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Des poissons intoxiqués par des anti-inflammatoires dans la mer Méditerranée

Des expériences ont été menées en baie de Cannes sur une espèce de poissons non-migratoire. / © Eric Dulière - MAXPPP
Des expériences ont été menées en baie de Cannes sur une espèce de poissons non-migratoire. / © Eric Dulière - MAXPPP

Des molécules de médicaments non traitées par les stations d'épuration se retrouvent dans les milieux aquatiques. A Cannes, le Conseil scientifique des îles de Lérins a mené des expériences sur le littoral : des poissons ont des taux d'anti-inflammatoires supérieurs aux normes.

 

Par Aline Métais

Ils n'ont pas choisi de prendre des anti-inflammatoires pour nager dans la mer Méditerranée.
Pourtant, des molécules de diclofénac, des résidus d'anti-inflammatoires, s'accumulent dans la chair des poissons. C'est le résultat des expériences menées par le Conseil scientifique des îles de Lérins (CSIL) sur le littoral méditerranéen depuis plusieurs mois. Les serrans, une espèce de poissons qui ne migrent pas, ont été retrouvés avec des taux de 0,025 grammes/kg.
Des taux bien au-dessus de la norme. 
Les expériences ont été menées sur un poisson qui ne migre pas : le serran. / © Parc national de Porc-Cros
Les expériences ont été menées sur un poisson qui ne migre pas : le serran. / © Parc national de Porc-Cros

Les expériences ont été menées à proximité des stations d'épuration qui rejettent ces molécules non traitées actuellement par l'assainissement. Sur cette carte, les deux stations d'épuration en baie de Cannes et de Golfe Juan où les plongeurs ont laissé des cages avec des moules calibrées. Le 3ème point (en gris) correspond au lieu témoin où il n' y a pas de rejet de station d'épuration. 
  • la station d'épuration Acquaviva en baie de Cannes, située à 87 mètres de profondeur et 11 000 mètres du rivage
  • la station d'épuration Nobilis à Golfe-Juan, située à 37 mètres de profondeur et à 1750 mètres du littoral
  • un site témoin, loin d'une station d'épuration situé à l'Esquillon dans l'Estérel

Les pouvoirs publics se sont emparés du problème à travers un plan sur les micro-polluants 
Objectif : préserver la qualité des eaux et de la biodiversité. Sur la Côte d'Azur, le Conseil scientifique des îles de Lérins a choisi d'expertiser la baie de Cannes. Françoise Loquès, la directrice du CSIL et docteur en biologie marine, est à l'initative de ces recherches. Après en avoir discuté avec les médecins du CHU de Nice, elle a sélectionné 4 molécules de médicaments parmi les plus consommées en France.
  • Ibuprophène (anti-inflammatoire) 
  • Diclofénac (anti-inflammatoire) 
  • Sulfaméthoxazole (antibiotique) 
  • Carbamazépine (anti-convulsant)

Moules comme bio-indicateur

Pour analyser la qualité des eaux plus finement, les moules ont aussi servi de bio-indicateur. Car ces organismes filtreurs beaucoup d'eau. Ils peuvent ainsi accumuler les contaminants chimiques. Concrètement, des moules sont immergées dans des cages pendant plusieurs semaines au large de Cannes et de Golfe-Juan. Elles sont par la suite récupérées et leur chair est analysée en laboratoire.
Le site témoin de l'Esquillon où il n'y a pas de station d'épuration, sert de référence. Les plongeurs du CSIL ont partagé le retrait des cages sur leur compte Facebook.

Le laboratoire niçois Ecomers travaille en collaboration avec l'Université Côte d'Azur sur ce sujet. L'expérience s’appelle « Mussel Watch ». Cette technique permet de déterminer la présence et la quantité de composés chimiques. Pour cette première phase de tests, les quantités retrouvées dans les moules étaient inférieures aux normes.
Mais les 4 molécules ont bien été détectées dans les analyses. Françoise Loquès n'est pas très étonnée de ces résultats : 

Avec l'eau, on a un énorme phénomène de dilution. Les molécules testées sur les 3 sites montrent des résultats inférieurs à 50 ng / litre. 
Ce n'est pas une si bonne nouvelle car on détecte aussi les 4 molécules.

