Sécurité du sous-sol de Bure : décision de la Cour d'appel le 23 mars 2017

Les étapes de l'enfouissement de déchets nucléaires à Bure
Film d'animation sur le projet Cigeo d'enfouissement pour stockage de déchets nucléaires à Bure (Meuse) - ANDRA

Des antinucléaires ont de nouveau demandé jeudi 2 février 2017 à la justice la condamnation de l'Andra. Elles l'accusent d'avoir d'avoir volontairement sous-estimé le potentiel géothermique du sous-sol de Bure pour y faciliter l'implantation de Cigéo où seraient stockés des déchets nucléaires.

Par Jean-Christophe Dupuis-Remond

Le réseau Sortir du nucléaire et cinq associations locales ont demandé aux juges civils de la cour d'appel de Versailles de condamner l'Andra pour "faute" et de leur allouer 3.000 euros chacune en réparation de leur préjudice moral.

En première instance, en mars 2015, le tribunal de grande instance de Nanterre avait débouté les associations, estimant qu'elles ne démontraient pas "avoir un intérêt" à agir.

La cour rendra sa décision le 23 mars 2017.

Dans le viseur des antinucléaires : le projet Cigéo, unique en France, destiné à enfouir les déchets les plus radioactifs ainsi que ceux ayant la durée de vie la plus longue dans un tombeau hermétique, à 500 mètres sous le petit village de Bure, pour des milliers d'années.

Les associations accusent l'Andra d'avoir menti en sous-estimant volontairement la richesse du sous-sol - des nappes d'eau chaude située sous l'emplacement du projet Cigéo - pour faciliter l'implantation du futur centre dans cette zone rurale aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne.

Car l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) exclut une telle entreprise sur tout site en France présentant "un intérêt exceptionnel" pour la géothermie.

Il ne s'agit pas de juger de la sûreté d'un centre d'enfouissement

a plaidé l'avocat des associations, Me Etienne Ambroselli, mais de sanctionner une "désinformation persistante" de l'Andra.

L'Andra réfute les accusations

Se basant sur des études qu'elle a diligentées en 2007-2008, elle estime que la ressource géothermique du site ne saurait remettre en cause le projet au regard des critères de l'ASN. En 2013, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a émis un avis similaire.

Les associations contestent la précision de ces études et réclament des forages plus profonds.

Si l'Andra estime que le potentiel géothermique du site "n'est pas exceptionnel", cela ne signifie pas qu'elle ment ou qu'elle "retient des informations"

a plaidé son avocat, Me Jean-Nicolas Clément, en demandant aux magistrats de débouter les associations.

Le risque de l'oubli

Les antinucléaires brandissent un risque vertigineux : celui de l'oubli.

Qui se souviendra de la présence de Cigéo 5.000 ou 10.000 ans après sa fermeture ?

Les associations craignent que les hommes d'alors, inconscients du risque, perforent par mégarde les déchets toujours nocifs s'ils forent pour atteindre la ressource "exceptionnelle" d'eau chaude qui se trouve au-dessous.

L'ASN évalue à 500 ans minimum la "perte de mémoire de l'existence du stockage".

Vieux de déjà presque 20 ans, le projet Cigéo a suscité la controverse dès le premier jour, les opposants craignant, entre autres, des déversements de matière radioactive dans le sous-sol, des incendies, etc.
Des oppositions toujours actives aujourd'hui, comme par exemple dans le Bois Lejuc, où une ZAD s'est mise en place il y a quelques mois.

L'Andra doit déposer la demande d'autorisation de création du centre de stockage à l'horizon 2018.

Si elle l'obtient, les travaux pourront débuter d'ici à 2021. Le démarrage de la phase pilote est prévu vers 2025.

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