On sait que ce procès à une portée internationale. La presse Espagnole ou anglaise est venue plusieurs fois à l'audience. Mais cette fois, l'intérêt pour le combat de Gisèle Pélicot contre la culture du viol et la soumission chimique vient de très loin...d'Australie. Des femmes à l'autre bout du monde tiennent à lui dire merci.
Plus d'un mois après l'ouverture du procès des viols de Mazan, c'est une main tendue venue d'Australie qui ne passe pas inaperçue. Déjà soutenue par de nombreuses associations féministes en France et en Europe, Gisèle Pélicot continue de susciter admiration et respect. De nombreuses manifestations ont déjà été organisées, des fresques à son effigie sont même peintes sur les murs de grandes villes.
Il s'agit cette fois d'une association située à Newton, dans la banlieue sud de Sidney en Australie. 17000 kilomètres les séparent d'Avignon, mais Yumi Lee et son association Older women's network, destinée aux femmes âgées, ont lu l'histoire de Gisèle Pélicot dans le Guardian et elles suivent de près le procès des viols de Mazan. L'histoire de Gisèle Pélicot, droguée à son insu par son mari pendant plus de dix ans pour l'offrir à d'autres hommes qui la violaient, a retenti chez ces femmes. Elles se sont cotisées pour envoyer un colis à Gisèle. Il contient notamment un foulard de soie. D'Australie, elles nous racontent pourquoi.
"Elle nous permet d'entrer dans la salle d'audience"
"Nous tenons à exprimer notre solidarité à Gisèle Pélicot. Nous voulons qu'elle sache que les femmes âgées d'Australie se soucient de ce qu'elle a vécu. Et nous lui exprimons notre admiration pour sa prise de position publique contre la violence sexuelle. Elle fait une chose très courageuse. Il n'est jamais facile d'être sous les projecteurs du public pour quoi que ce soit. Encore moins en tant que victime d'un crime sexuel. En nous permettant à tous d'entrer dans la salle d'audience, elle contribue à montrer comment le système judiciaire fonctionne contre les femmes et à dissiper les mythes selon lesquels seules les jeunes femmes sont violées."
Ici en Australie, il est très difficile de trouver une femme âgée qui accepterait de parler de cela publiquement.
Yumi Lee, association Older women's networkFrance 3 Provence Alpes
Ce réseau des femmes âgées existe depuis près de 40 ans en Australie. "Ces dernières années, nous avons travaillé pour sensibiliser les gens sur les violences sexuelles dans les maisons de retraite." En 2018, une commission royale sur les soins aux personnes âgées qui a duré 3 ans a révélé que 50 agressions avaient lieu chaque semaine dans ces Ehpad australiens. "Nous avons trouvé cette statistique odieuse et encore plus odieuse l'étude qui a révélé que les prestataires de soins aux personnes âgées pensaient que ces agressions n'avaient aucun impact sur ces victimes, vu leur âge."
Si peu de femmes parlent publiquement du viol
En Australie, la seule femme qui a osé parler publiquement de son agression sexuelle est une femme de 95 ans, Margarita Solis, raconte Yumi Lee. "Comme Gisèle, elle a décidé de parler publiquement. Elles ont toutes les deux sacrifié leur vie privée pour le bien public En tentant d'améliorer la sécurité de toutes les femmes". Le consentement est aussi discuté en Australie. La soumission chimique est aussi d'actualité. "La culture du viol est bien vivante et il s'agit d'un phénomène mondial et nous devons être solidiares pour dire assez. Les lois, les attitudes et les comportements doivent changer pour refléter le droit humain des femmes à vivre sans violence, quel que soit son âge."