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Toulouse : le chemin de croix de Mélody, électro-hypersensible, pour passer le bac

C'est une histoire peu commune : Mélody, 18 ans, diagnostiquée électro-hypersensible, souffre terriblement des ondes électromagnétiques. Elle suit des cours à distance et passe le bac L cette année. Pas toujours facile. 

  • Par Fabrice Valery
  • Publié le , mis à jour le
Mélody, électrosensible et future bachelière

Mélody, électrosensible et future bachelière

Ce pourrait être une élève comme les autres, passant le baccalauréat, série littéraire, au centre d'examen du lycée Saint-Sernin à Toulouse. Mais Mélody souffre d'électro-hypersensibilité et "bénéficie" (en théorie) d'aménagements pour passer les épreuves dans des conditions qui l'éloignent des ondes électromagnétiques qui la font tant souffrir.

Isolée pendant les épreuves écrites


Pour passer les épreuves écrites, Mélody a été installée dans une salle à l'écart des autres candidats au bac, seule avec un surveillant. Elle a un certificat d'électrosensibilité et c'est ce document qui lui permet de prétendre à un aménagement. "Pas de téléphone portable à proximité, explique sa maman, pas de wifi et encore moins de brouilleurs d'ondes qui sont très puissants et aggravent la situation". 

Le bac est aussi... une épreuve !


Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu : lors d'une épreuve écrite cette semaine, le surveillant a allumé son téléphone portable et son ordinateur pendant que Mélody composait. Jeudi, pour l'oral d'anglais, elle a dû patienter pendant deux heures dans un couloir avec d'autres élèves de terminale... tous armés de leur téléphone portable !

Des cours à la maison depuis la 5ème


Mélody est habituée à travailler seule. Elle ne va plus en classe depuis la 5ème et suit à domicile les cours du centre national d'éducation à distance (CNED). Un travail souvent difficile, moins concret que les études en classe avec un "vrai" professeur. Mais c'est sa santé qui prime.

Des douleurs terribles


L'électrosensibilité de Mélody (et de ses parents) n'a été détectée qu'en 2011 par le professeur Dominique Belpomme, célèbre cancérologue parisien, spécialiste des effets des ondes sur l'organisme. Pendant des années, auparavant, ses parents se sont demandés quel mal les touchait : violents maux de tête, nausées, vomissements, acouphènes, perte de concentration, courant électrique dans la nuque ou dans la gorge... C'est un calvaire. 
Mélody développe même une maladie auto-immune, un urticaire cholinergique. "C'est un peu comme si brutalement tous les pores de sa peau s'étaient transformés en petites bulles, avec les brûlures qui vont avec", explique sa maman.

Un pylône de téléphonie en face de la maison


Les parents de Mélody font alors appel à Antenne 31, un collectif d'associations qui oeuvre contre l'installation d'émetteurs de téléphonie près des lieux de vie. "Dès les premières mesures dans notre logement, raconte la maman de Mélody, on nous a conseillé de retirer les téléphones sans fil, les portables et de tenter de nous protéger du pylône de téléphonie mobile qui est près de la maison". Pour s'en "protéger", la famille va même changer l'emplacement des chambres dans la maison de L'Union, près de Toulouse : au rez-de-chaussée, près du garage, les ondes sont moins puissantes qu'à l'étage !

Consultez les ondes à proximité de votre domicile sur le site de l'agence nationale des fréquences


S'épanouir quand même


Ce handicap (qui n'est pourtant pas reconnu en tant que tel) fait de Mélody une candidate au bac pas comme les autres. Mais ce n'est pas pour autant une jeune fille coupée du monde. Elle se passionne pour l'information, la politique, mais aussi la culture. La musique est pour elle un véritable havre de paix : le piano, surtout, qu'elle a appris seule. Elle aime aussi le cinéma. Mais il faut y aller aux heures creuses et espérer que les autres spectateurs auront éteint leurs téléphones portables et ne les auront pas seulement mis en mode silencieux. 

Expliquer, toujours expliquer "l'invisible"


"Non, dit sa maman, ce n'est pas une maladie génétique ; non ça ne s'attrape pas, comme on nous le demande souvent". L'électrosensibilité est une réaction du corps aux ondes électromagnétiques qui nous entourent.
Le plus difficile, même en passant son bac avec un certificat comme Mélody, c'est d'expliquer, d'expliquer encore, que l'on souffre "à cause de choses impalpables, invisibles". Car ces maladies sont méconnues du grand public et même les scientifiques continuent de se déchirer sur les effets sur le corps humain des ondes électromagnétiques. Sans parler des énormes enjeux économiques que représentent la téléphonie mobile

Bachelière et... libérée


Le 7 juillet, Mélody sera, comme les autres candidats au bac, impatiente de découvrir ses résultats. "Je n'en peux plus du CNED", dit-elle. Le bac serait donc, pour elle, comme une libération. 

"J'ai 18 ans et je suis électro-hypersensible" par Mélody

Nous publions ici une longue lettre écrite par Mélody pour faire comprendre sa situation. 

