Coronavirus : faut-il rendre la nature plus accessible pendant le confinement ?

Lancée le 17 avril, une pétition pour "un accès responsable à la nature" a recueilli plus de 100.000 signatures. De quoi s'interroger, alors que le confinement semble de moins en moins bien respecté dans les grandes villes, comme à Paris, ou à Marseille. 
Le lac Miroir dans le Queyras.
Le lac Miroir dans le Queyras. © Jean Poustis / FTV
Depuis le début du confinement, Billy Fernandez, habituellement accompagnateur en montagne d'Abriès dans le Queyras (Hautes-Alpes), vit chez sa compagne à Grenoble (Isère).

Son quotidien, Billy le passe comme la plupart des Français, "en respectant les mesures prises par le gouvernement".

Sans ses activités en montagne, son terrain de jeu en pleine nature, le Haut-Alpin sort "juste pour courir tous les un ou deux jours avec 800 mètres de béton au début pour ensuite arriver sur les bords du Drac et côtoyer un peu de verdure".

100.000 signatures en neuf jours

Depuis le 16 mars, cet ancien membre de France Nature Environnement (FNE), présent en 2019 sur la liste des élections européennes d'Urgence Ecologie, ronge son frein à la maison.

L'occasion pour lui de réfléchir autour de "l'importance de la nature" mais également d'échanger avec des médecins, écologistes sur "les bienfaits qu'elle a sur les personnes".

Le vendredi 17 avril, Billy Fernandez décide avec un médecin généraliste de la région parisienne, le docteur Solène Petitdemange, de lancer une pétition pour réclamer “un accès responsable à la nature” durant le confinement.En l'espace de neuf jours, elle rencontre un grand succès. Plus de 100.000 personnes signent la pétition sur Change.org.

"On ne s'attendait pas à ça, je m'excuse même de ne pas avoir eu l'idée plus tôt. Maintenant, on reçoit des personnes qui sont à la limite et dont la nature est un besoin essentiel à leur équilibre", indique Billy Fernandez.

Une demande "sous responsabilité"

En pleine épidémie de Coronavirus, cette demande de modification du décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 pour autoriser l’accès aux espaces naturels, avec "des distances de sécurité de deux mètres", peut paraître inconsciente.

"Nous sommes conscients de la situation de tension qui demeure dans certains hôpitaux et du nombre de morts en France. Mais la règlementation des espaces naturels ne reposent sur aucun critère de sécurité sanitaire", explique Billy Fernandez.

"En Allemagne, ils peuvent se promener avec deux mètres de distance, comme aux Etats-Unis à Central Parc. Se promener dans la nature ne porte pas atteinte aux règles de distanciation sociale et ne conduit pas à une augmentation des accidents".


Ses instigateurs appellent à un "accès responsable et encadré dans la nature". Ils se basent sur de nombreuses études médicales démontrant l’effet bénéfique du contact avec la nature sur le stress, l’anxiété, ou encore la dépression, notamment celle du psychiatre Christophe André.

"La beauté de la nature est essentielle pour les gens, elle touche leur quotidien et ça permettrait peut-être d'améliorer leur moral", développe Billy Fernandez.

Eviter les verbalisations en montagne

L'accompagnateur en montagne a eu des retours de connaissances dans le Queyras, notamment une personne verbalisée "pas loin de chez lui".

"Il se promenait seul à trois kilomètres du village. Le Peloton de Gendarmerie de Haute-Montagne l'a verbalisé alors qu'il était seul, sans risque de croiser aucune autre personne", raconte Billy Fernandez.

L'accompagnateur s'indigne également contre les moyens mis en oeuvre par les forces de l'ordre dans ces zones naturelles.

"Les moyens mobilisés pour faire respecter cette réglementation dans les espaces naturels sont considérables (hélicoptères, drones, quad, motocross etc). Alors que dans les montagnes, il n'y a pas grand monde, ça contraste avec les villes où de nombreuses personnes se croisent".

Un contexte de déconfinement

Cette pétition intervient également dans un contexte de déconfinement progressif avec notamment la réouverture des magasins de bricolage et celle des écoles à partir du 11 mai.

Dans certaines communes et villages comme Avignon et Marseille, la fréquentation de certaines rues ou quartiers est en augmentation. A Paris, un bal improvisé s'est déroulé vendredi soir dans le 18e arrondissement. Les forces de l'ordre restent mobilisées avec des contrôles routiers, maritimes et aériens permanents comme à Marseille ou le long de la Méditerranée. Les massifs, comme la Sainte-Baume sont également très surveillés pour éviter toute randonnée.

"Ce n'est pas terminé, le gouvernement est clair, nous ne voulons pas vivre un deuxième confinement. Nous ne baisserons pas notre garde, mais nous ne pouvons pas nous mettre à la place des gens", confie la direction départementale de la sécurité publique. 

Le soutien de personnalités

Soutenue par 16 personnalités du monde médical, intellectuel, sportif de la montagne et de la mer, dont l’ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho, la pétition est également très relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux par des particuliers. Parmi les signataires, il y a également Xavier de Le Rue, snowboarder, double champion du monde et triple vainqueur du Freeride World Tour, ou encore le champion du monde d'apnée, le niçois Guillaume Néry.

Ces sportifs sont actuellement privés de leur terrain de jeu, où pourtant ils sont souvent seuls au monde.

"On n'a pu constater qu'au bout de certaines semaines de privations de la nature, c'est nuisible psychologiquement", indique l'apnéiste.

Ce dernier profite de son confinement pour proposer des échanges avec ses 250.000 abonnés sur les réseaux sociaux sur des thèmes comme l'apnée ou encore la créativité.

La question portée dans le débat public ?

Désormais, avec le succès rencontré par la pétition, Billy Fernandez espère "voir la question portée dans le débat public".

"La règlementation devrait être pertinente par rapport à ce qu'on connaît du virus. On espère la modification rapide du décret. Plus la règle sera logique, mieux elle sera acceptée et plus elle sera respectée", souligne l'accompagnateur en montagne.

Le Premier ministre Edouard Philippe doit présenter mardi un plan de déconfinement progressif. Billy Fernandez espère qu'il apportera "des nouveautés pour les activités physiques et sportives de pleine nature". 
 
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