L'arbousier, la solution pour faire face aux sécheresses et aux incendies en Provence ?

À l'heure où les incendies et épisodes de sécheresse sont de plus en plus fréquents en région Provence Alpes et Côte d'Azur, cet arbuste très résistant présente un réel intérêt pour la préservation des forêts. Mais ce n'est pas là sa seule vertu.

Beaucoup d'espoirs sont placés en lui. Pourtant, l'arbousier ne parle pas à grand monde. Cet arbuste particulièrement robuste a même été peu considéré pendant longtemps.

Présent sur le pourtour de la Méditerranée et la côte Atlantique, "l'arbousier est très résistant grâce à son système racinaire très profond", explique à l'AFP Stéphanie Singh, ingénieure forestière en charge de la forêt et de la transition énergétique au Parc naturel régional (PNR) de la Sainte-Baume dans le Var. 

"L'arbousier est très résistant grâce à son système racinaire très profond".

Stéphanie Singh, ingénieure forestière

"Il permet au sol d'être maintenu, notamment au passage d'un incendie", explique Stéphanie Singh. Une propriété utile pour un parc composé à 70% de forêts "soumises à de gros enjeux climatiques" et qui a engagé, avec le soutien de l'Union européenne, "une démarche de valorisation" de l'arbousier.

Pouvant atteindre trois à quatre mètres de haut, l'arbuste est qualifié de trapu et "pyrophile" (NDLR: qui aime le feu) par le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN). Dés la fin de cet été 2022, il repoussait ainsi déjà parmi les cendres de l'incendie de la Teste-de-Buch (Gironde), où 7.000 hectares de forêt sont partis en fumée. "C'est un arbuste qui se régénère très vite", atteste Stéphanie Singh.

L'objectif est de "favoriser dans son milieu naturel" une plante qui demeure une "essence d'accompagnement" souvent délaissée, revendique celle qui a travaillé avec l'association Forêt modèle de Provence, soutenue par la Région.

Du "pain béni"

Le Parc naturel régional a organisé une récolte automnale d'arbouses, les fruits de l'arbousier, sur différents sites du Var et des Bouches-du-Rhône. On trouve l'arbousier "un peu partout dans les collines, mais je ne m'y étais jamais intéressé", reconnaît auprès de l'AFP Jean-Charles Lafiteau, dirigeant d'une boulangerie-pâtisserie familiale de six boutiques autour de Brignoles (Var), un des artisans qui ont participé au projet du PNR.

A la recherche "de produits identitaires", pour "se démarquer" de la concurrence, il a intégré l'arbouse à ses sorbets, mettant en valeur sa texture "veloutée". Mais ce fruit a une autre qualité : "on sait où aller pour s'approvisionner, ce qui est du pain béni, alors qu'aujourd'hui, on cherche jusqu'au sucre", entre la crise du Covid et la guerre en Ukraine.

L’arbouse, la mal-aimée aux multiples vertus

L'arbouse a "peu de valeurs telles quelles", concède le MNHN, mais ses feuilles et ses fruits peuvent servir à concocter confitures, liqueurs, sorbets ou, plus étonnant, crèmes anti-âge. En Corse, il existe même un "vin d'arbouse".

L'arbouse "a un équilibre entre le sucre et l'acidité et quand on la travaille on n'a pas besoin de rajouter beaucoup de choses. Elle se suffit à elle-même, c'est très agréable", souligne Valentina Zanini, la cheffe de l'association anti-gaspillage L'économe, qui a concocté deux recettes de confitures d'arbouses.

"Une fois que les clients le découvrent, ils sont vraiment conquis et ça marche bien"

Valentina Zanini, cheffe de l'association anti-gaspillage L'économe

"Le fruit est très riche en graines, donc il faut le travailler, c'est un peu pénible, ça prend du temps, mais le résultat est vraiment incroyable", complète la cheffe de cette association qui récupère et conditionne fruits et légumes. Faute de notoriété auprès du public, "on le fait souvent goûter, (...) mais une fois (que les clients) le découvrent, ils sont vraiment conquis et ça marche bien", assure Valentina Zanini.

Inscrit à la pharmacopée française et entrant dans la composition de gélules pour soulager les spasmes intestinaux et digestifs, l'arbousier est également commercialisé en pharmacie pour ses propriétés astringentes et antiseptiques. Pour Clarisse Le Bas, herboriste et ethnobotaniste, c'est un "grand arbre médicinal, utilisé dans la tradition populaire depuis des siècles". Et il gagnerait à une commercialisation plus large de ses feuilles, "sous forme de tisane", pour faciliter et encourager son usage par le public. 

Avec AFP