J’ai 18 ans et je suis électro-hypersensible (EHS), je fais mes études à distance avec le CNED.
C’est à l’âge de 13 ans, sur notre terrasse de la maison le 27 Mai 2010  vers 16h30 de l’après midi, que je me suis retrouvée avec une urticaire géante de la tête aux pieds sans aucune raison apparente. Sur le pylône face à notre maison, une antenne d’Orange avait était installée le 21 Mai 2010. Des recherches ont été faites pour essayer de comprendre ce qui avait pu provoquer cet urticaire dite « cholinergique », et  que la conclusion fut objective et claire. On a compris que je faisais une allergie aux ondes électromagnétiques. L’antenne relais haute de 66 m, placée à 280 m de notre maison, nous rendait malade sans le savoir à chaque fois qu’un changement plus important intervenait sur l’antenne. Mon électro-hypersensible a était découverte comme un soulagement, car pendant des années, mes parents et moi avions beaucoup de problèmes de santé sans comprendre l'origine de ces maux douloureux sur lesquels ni nous ni les médecins ne pouvions mettre aucun nom. Aujourd’hui, cette maladie qui nous colle à la peau a un nom, mais je suis extrêmement inquiète pour l’avenir, autant pour le nôtre que pour celui des enfants du présent et du futur ainsi que pour la population encore ignorante de ce danger potentiel des ondes électromagnétiques.

Nous sommes loin d’être contre la modernité, mais nous ne voulons pas être des sacrifiés comme on nous l’a si bien dit lors d’un rendez-vous à l’Agence Régionale de la Santé (ARS). Je n’avais que 13 ans à ce moment là, et à ma grande déception, un ingénieur m’a dit que : «  De toute manière on préfère sacrifier des électro-hypersensibles que de sacrifier la population mondiale de leur portable ». J'ai été choquée d’entendre cela. Ayant peur d’avoir mal entendu, nous lui avons fait répéter le mot « sacrifier ? » il a dit « Oui, sacrifier »  sans aucune hésitation, ni état d’âme.
Je sais bien qu’il faut avancer dans la modernité mais sans danger pour l’humanité…

Il ne faut pas douter de cette dangerosité, de ce nouveau fléau. Quel est l’avenir d’un enfant E.H.S ?
Ces nouvelles technologies sans fil, à l'action Invisible, Impalpable, Inodore, Inaudible, Insipide ont beaucoup de conséquences sur la santé. Beaucoup de preuves ont déjà été établies en France et dans le monde. Mais est-ce que l’argent est plus important que les vies humaines sur cette magnifique planète ?

Mes douleurs se traduisent souvent par des maux de tête (compression très forte sur la boite crânienne comme un étau), des acouphènes en continu et parfois plus brutalement et plus fort, un manque de concentration, des troubles de la mémoire comme un oubli des mots que l’on veut dire, des douleurs dans le dos, des picotements dans la nuque (comme du courant électrique), des douleurs musculaires, surtout le matin quand notre corps et resté sédentaire après une nuit, des piques aux yeux ou parfois les yeux rouges et secs qui grattent. Des brulures à l’estomac et parfois avec des vomissements. Les nuits sont parfois courtes, avec de l'insomnie de 2 heures à 4 heures du matin.
Tous ces maux douloureux ne viennent pas en même temps, mais certains sont quotidiens. Ce qui fait le plus mal dans cette maladie physique (et non mentale!), c’est de ne pas être pris au sérieux et d’être considéré comme hypocondriaque.

On voudrait bien déménager, mais pour aller où ? Nous aimons notre ville et s’éloigner ne veut pas dire être plus en sécurité. Des antennes relais doivent être encore installées sans baisser les seuils…Plus puissantes dans nos campagnes. L’exposition aux ondes est de plus en plus dangereuse et plus forte encore depuis la 4G. On développe de plus en plus cette nouvelle technologie invisible sans fil. Pourtant, on peut faire fonctionner un portable avec moins de voltage, et faire abaisser les seuils à 0,4V/m, au lieu de 60V/m. On vit avec ce mal au quotidien, tout en essayant de trouver une solution pour notre survie au quotidien, car on aime la vie.

Cette sensibilité aux ondes électromagnétique est pour moi le sixième sens de notre corps. On ressent ces pulsions invisibles. Si certains ne sont pas sensibles comme nous, les ondes les transpercent quand même. C’est là que l’on peut prendre conscience que l’invisible sur terre peut-être aussi dangereux que le visible.
Je voudrais vivre une vie normale comme tout le monde, être une jeune fille libre d’aller partout, sans avoir à affronter ces ondes électromagnétiques. J’essaie d’avoir une vie sociale comme tout le monde, souvent je fais semblant de rien, mais malheureusement je le paye quand je me trouve trop exposée.

Dans la cour de mon collège, il y avait aussi une antenne relais de plus de 33 mètres de hauteur. En ce temps-là, j’avais des maux de têtes à ne plus pouvoir tenir.  Je me rappelle que c’est seulement sous un bardage de la cour de recréation que je me sentais un peu soulagé, sans savoir alors pourquoi…

Cette technologie sans fil, est une nouvelle addiction pire que la drogue, car elle commence bien plus tôt.
Il n’est pas trop tard pour réagir !

Mélody

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