#OnVousRépond. Jeûne, prière du soir, vaccin en journée, comment vivre le ramadan durant ce confinement et la pandémie ?

Le ramadan commence ce mardi 13 avril en France. Le mois de jeûne a lieu une nouvelle fois dans un contexte particulier lié à l'épidémie de Covid-19. Comment faire la prière nocturne ? Est-ce possible de se faire vacciner ? Une fête en famille est-elle possible ? #OnVousRépond.

Prière à la Mosquée Tahara à Marseille en mai 2020.
Prière à la Mosquée Tahara à Marseille en mai 2020. © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Le ramadan est pour les musulmans un mois de jeûne, de prière et de partage. Il débute en France ce mardi 13 avril. Ce jeûne sacré est l'un des cinq piliers de l'islam. Il impose aux fidèles de s'abstenir de manger et de boire mais aussi de ne pas fumer ni d'avoir quelque relation sexuelle que ce soit de l'aube au coucher du soleil. Pour le Coran, l'aube commence dès que l'on peut "distinguer un fil blanc d'un fil noir".

Les voyageurs, les malades, les personnes âgées, les femmes enceintes ou les femmes qui viennent d'avoir un enfant peuvent faire l'objet d'une dispense à ces règles. Des compensations sont possibles pour les personnes empêchées ou dispensées (jeûne effectué ultérieurement, dons aux nécessiteux...). 

"Cette année ça va être très dur !"

C'est la deuxième année que les musulmans vivent ce temps fort en confinement.

A Givors, dans le Rhône Abdelhamid Kisrane, le recteur de la Mosquée ne mâche pas ses mots : "Cette année ça va être très dur ! Habituellement c'est un grand rassemblement des familles, et rien que chez moi, nous serons trois personnes autour de la table...au lieu de 13 avec mes enfants et petits-enfants !" regrette-t-il dans une interview à France 3 Rhône-Alpes.

L'iman Boubekeur Bekri, vice-président du Conseil régional du culte musulman en Provence-Alpes et Côte d'Azur nous aide à répondre aux questions et interrogations que pose cette situation.

Cette année, nous avons l'expérience de l'année passée. Je peux vous dire que la période avait été douloureuse pour la communauté. Des familles en deuil, avaient connu de grosses difficultés notamment pour inhumer leurs proches, souvent les plus âgés, dans leur pays natal.

Boubekeur Bekri.

Mais pour lui, les règles avaient et seront encore bien respectées. "Elles sont acceptées et comprises, il y a une forme de quiétude, je l'ai constaté sur le terrain comme à Nice par exemple. Les gestes sanitaires comme la prise de température ou le fait de glisser ses chaussures dans un sachet sont des gestes acquis". 

Selon Boubekeur Bekri, "la vie est faite d'épreuves. Cela fait partie de l'esprit du ramadan".
Selon Boubekeur Bekri, "la vie est faite d'épreuves. Cela fait partie de l'esprit du ramadan". © FTV

Puis-je aller à la prière du soir ?

Le couvre-feu nous gêne un peu mais on va s'adapter...

Une pratiquante à Marseille.

Comment s'adapter justement pour pratiquer la prière du soir ? Ce ramadan 1442 est marqué par un couvre-feu nocturne avec la fermeture des lieux de culte à 19 heures. Pour les croyants, il sera donc impossible de se rendre aux prières nocturnes pour suivre les "tarawih". Seules les deux prières du jour (Dohr et Asr) pourront être célébrées dans les mosquées. 

La Grande Mosquée de Paris proposera à ses fidèles de suivre les prières "d'al-Icha" et de "tarawih" en direct sur les réseaux sociaux :

Ainsi la Grande Mosquée de Beauvais se tournera elle aussi vers les réseaux sociaux. "Nous allons diffuser des prêches en arabe et en français chaque soir, et l’imam répondra aux questions des fidèles pendant 30 minutes. C'est une façon de garder le lien", précise Driss El Ouazzani secrétaire de cette mosquée à France 3 Hauts-de-France. 

Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a bien demandé de "faire respecter les mesures de distanciation physique, les gestes barrières notamment le port obligatoire du masque, l’utilisation du gel hydroalcoolique à l’entrée comme à la sortie des lieux, l’usage de tapis de prière individuel."

Pour Boubekeur Bekri, "nous avons un devoir de transparence et d'honnêteté. Nous accompagnons les directives, qui sont celles connues aussi dans les églises. Nos mosquées ne proposent plus qu'environ 1/3 des places habituelles. Suivre une prière sur les réseaux sociaux sera possible dans de nombreuses mosquées et on le sait, cela n'aura pas la même valeur dans la transcendance mais pour les personnes malades ou isolées c'est important malgré tout de pouvoir suivre ce moment".

Les règles gouvernementales sont claires : "Les lieux de culte sont autorisés à ouvrir et les offices à s’y dérouler dans le respect d’un protocole sanitaire et d’une organisation permettant de laisser libres deux sièges entre chaque personne ou entité familiale et de n’occuper qu’une rangée sur deux." Disons cette fois, que les tapis de prière correspondent aux sièges cités par le gouvernement.

Et la prière du vendredi ?

Le CFCM appelle les mosquées qui ne sont pas dans la capacité d’accueillir l’ensemble des fidèles dans le respect des mesures sanitaires en vigueur, à suspendre la célébration de cette prière et à inciter les fidèles à l’accomplir chez-eux sous forme de prière de Dohr.

"L'iftar", le repas quotidien de rupture du jeûne est-il possible en famille ?

La dimension sociale, conviviale voire festive est très importante lors de l'"iftar", ce repas quotidien de rupture du jeûne.

Nous devons aller vers l'autre et consacrer plus de temps à nos proches, donc forcément, cette année n'aura pas la saveur d'antan...

Boubekeur Bekri, vice-président du Conseil régional du culte musulman en PACA.

Les autorités religieuses déconseillent de se regrouper au-delà du foyer ou entre voisins au moment de l'"iftar". Il est demandé de limiter le regroupement strictement aux membres de famille vivant sous le même toit.

Les pâtisseries font partie des mets délicats que les pratiquants du jeûne dégustent le soir, après le coucher du soleil, souvent en famille.
Les pâtisseries font partie des mets délicats que les pratiquants du jeûne dégustent le soir, après le coucher du soleil, souvent en famille. © Frédéric Tisseaux / FTV

La vaccination est-elle possible en journée ?

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Mosquée de Paris ont précisé que la vaccination contre le Covid-19 ne peut être considérée comme "nutritive" : par conséquent, une injection "n'invalide pas le jeûne".

La Mosquée de Paris qui indique que "la vaccination est un acte de préservation de la vie recommandé en islam".

Le ramadan se terminera le jeudi 13 mai par la fête de l’Aïd Al Fitr, la "fête de la rupture du jeûne".

La France compte entre cinq et six millions de musulmans pratiquants et non-pratiquants, selon plusieurs études sur le sujet (Pew Research Center, institut Montaigne, Insee, Ined), ce qui fait de l'islam la deuxième religion du pays. Et fait de la communauté musulmane française la première en Europe.

Les pouvoirs publics ont également informé le CFCM que des forces de sécurité intérieure seront davantage mobilisées pour renforcer la sécurisation autour des lieux de culte musulmans, sur la période de ramadan. 

Avec une certaine philosophie, Boubekeur Bekri de conclure : "le ramadan est une épreuve et les pandémies étaient déjà très présentes dans le passé, elles sont dans la tradition prophétique. Alors, le croyant se doit d'être optimiste."

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Avec l'opération #OnVousRépond, France 3 tente d'apporter des réponses à toutes vos questions. Retrouvez d'autres articles sous ce mot clef.

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