Ilyes A. : portrait d'une petite frappe, soupçonnée du meurtre du policier Éric Masson, tué par balle à Avignon

Publié le Mis à jour le
Écrit par Adrien Gavazzi

Le jeune homme, âgé de 19 ans, est mis en examen pour homicide volontaire et tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique après la mort d'Éric Masson, tué par balle en centre-ville d'Avignon, mercredi 5 mai 2021. 

Son avocat dit de lui qu'il n'a pas le profil. Ilyes A., tueur de flic ? Ce jeune homme de 19 ans qu'il connaît bien, dont il connaît la mère, aussi ? Ça ne colle pas, ça ne peut pas coller, estime-t-il.

Ses cheveux sont courts et peroxydés, son visage est juvénile : pas vraiment le genre du criminel endurci.

Et puis regardez, déclare Me Louis-Alain Lemaire, son client s'est fait cueillir comme une fleur sur un péage autoroutier, il n'a opposé aucune résistance. Il voulait fuir en Espagne, a-t-on conclu. Si c'était vrai, pourquoi n'a-t-il pas changé d'apparence physique ?

Au moment de son arrestation, "il a cru qu'on était en train de l'enlever", rapporte l'avocat. Qui décrit son client comme un homme "abattu" : le mot, probablement lâché trop vite, est plutôt malvenu.

La soeur d'Ilyes, un temps placée en garde à vue, va dans le même sens et vole au secours de son frère : "Ce n'est pas la bonne personne, c'est quelqu'un qui veut lui faire porter le chapeau. Mon frère, c'est quelqu'un d'assez calme, de très respectueux."

Voilà pour la défense du principal suspect dans la mort du brigadier Masson, tué par balle en centre-ville d'Avignon, alors qu'il intervenait sur un trafic de stup, mercredi 5 mai 2021.

Quant au contexte, il est classique dans ce genre d'affaire : enfance difficile, parents séparés, père avec qui il aurait coupé les ponts, placement en famille d'accueil, échec scolaire.

Le suspect nie en bloc

Mis en examen pour homicide volontaire et tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique, Ilyes A., "l'excellent de Carpentras", comme le surnomment ses amis, nie en bloc. 

Les coups de feu ? Ce n'est pas lui : ce soir-là, il était chez sa mère à Avignon, il célébrait ramadan. L'alibi sera facile à vérifier, ou à démonter. L'Espagne ? Ce n'était pas une cavale, il peut s'en expliquer. 

Lors de son audition devant le juge d'instruction à l'issue de sa garde à vue, il n'a pas prononcé un mot, faisant valoir son droit au silence. 

En détention provisoire à la prison des Baumettes à Marseille, le jeune homme reste présumé innocent, mais de sérieux éléments pèsent contre lui. 

Les éléments à charge

D'abord, il y a son comportement, des plus compromettants. Après la mort du policier, Ilyes a passé plusieurs jours planqué dans un box à Avignon. Comment ne pas y voir un aveu de culpabilité ? 

Le propriétaire du box en question a lui aussi été placé en garde à vue, comme l'a révélé le procureur de la République d'Avignon, ce mercredi 12 mai 2021. 

Ensuite, il y a son CV, guère reluisant. Ilyes est une petite frappe, déjà tombée pour violence et détention de stupéfiants. Le juge pour enfants, les condamnations, il sait ce que c'est. 

Enfin, les témoignages sont accablants. Le policier qui était aux côtés d'Éric Masson au moment du drame est formel : selon lui, c'est Ilyes qui a tiré.

Même son comparse Ayoub A., mis en examen pour non-assistance à personne en danger et recel de malfaiteur, a balancé : oui, Ilyes est bien l'auteur des coups de feu, a-t-il déclaré aux enquêteurs, lors de sa garde à vue. 

Le procureur évoque aussi "d'autres témoins".

Un avenir compromis

Dans quelques semaines, Ilyes aura 20 ans. Il les passera derrière les barreaux. 

A-t-il commis l'irréparable ? Comment concevoir qu'un jeune homme à peine majeur ait pu basculer dans un tel niveau de violence, d'autant qu'il n'était pas acculé par les policiers ?

Était-il au courant que l'homme qu'on le soupçonne d'avoir tué était un représentant des forces de l'ordre ? Ceci "n'est pas établi dans la procédure", affirme Me Louis-Alain Lemaire.

Ce sera aux enquêteurs de trouver les preuves, puis à la justice d'en juger. Tirer sur un fonctionnaire de police, lui donner la mort, est passible de la réclusion criminelle à perpétuité.