Et elle conclut, "il faut qu'on voit les effets de ces molécules sur les organismes vivants". Dans l'avenir, elle envisage d'étudier les molécules métabolisées, c'est-à-dire analyser les toutes petites molécules. Prochaine étape, la sensibilisation du public :

Il faut que chacun sache que lorsqu'on prend un médicament, c'est un poison, il peut y avoir des effets secondaires dans notre écosystème.

 

Pollution invisible


La contamination de l’environnement par des résidus pharmaceutiques est devenue une préoccupation majeure des pays industrialisés gros consommateurs de médicaments.
En 2016, avait eu à Paris un colloque consacré à l’évaluation des risques des résidus de médicament dans l’environnement : ICRAPHE. Un colloque organisé par l'Académie nationale de pharmacie elle-même. Les scientifiques avaient étudié l'impact des différentes molécules sur les milieux aquatiques. Une pollution qui touche, d'après ce rapport de 86 pages, tous les littoraux des pays industrialisés. Parmi les plus gros consommateurs de médicaments : les USA, l'Allemagne et la France.
 

Troubles hormonaux


► Vidéo : dans cette vidéo publiée par le média d'info "Brut", 70 à 80% des résidus de médicaments se retrouveraient dans les eaux naturelles de la planète. Principalement, des antibiotiques et des anti-inflammatoires non filtrés par les stations d'épuration. 
Les milieux aquatiques naturels pollués par des molécules de médicaments non traitées par l'assainissement.

Autres molécules retrouvées : celles des contraceptifs hormonaux. Ces résidus ingérés par les mérous provoqueraient des troubles hormonaux importants sur ces poissons.

Les molécules de contraceptifs hormonaux se retrouveraient aussi dans les mérous, ici dans le parc régional de Port-Cros. / © Boris Horvat - AFP
Les molécules de contraceptifs hormonaux se retrouveraient aussi dans les mérous, ici dans le parc régional de Port-Cros. / © Boris Horvat - AFP

Surveillance


Face à ces micro-polluants invisibles, la surveillance s'organise pour préserver la qualité des eaux. Le CSIL s'appuie notamment sur l'Ifremer pour étudier les niveaux de contamination chimique du littoral. En amont, les autorités veulent aussi sensibiliser les consommateurs de médicaments et faire prendre conscience que ces molécules ne disparaissent pas aussi facilement.

Stations d'épuration


Avec la surpopulation estivale, les rejets des maisons de retraite et ceux des hôpitaux, pas étonnant de retrouver des résidus de médicaments. Une pollution beaucoup moins visible que les déchets. Toutes les molécules ne peuvent pas être traitées par les stations d'épuration. Elles se retrouvent donc rejetées dans les eaux naturelles, les cours d'eau, les rivières, l'océan. La mer Méditerranée n'échappe donc pas à la règle.

Traiter ces molécules

Car les stations d'épuration ne sont pas encore capable de traiter ces molécules. Pourtant, l'Europe demande qu'il n'y ait plus de traces de ces micro-polluants à travers la loi cadre sur l'eau d'ici 2027. Côté recyclage, ça progresse. D'après une étude BVA de 2016, relayée par Cyclamed, 74 % des Français apportent leurs boîtes de médicaments dans les pharmacies. Cette vidéo montre, de façon simple et rapide, les gestes éco-citoyen à développer : 
 
Rapporter ces médicaments périmés à la pharmacie, ne pas surconsommer ces molécules toxiques pour la faune maritime, améliorer l'assainissement des eaux usées...
Un chantier important à mener pour éviter que ces molécules toxiques ne se retrouvent dans les eaux usées puis dans les estomacs des poissons.

 

Une application dédiée au recyclage des médicaments

Cyclamed a lancé "Mon armoire à pharmacie", une application mobile destinée au grand public et disponible sur l'App Store et Google Play. Elle permet de fournir aux patients et à leurs aidants toutes les informations utiles sur l’organisation, la gestion et le tri de leurs Médicaments Non Utilisés (MNU).

(Source : Cyclamed)

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