Var : premiers essais concluants pour les filets de pêche connectés

Une filiale du Centre national d'études spatiales expérimente le suivi de matériel de pêche par satellites, pour aider les pêcheurs au quotidien et limiter la pollution des océans. Les premiers essais viennent d'être lancés avec des pêcheurs artisanaux du Var. 

Fixées aux filets, les balises connectées permettent aux pêcheur de localiser la zone où l'outil de pêche a coulé, puis de le remonter à l'aide d'un robot télécommandé.
Fixées aux filets, les balises connectées permettent aux pêcheur de localiser la zone où l'outil de pêche a coulé, puis de le remonter à l'aide d'un robot télécommandé. © FTV

Les "filets de pêche fantômes" font des ravages au fond des océans. Il y a encore quelques jours, l'un d'eux faisait la une de l'actualité du côté des îles de Lérins au large de Cannes.

Le filet est coincé au sud de l'îlot de la Tradelière, à l'est de Sainte-Marguerite.
Le filet est coincé au sud de l'îlot de la Tradelière, à l'est de Sainte-Marguerite. © Depth's guards

Ils polluent, ils emprisonnent les animaux marins qui finissent par mourir et leur perte représente un coût financier pour les pêcheurs. Pour lutter contre cela, des pêcheurs artisanaux du Var dotent leurs engins de pêche de balises connectées qui leur permettent de les localiser.

640 000 tonnes perdues

Ce sont les équipes de CLS (Collecte Localisation Satellites) qui ont développé ce système de connexion des engins de pêche par satellite. D’après cette filiale du CNES (Centre National d’Études Spatiales), chaque année, 640 000 tonnes de filets, lignes, gilets de sauvetage et autres cordes sont perdues ou abandonnées dans les océans par la pêche industrielle, de plaisance et artisanale.

Les équipements perdus ou abandonnés de la pêche industrielle, la pêche de plaisance et la pêche artisanale, représenteraient 10 % de la pollution plastique des océans.
Les équipements perdus ou abandonnés de la pêche industrielle, la pêche de plaisance et la pêche artisanale, représenteraient 10 % de la pollution plastique des océans. © FTV

CLS vient de fournir deux prototypes de balise à Pierre Morera, président du Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins (CDPMEM) du Var pour qu'il teste leur efficacité. Au moins une vingtaine de mini-balises devraient être mises à la disposition d'autres pêcheurs varois d'ici la fin de l'été.

Le but est que les pêcheurs puissent tester le dispositif, nous faire des retours sur leur précision, leur autonomie ou encore leur praticité, et que nous puissions l'améliorer. Nous nous adressons à des pêcheurs artisanaux parce que ce sont ceux qui ont le plus de contraintes : ils sont souvent seuls en mer et n'ont pas de gros moyens financiers.

Gaëtan Fabritius, directeur de l’innovation et de la prospective pour CLS

Après quelques jours de test, le pêcheur artisanal est satisfait du dispositif. Il signale cependant une amélioration à apporter sur la précision du signal, qui varie selon l'état de la mer ou la position du satellite par rapport au filet. 

Ce projet facilite la vie des pêcheurs. Pour la pêche au thon et à l’espadon par exemple, nous utilisons des palangres qui dérivent et nous n’avons pas d’outils très efficaces pour les retrouver. Le système de balise permet de les localiser facilement et nous fait gagner du temps. 

Pierre Morera, président du CDPMEM du Var

Comment ça marche ?

Pour le groupe CLS, ce programme de suivi des engins de pêche par satellite permet d’aider la filière de pêche à mieux travailler dans le respect de l’environnement. Il a également un aspect écologique et environnemental, en limitant la perte de matériel de pêche.

 Le dispositif permet de réduire le temps de recherche de matériel des pêcheurs et ainsi de leur faire économiser du carburant. Ils diminuent donc leur empreinte carbone mais aussi le temps passé en mer et les risques qui vont avec.

CLS

La puce miniature Argos, qui est la base de la connectivité satellite.
La puce miniature Argos, qui est la base de la connectivité satellite. © CLS

 Avec le soutien du CNES et de l’Ifremer (Institut Français de recherche pour l'exploitation de la mer), la société a développé une puce qui, attachée au matériel de pêche, émet un signal vers une constellation de satellites de localisation et de collectes d’informations. Les données sont ensuite transmises à la communauté rattachée au projet, dont les pêcheurs. " Nous avons déjà équipé plus de 15 000 bateaux de pêcheurs avec des balises basées sur cette technologie ", assure CLS. 

Avec l'aide d'un robot

Jusqu’à une profondeur de 300 mètres, un robot télécommandé équipé d’un grapin permet ensuite de relever les filets perdus.

Centre des opérations de CLS, où plus de 100 000 balises sont suivies chaque jour.
Centre des opérations de CLS, où plus de 100 000 balises sont suivies chaque jour. © CLS
Le président du comité réfute la responsabilité des pêcheurs professionnels dans la pollution liée au matériel. « Les pêcheurs n’ont aucun intérêt à perdre leurs filets, ça coûte très cher et ce sont des heures de travail d’assemblage. Quand ça arrive, la plupart du temps c’est qu’un cargo ou un plaisancier qui n’a pas vu le signal porté par l’engin de pêche l’a détruit. Le pêcheur est donc dans l’incapacité de remonter son matériel », ajoute-t-il.

À cause de ça, la plupart des pêcheurs professionnels perdent 20 à 30 signaux de pêche par an. C’est là où le projet de CLS a une importance et nous aide dans nos tâches quotidiennes.

Pierre Morera, président du CDPMEM du Var.

Après l'été, une expérimentation identique sera menée avec des pêcheurs guyannais. Si les essais sont concluants, le programme pourrait s’étendre à différents océans du globe. 
 

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