Clowns menaçants : quand Facebook colporte le n'importe quoi

Le phénomène des "clowns menaçants" qui font peur à de nombreux enfants ou ados depuis quelques jours questionne fortement sur le rôle joué par Facebook et les réseaux sociaux. 

  • @F3nord
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Quelques pages Facebook créées ces derniers jours.

Quelques pages Facebook créées ces derniers jours.

"Les clowns du Nord", "Clown flipant dans le nord", "Non au clown qui nous font peur au nord pas de calais", "Les chasseurs de clowns", "Si toi aussi tu a peur des clown qui menace le nord"... Voici quelques-unes des pages créées ces derniers jours autour du phénomène des clowns flippants ou menaçants. Des pages qui surfent sur l'incroyable curiosité suscitée par la présence fantasmée ou non d'individus déguisés en clowns à la sortie des écoles dans le Nord Pas-de-Calais. Des pages qui regroupent des centaines de personnes, voire des milliers (souvent jeunes ou très jeunes). Des pages qui, le plus souvent, font peur, ne font rien pour rassurer, amplifient le phénomène et surtout colportent des rumeurs et des contre-vérités. 

1. Aucune agression physique constatée

Cette semaine, des plaintes ont bien été déposées (5 en tout dans le Nord Pas-de-Calais, La Voix du Nord en a annoncé une nouvelle à Arras), mais la police n'a jamais réussi à mettre la main sur des individus déguisés en clown (en Picardie, deux personnes ont été interpellées). D'autre part, aucune de ces plaintes ne faisaient état de menaces physiques directes, d'agressions ou d'actes violents. Intimidation, peur, inquiétude : les clowns aperçus dans le Nord Pas-de-Calais, s'ils existent vraiment, n'ont pourtant jamais été dangereux. 

Certes, ce jeudi à Liévin, quatre personnes déguisées en clown auraient été vues en train de brandir une tronçonneuse devant une école primaire. Mais là encore, si la police a pris l'histoire au sérieux, aucun adulte n'a été témoin de la scène.

Pourtant, sur Facebook, ces faits, jamais établis complètement, sont le plus souvent décrits comme des vérités absolues, sans aucune prudence, sans recul... Exemple, sur la page Clowns du Nord, sont publiées une cinquantaine d'alertes : "Des clowns aurait été aperçus à la Bassée avec une arme blanche", "Restez en groupe quand vous sortez dans les zones ou des clowns aurait été aperçus". Des messages qui ne reposent sur rien de concret ou de vérifié. La page est pourtant suivie par près de 18 000 personnes. 

2. Des photos bidons ?

Les pages Facebook créées autour des clowns publient régulièrement de nombreuses photos censées "faire peur". Certaines sont accompagnées de commentaires sur le lieu et la date de prise de la photo. Nous en avons vérifié des dizaines. Toutes ou presque viennent de films, de sites internet, de Google images... Aucune photo de clown menaçant n'a été prise dans le Nord Pas-de-Calais ces derniers jours. Etrange, à l'heure des smartphones, pour un phénomène censé être visible partout....

Exemple avec cette photo publiée sur la page "Clowns flipants dans le nord". Elle est accompagnée de la légende suivante : "Il a ete aperçu il n'y a pas lomptemps". Aucune précision sur le lieu. Mais surtout, c'est complètement faux ! Une simple recherche sur Google permet de constater que cette photo a été prise à New-York en... Mars 2014.
Et des exemples comme celui-là, il y en a des dizaines. Les photos ci-dessous titrées "Leur signalement en images" ont été :
  • prises à l'étranger (la photo de gauche par exemple. Pourtant la légende veut faire croire qu'elle a été prise récemment...)
  • ou prises dans le Nord Pas-de-Calais mais sont celles d'une personne sans-domicile qui a l'habitude de se déguiser en clown pour faire manche (il a été interpellé cette semaine à Sin-le Noble et rapidement rélâché comme signalé dans cet article)
  • ou piquées sur Internet.
Un mélange qui brouille les pistes, entretient la psychose et propage insidieusement la rumeur...

3. Des pages qui donnent des (mauvaises) idées

Les appels à la prudence ou les mises à garde de la police (ci-dessous sur leur page Facebook officielle), les messages rassurants des chefs d'établissement, les articles dans les médias rappelant que rien n'est avéré... On l'a constaté cette semaine, rien n'arrête vraiment une rumeur.
Et les réseaux sociaux amplifient tellement les phénomènes, qu'on peut presque se demander s'ils n'en sont pas finalement à l'origine. Certains jeunes, intrigués au départ par les premières rumeurs (ou faits... ?), ont-ils eu l'idée de surfer autour du buzz et faire peur à des enfants ? L'hypothèse est plausible. L'histoire de Liévin racontée dans cet article peut d'ailleurs le laisser penser.

Jouer à se faire peur, entretenir le mythe qui fascine : les réseaux sociaux où le recul, la prudence et la modération sont souvent absents deviennent un "lieu" idéal pour propager un buzz, un phénomène, une rumeur...

4. (Très) bientôt, on n'en parlera plus

L'éphémère, c'est aussi une constante sur Facebook et les réseaux sociaux. Un buzz chasse l'autre. Un phénomène à peine né, meurt dans l'indifférence. C'est ce qui pourrait bien se passer avec ces clowns. Les policiers, qui ont dû s'intéresser au phénomène ces derniers jours, espèrent d'ailleurs que les vacances scolaires vont y mettre fin. 
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