Confinement et sandwiches au volant, les conditions précaires des chauffeurs routiers

Les chauffeurs routiers se sentent à nouveau oubliés. Pour eux, le reconfinement est synonyme d'un manque de douches et de sanitaires. Depuis une semaine, ils se trouvent également dans l'impossibilité de se restaurer dignement.

Sans restaurants et parfois sans sanitaires, les chauffeurs routiers se sentent oubliés.
Sans restaurants et parfois sans sanitaires, les chauffeurs routiers se sentent oubliés. © DR
Sur les aires de repos, quand la nuit tombe et que le froid s'installe, c'est là que les galères commencent pour les routiers. Depuis la fermeture des restaurants, les conducteurs ont vu leurs seuls moments de confort et de convivialité supprimés.

Dans la cabine de son semi-remorque, Freddie sort timidement une tranche de pain de mie et un bout de fromage au-dessus de son volant. Ça lui servira de repas pour ce soir, avant de reprendre la route pour une nuit de travail.

Une pause qui ne satisfait pas vraiment le jeune routier. "Ça ne compense pas un restaurant routier, où on peut être assis et manger un plat chaud. On aime se retrouver entre copains, manger ensemble et discuter."

Seul face à son tableau de bord, le camionneur redoute la période à venir. "J'espère que ça ne va pas durer. Au mois de janvier, avec le froid qui va arriver, ça va être plus compliqué". 

Sur cette aire de l'autoroute A7, tous les témoignages se ressemblent : "On est dans une solitude, parce qu’on a été les oubliés", déplore Arnaud Belkhuos en faisant le plein de son véhicule.
 

La vente à emporter, une solution qui renforce l'isolement


Si certains restoroutes ont adopté la vente à emporter pour alimenter les travailleurs, cette solution ne satisfait pas le chauffeur. "Quand vous avez passé 15 heures dans un camion assis, qu’on vous donne un plat à emporter et qu’il va falloir encore que vous mangiez dans votre camion, c’est pas une vie".

Il ajoute : "Beaucoup de routiers aiment bien se retrouver le soir, pour discuter un peu et pour se détendre autour d’un verre, comme tout un chacun." 

Derrière lui, au bord de la route, le rideau du "Relais du pont" est tiré.

Le gérant de ce restaurant routier réclame une dérogation, pour pouvoir ouvrir pleinement son établissement. Pour lui, son commerce est de première nécéssité pour ses clients.

"C'est pas comme un restaurant d'entreprise. C'est vraiment un besoin nécessaire pour eux. Il faut qu'ils puissent se laver, qu'ils puissent aller aux toilettes".

Après une semaine de négociation, il assure avoir été contacté par le ministère des transports vendredi soir.

Comme lui, 250 restoroutes devraient bientôt bénéficier d'une dérogation leur permettant d'ouvrir leurs salles aux travailleurs de la route.

En attendant le décret officiel, Julien Paino vend ses plats à emporter, et laisse les sanitaires de son établissement ouverts aux routiers.

Ce dernier service est un dépannage vital pour les camionneurs. Si la plupart des aires de repos ont rouvert leurs sanitaires et douches, il arrive encore que les conducteurs se heurtent à des portes fermées, pour cause de mesures sanitaires anti-covid19.
 

Des initiatives solidaires pour aider les routiers


Dans ces cas-là, le système D s'applique : "Il y a les lingettes. On fait une toilette sommaire pour ne pas être sale, parce que malheureusement on n'a pas le choix. Après, on essaye de se débrouiller, soit dans une pompe à essence soit chez un client, pour faire une toilette qui soit digne."

Face à ce genre de situations, des élans de solidarité naissent des réseaux sociaux.

A Carpentras par exemple, Emelyne Henry et Guillaume Bretillard ont ouvert les portes de leurs entreprises pour soutenir les camionneurs. 
 

"On a une douche, des toilettes et un vestiaire, qu'on laisse à la disposition des routiers", explique simplement Guillaume, gérant de la société.

"C'est quelque chose qu'on peut faire assez facilement, sans grande organisation", se réjouit-il. "Le temps qu'ils vont passer chez nous, ne serait-ce qu'une heure, pour boire le café et prendre une douche, ça fait déjà une heure en moins passée dans leur camion".

Une initiative simple, largement partagée sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, leur appel a été partagé près de 700 fois et touché plus de 94.000 internautes.

 
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