Affaire José Anigo : ce que l'ancien directeur sportif de l'OM a dit pendant sa garde à vue

José Anigo a été mis en examen, début octobre. Il est soupçonné d'avoir voulu se servir d’une commission occulte, versée en marge du transfert du joueur de l’OM, pour payer des jeunes afin de venger la mort de son fils.
José Anigo
José Anigo © Nicolas Vallauri/MaxPPP
A peine descendu de l’avion en provenance d’Angleterre, le 1er octobre à 10 heures, José Anigo entre dans les locaux de la police judiciaire de Marseille, l’évêché, en compagnie de son avocat. L’ex directeur sportif de l’OM est immédiatement placé en garde à vue.

Ses droits lui sont notifiés par l’officier de police judiciaire, de la brigade de répression du banditisme, ainsi que les raisons pour lesquelles il est retenu. La justice lui reproche entre autres des faits d’extorsion en bande organisée, participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre un crime. Il peut être interrogé pendant 96 heures au maximum.

Soupçonné d'avoir voulu venger la mort de son fils

En cause, notamment, le transfert, pendant l’été, de l’Olympique de Marseille à Lille, du jeune espoir Isaac Lihadji, pour un montant de 5 millions d’euros. José Anigo l’avait recruté à 12 ans, et suivi le début de carrière de cet attaquant prometteur.

L’ancien entraîneur est soupçonné d’avoir promis à un trio criminel, la bande de la Capelette, une partie d’une éventuelle commission du transfert qui s’élèverait à 1,5 million d’euros. En échange, ils devaient venger la mort de leur ami, Adrien Anigo, fils de l’ancien directeur sportif de l’OM, tué par balles en 2013 au cours d’un règlement de comptes.

Selon les enquêteurs, les trois hommes auraient dû récupérer la part promise auprès de Christian Bandikian, patron du Mistral, une boite de nuit aixoise. Cet homme passionné de foot, aurait lui aussi suivi, Isaac Lihadji, depuis son plus jeune âge.

Anigo droit dans ses bottes

Pendant 72 heures, José Anigo va subir un feu roulant de questions. Chaque audition dure en moyenne deux heures, sauf la sixième et dernière qui s’étend sur 4h45. L’ancien coach de l’OM, droit dans ses bottes, nie les faits reprochés et argumente chacune de ses réponses.

Comme le 3 octobre, lors de son audition. Un capitaine de police mène l’interrogatoire récapitulatif. L’enquêteur revient sur les conditions du transfert d’Isaac Lihadji et la créance auprès de Christian Bandikian. Il commence par lui rappeler que, dans le cadre de l'enquête en cours, plusieurs personnes ont évoqué l’existence cette créance.

Il ajoute que ces déclarations, ajoutées à des éléments d’enquête recueillis, notamment via des interceptions téléphoniques, ainsi que les surveillances physiques mettent “en évidence les manœuvres entreprises pour soutirer à M. Bandikian de l’argent au titre de la créance que vous leur auriez cédé”. Et de conclure : “A ce stade, vous êtes le seul à nier son existence. Qu’avez-vous à déclarer ?”

Pas de quoi ébranler José Anigo, qui campe sur ses positions. “Je n’ai pas de créance. M. Bandikian, ne me dois rien, assure-t-il. Je suis peut-être, le seul dans l’histoire à ne pas avoir d’intérêt financier…”

"Je me sens plus victime qu’instigateur"

Le capitaine de police revient alors sur le projet criminel envisagé pour venger la mort du fils de José Anigo et de l’ami du trio de la Capelette. Il avance que lors de l’enquête, les jeunes de la Capelette se seraient, dans un premier temps, engagés à commettre "un assassinat à titre gracieux, en mémoire d’Adrien Anigo" et "qu’ils s’y étaient préparés"

Mais dans un second temps, le trio, qui aurait pris conscience que ce "travail" pouvait leur valoir 30 ans de prison, se serait montré plus gourmand et aurait réclamé plus d’argent. Pour obtenir gain de cause, selon l’enquêteur, ils auraient menacé de s’en prendre aux proches de José Anigo pour qu’il aille au bout de ce projet. 

“Je n’ai jamais versé quoi que ce soit. Je me sens plus victime qu’instigateur, dans la mesure où ma famille risquait quelque chose, soulève José Anigo. Je n’ai jamais donné quoi que ce soit dans ce but. On n’est pas dans la vérité, on est dans l’incohérence.” Et l’ancien coach de l’OM d’ironiser sur cette situation en expliquant qu’"entre 'on va le tordre', et 'on va zinguer' quelqu’un de sa famille, ça fait beaucoup pour quelqu’un qui serait l’instigateur d’un projet.”

Avant de clore l’audition le même jour en fin de journée, l’enquêteur repose, en résumé, une dernière fois les mêmes questions, José Anigo maintient qu’il n’a jamais remis d’argent pour venger la mort de son fils et se dit surpris de voir son nom dans ce dossier et n’a jamais rien demander à quiconque. 

L'ombre de Jean-Luc Barresi et Michel Campanella

Le 4 octobre, à l’issue de sa garde à vue, l’ancien directeur sportif de l’OM est mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime, commis en bande organisée. Il échappe au mandat de dépôt, et est placé sous contrôle judiciaire.

Le parquet de Marseille qui avait demandé son placement en détention provisoire a fait appel. Le 28 octobre la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix en Provence a confirmé le contrôle judiciaire et multiplié par dix la caution, passant de 10 à 100 000 euros.

Dans cette affaire, en plus de José Anigo, 17 personnes ont été mises en examen, certaines ont été placées en détention provisoire, dont Jean-Luc Barresi et Michel Campanella présentés comme des figures du banditisme marseillais. Ils seraient intervenus pour recouvrir la “créance” auprès de Christian Bandikian.
 
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