Les 180 habitants de l’île naturiste du Levant dans le Var coupés du monde : “Ici, il n’y a pas de cas de coronavirus”

L'île du Levant, domaine naturiste créé en 1931, avec Port Cros en arrière plan. / © Guy Thouvignon
L'île du Levant, domaine naturiste créé en 1931, avec Port Cros en arrière plan. / © Guy Thouvignon

Depuis le début du confinement, les habitants de l’Île du Levant se retrouvent privés de liaison maritime avec le continent. Sur ce domaine naturiste qui devait lancer sa saison touristique début avril, le quotidien s’organise, avec les avantages et les inconvénients de l'isolement.

Par June Raclet

Ils sont actuellement 182 à habiter sur l’Île du Levant, petit bout de nature flottant à une dizaine de kilomètres des côtes varoises.

Une centaine de personnes vit toute l’année dans ce berceau du naturisme, les autres y possèdent une maison secondaire et sont venus passer le confinement à l’insulaire, avec ses bons et ses mauvais côtés.

Isolés donc protégés ?

Depuis le 17 mars, avec l’annonce du confinement lié à l’épidémie de Covid-19, les liaisons maritimes vers le Lavandou, ville côtière la plus proche, ont été suspendues. Seules quatre rotations par semaine avec le port de Hyères, sont maintenues pour la marchandise, contre une par jour d’habitude. Plus possible de faire l’aller-retour sur le continent dans la journée.

Alors le quotidien des insulaires est encore plus bouleversé qu’ailleurs.

« Historiquement, notre économie est tournée vers le Lavandou, explique Guy Thouvignon, président de l’association des commerçants de l’île. C’est seulement à 30 minutes de bateau d’ici et on a accès aux magasins, médecins et pharmacies sans prendre la voiture ».
Une donnée importante pour les habitants car au Levant, pas de véhicule personnel autorisé.
 
La place du village, inhabituellement déserte pour un début avril. / © Guy Thouvignon
La place du village, inhabituellement déserte pour un début avril. / © Guy Thouvignon

Depuis le début du confinement, les Levantins vivent donc presque en vase clos. Presque, puisque quelques-uns sont tout de même parvenus à rejoindre leur résidence secondaire sur l’île, pendant la période de confinement, ce qui ne plaît pas vraiment à Frédéric Capoulade, adjoint spécial de la ville de Hyères au Levant.

"Ici, il n’y a pas de cas de coronavirus, alors on redoute l’arrivée de gens extérieurs à la communauté."


"Les déplacements sont interdits, mais ce n’est pas compliqué de mentir sur une attestation, on le voit bien », regrette-il.

On pourrait croire que l’île est une forteresse, isolée du virus, mais ce serait dangereux de le penser et de ne pas se protéger.


Même si la grande majorité des habitants respectent le confinement, Michel Guinard, gérant d’une des deux épiceries de l’île, dénonce aussi « l’incivisme » de certains.
« Personnellement, je me sens plus en sécurité ici qu’ailleurs, le risque de contamination est minime. Mais on a encore vu des gens arriver par bateau du continent la semaine dernière, c’est inadmissible. Hors saison, l’île est en grande partie peuplée de personnes âgées.


Venir au Levant, c’est mettre en danger des personnes à risques - Michel Guinard

Privé du début de la saison touristique

Sur cette île naturiste qui vit essentiellement du tourisme, les affaires reprennent généralement mi-avril. La traditionnelle journée d’ouverture de la saison, initialement prévue le 11 avril, a dû être repoussée à une date inconnue.
Un arrêté interdit les locations saisonnières avant le 15 avril, et pourrait être étendu. Les seuls commerces ouverts sur l’île sont les deux épiceries, la boulangerie et la poste, quelques heures par jour et pas tous les jours.
 
Les habitants de l'île respectent le confinement, il est rare de croiser quelqu'un dans la rue. / © Guy Thouvignon
Les habitants de l'île respectent le confinement, il est rare de croiser quelqu'un dans la rue. / © Guy Thouvignon

Pour Michel Guinard, gérant de l’épicerie Le Bazar, l’équation économique est nulle. « D’un côté, les gens ne peuvent plus faire les courses sur le continent donc ils viennent plus chez moi. Mais de l’autre, le retard de la saison touristique a un impact sur mon chiffre d’affaires.

Une semaine au coeur de la saison, ça équivaut à six mois d’hiver ».  En plein été, la population de l’île peut grimper jusqu’à 1000 personnes. Cinq fois plus qu’actuellement.

Comme beaucoup ici, Michel Guinard vit également de la location de logements meublés. Il avait déjà des réservations pour le mois d’avril. Tombées à l’eau.

On vit tous du tourisme ici, rappelle Guy Thouvignon, et notre économie se fait sur une saison de 6 mois, d’avril à septembre. Comme tout le monde, on est dans le flou quant à la date de fin du confinement et donc aux conséquences économiques pour l’île. L’inquiétude commence à se dessiner et elle ne peut que s’amplifier.


Tout l’enjeu pour les commerçants et les loueurs va être de décaler la saison, explique la présidente du syndicat d’administration de l’île, Brigitte Gelman. « Si le confinement ne dure pas trop et que les mois de septembre et octobre rattrapent le printemps, ça devrait aller. Sinon, ça va poser des problèmes pour beaucoup de gens ici », assure-t-elle.

Heureusement, pour se remonter le moral, les Levantins n’ont qu’à regarder par la fenêtre, comme Guy Thouvignon :

On est entouré d’une nature incroyable, sans pollution visuelle ou sonore puisqu’il n’y a plus de bateaux ni d’avions. Tant qu’on est ravitaillé correctement, on est quand même au paradis.


>> Retrouvez le documentaire d’Isabelle Ros sur l’Île du Levant, Du soleil sur ma peau, rediffusé le 18 mai 2020 en deuxième partie de soirée, sur France 3 Provence-Alpes Côte d’Azur.
 

 

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