettre sur le dos des jeunes. Quand on regarde bien, les seuls endroits où on se contamine c'est le milieu du travail, la famille, les restaurants et les transports", selon elle.

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