Colère des agriculteurs : trois questions sur les centrales d'achat dans le viseur des manifestants depuis le début de la crise

Plusieurs centrales d'achat ont été visées par des actions des agriculteurs depuis le début du mouvement, bloquant les entrées et sorties des marchandises qui approvisionnent les moyennes et grandes surfaces.

Aucun camion n'entre ou aucune marchandise ne sort. Ce mardi 30 janvier, les agriculteurs de la Confédération ont bloqué les centrales d'achat et les plateformes logistiques Aldi et Leclerc à Cavaillon, qui alimentent des magasins dans tout le sud-est. En Loire-Atlantique, en Nouvelle-Aquitaine, ou Rhône-Alpes, des actions similaires ont été menées contre des centrales d'achat de distributeurs. Pourquoi les agriculeurs ciblent-ils ces entrepôts ? France 3 Provence-Alpes vous explique ce qu'il faut savoir sur ces centrales d'achat dans le collimateur des agriculeurs.

Qu'est-ce qu'une centrale d'achat ? 

Tirer les prix vers le bas pour être compétitif tout en augmentant leurs marges, c'est l'objectif des acteurs de la grande distribution. Les centrales d'achat leur permettent de négocier face aux fornisseurs. Elles passent commande de gros volumes de produits ce qui fait baisser les prix. Les grandes quaités sont stocker sur des plateformes logistiques, qui approvisionnent les magasins au niveau régional.

Pour offrir les "prix les plus bas" à leurs clients, les distribiteurs n'hésitent pas à s'allier et à regrouper leurs approvisionnements par le biais des mêmes centrales. En 2020, les quatre principales centrales françaises pèsaient 92 % du marché de la distribution, les hard discounters Lidl et Aldi se partageant le reste. Les centrales d’achats sont souvent accusées d’être trop puissantes et d’étrangler leurs fournisseurs, surtout les petites entreprises et les agriculteurs. Pour éviter des abus de position dominante, la loi française a encadré le pouvoir des centrales françaises, notamment avec les lois Egalim.

Comment les lois Egalim les encadrent-elles ? 

A la suite des Etats généraux de l'alimentation, en 2017, le parlement a voté trois lois Egalim : "loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine, durable et accessible à tous". En 2018, 2021 et 2023. 

La première loi a contraint les supermarchés à réaliser une marge d'au moins 10% sur les produits alimentaires et plafonne les promotions à 34% de la valeur du produit. La première étant jugée insuffisante, une deuxième loi Egalim a été adoptée en octobre 2021. Elle vise à rendre "non négociable" la part du prix correspondant au coût des matières premières agricoles, entre l'industriel et le distributeur. Elle a aussi rendu obligatoire l'indication du pays d'origine pour les produits agricoles et alimentaires. La 3e loi a été adoptée en mars dernier, et doit s'appliquer en mars 2024. Elle doit notamment encadrer les promotions sur certains produits dans les supermarchés.

La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole en France, classée à gauche, demande que les lois Egalim soient davantage contrôlées, mais aussi renforcées. Pour calmer la contestation, le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé vendredi que le gouvernement allait "prononcer trois sanctions très lourdes" contre trois entreprises ne respectant pas ces lois.

Pourquoi les agriculteurs ciblent-ils les centrales d'achat ? 

Les agriculteurs demandent le strict respect des lois Egalim et accusent les enseignes comme Leclerc, Système U ou encore Carrefour de s'approvisionner auprès de centrales d'achat basées à l'étranger pour contourner la loi française. Une tendance critiquée depuis des années par les agriculteurs. Dans un rapport en 2019, une commission d'enquête de l'Assemblée nationale a également dénoncé l'opacité de ce système. A la suite à ce rapport, Bercy a réclamé plusieurs millions d’euros à Eurelec pour non-respect des lois Egalim, mais la Cour de justice de l'Union européenne l'a débouté.

La centrale spécialisée dans le matériel électrique Eurelec, domiciliée en Belgique, est commune à Leclerc et au groupe allemand Rewe depuis 2016. Le groupe Carrefour a lancé en 2022 sa propre centrale d'achat, Eureca, basée à Madrid. Système U a rejoint un distributeur allemand et un autre néerlandais en 2023 pour créer Everest, implantée aux Pays-Bas. Des pays où les lois sont moins contraignantes qu'en France en matière de négociations commerciales. 

Les distributeurs expliquent, pour leur part, s'unir pour peser plus lourd face aux géants de l'industrie agroalimentaire comme Procter&Gamble ou Nestlé. "On achète ensemble, on négocie ensemble à l'échelle européenne. L'objectif c'est de faire baisser les prix", a justifié sur BFM Business Boris Ruy, avocat chez Fidal spécialiste de la concurrence et de la distribution.

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