“Emmerder les non-vaccinés” : indigne, dangereux, nécessaire… comment les propos d’Emmanuel Macron vous font-ils réagir en Franche-Comté

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Écrit par Sophie Courageot et Florence Cicolella
© STEPHANIE LECOCQ / POOL / EPA POOL

Les déclarations d’Emmanuel Macron au journal le Parisien ont choqué de nombreux citoyens, soignants ou politiques. D’autres y voient un courage politique nécessaire au milieu de cette crise du covid-19 et de la vague Omicron. Réactions en Franche-Comté.

Son interview a fait l’effet d’une bombe. “Je n’y ai pas cru d’abord hier soir” réagit Frédéric Vuillaume, syndicaliste FO et de toutes les manifestations des gilets jaunes à Besançon, mais aussi des rassemblements contre le pass sanitaire. Mais ce n’était pas une fake news ! “Ces propos sont inacceptables. Quelqu’un qui veut rassembler ne peut pas dire ça. Il attise la haine, il crée des divisions, on se demande ce qu’il cherche. C’est voulu de toute façon, et c’est grave” estime le syndicaliste.

Eh bien là, les non-vaccinés, j'ai très envie de les emmerder

Emmanuel Macron, 4 janvier 2021

Le chef de l'Etat répondait à une question d'une lectrice du Parisien soulignant que les non-vaccinés "occupent à 85% les réanimations", ce qui entraîne un report des opérations. "La quasi-totalité des gens, plus de 90%, ont adhéré" à la vaccination et "c'est une toute petite minorité qui est réfractaire", constate Emmanuel Macron. "Celle-là, comment on la réduit ? On la réduit, pardon de le dire, comme ça, en l'emmerdant encore davantage. Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français", ajoute-t-il, paraphrasant la célèbre phrase de son prédecesseur Georges Pompidou – "Arrêtez donc d'emmerder les Français". "Je peste toute la journée contre l'administration quand elle les bloque, souligne Emmanuel Macron. Eh bien là, les non-vaccinés, j'ai très envie de les emmerder."

"C'est ça, la stratégie. Je ne vais pas les mettre en prison, je ne vais pas les vacciner de force. Et donc, il faut leur dire : à partir du 15 janvier, vous ne pourrez plus aller au restau, vous ne pourrez plus prendre un canon, vous ne pourrez plus aller boire un café, vous ne pourrez plus aller au théâtre, vous ne pourrez plus aller au ciné…", poursuit le chef de l'Etat.

Emmanuel Macron revient à la charge un peu plus loin dans l’interview, cette fois contre les anti-vax, accusés de "saper la solidité d’une nation". "Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable, estime le président. Un irresponsable n’est plus un citoyen".

Violence et mépris, des soignants sous le choc

“Le mépris du président pour les gens qui ne sont pas de son avis, ça saute une nouvelle fois à la figure. On trouve ça très violent contre des personnes qui ont fait un choix et vont l’assumer. Dire aussi que ces gens-là ne sont pas des citoyens, c’est méprisant, c’est à la limite de dire qu'on ne va pas les soigner. Emmanuel Macron rajoute de l'huile sur le feu. Il essaie de rallier le plus grand nombre, et c’est extrêmement dangereux” estime Laurence Mathioly, secrétaire départementale Sud Santé dans le Doubs.

“Ça ne fera pas avancer la vaccination”

Pour la syndicaliste qui travaille au CHU de Besançon, ces propos sont inacceptables. “Exclure des gens de la vie sociale, c’est un drame. Ça ne fera pas avancer la vaccination. Les gens sont en colère, le pass vaccinal va certainement arriver, nous, on est pas contre la vaccination, on est pour les gens choisissent” ajoute-t-elle.

“Vaccination à qui voudra, pass sanitaire, on n’en veut pas”, Frédéric Vuillaume, FO estime lui que tous les gilets jaunes ne sont pas des anti-vaccination. Il regrette qu’un président puisse “s’acharner sur une partie de la population, comme il avait déjà dit que des gens ne sont rien”.

Macron a enfin le courage de dire les choses !

Pour certains, les déclarations d’Emmanuel Macron étaient nécessaires. “Je suis infirmière et je n'ai pas eu le choix du vaccin, car j'ai besoin de mon salaire. Pour moi, tout le monde devrait être vacciné. Je reconnais qu'avec le vaccin les formes graves sont beaucoup moins fréquentes. Emmanuel Macron a enfin les c… pour dire les choses” confie une infirmière en Franche-Comté. “La stratégie exige parfois de prendre le taureau par les cornes quand on est en responsabilité, c'est courageux et louable !estime Fabrice sur la page Facebook France 3 Franche-Comté. D’autres fustigent de telles déclarations. “Ce n'est pas le président des Français, mais des élites. Il méprise le peuple français. Pour ma part. Je ne ferais plus de vaccin. Il veut emmerder les Français. Les Français peuvent lui rendre la monnaie de sa pièce surtout dans quelques mois” estime Guillaume.

Samedi 8 janvier, des nouvelles manifestations contre le pass sanitaire auront lieu en France. "Les derniers propos du Président vont mobiliser les gens" prévoit Frédéric Vuillaume.

Les élus de droite et Insoumis indignés, les députés LREM approuvent

Interrogé ce matin, le député Les Républicains du Jura Jean-Marie Sermier n’approuve pas les propos du Président : “C’est indigne d’un président. On n’insulte pas les Français. Personnellement, je suis favorable à la vaccination, mais d’autres ont fait un autre choix. Donc soit la loi rend la vaccination obligatoire, soit elle ne le fait pas. Emmanuel Macron ne prend pas le chemin d’une vaccination obligatoire, il n’a pas à insulter ceux qui ont le droit de ne pas être vaccinés.”

Mais le député jurassien y voit surtout une stratégie politique : “ces propos ne sont pas un dérapage. Le Président souhaite provoquer pour faire monter les extrêmes. Il a peur de Valérie Pécresse (candidate Les Républicains) et veut se retrouver face à Eric Zemmour ou Marine Le Pen au second tour. Il a fait cette déclaration dans un journal, elle a été relue par ses communicants. Ce sont donc des propos pesés et volontairement provocateurs. Pendant ce temps-là, les débats dans l’hémicycle se passent mal. Les Républicains ne veulent pas pour l’instant voter le pass vaccinal (en cours d’examen), ce qui va faire dire au Président que nous ne sommes pas responsables, pas un parti de gouvernement…Mais hier soir Jean Castex devait se présenter devant l’Assemblée, il a fait demi-tour apparemment. Avant-hier, il n’y avait pas la majorité présidentielle après minuit. Tout ça, c’est de l’amateurisme et cela témoigne bien de la fébrilité du camp En Marche.” 

La député européenne Les Insoumis Anne-Sophie Pelletier parle de scandale sur Facebook. "Des propos indignes d’un Président de la République. La déchéance de citoyenneté en marche en absurdistan, c’est un véritable scandale !" dit-elle.

Du côté des élus En Marche, on approuve la provocation verbale d’Emmanuel Macron. Pour Fannette Charvier, député du Doubs sur Twitter : “Ça fait 18 mois qu'on essaie la pédagogie. Ce ne sont pas les non-vaccinés qui vont dicter leur conduite aux 90% autres qui ont joué le jeu. Chacun face à ses responsabilités. 300 000 contaminations. On en est plus à demander s'il vous plaît avec une gentille tape sur l'épaule.”

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