Ce 19 avril 2017, l’Île Seguin montre son nouveau visage, son nouvel avenir. On inaugure un nouveau bâtiment et s'ouvrent officiellement les portes de la Seine Musicale. Le bruit des chaînes de montage automobile laisse la place à la musique.

Un siècle d'automobile

27 mars 1992, 11h20. La dernière Renault Super 5 sort des chaines de montage de l’île Seguin devant une centaine d’ouvriers, de techniciens et de cadres. Le moment est historique. Après 70 ans de présence sur l’île, Renault a décidé de tourner la page et d’abandonner son usine forteresse, plus assez rentable selon le constructeur.

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Une usine trop petite, trop haute, avec un processus de fabrication trop compliqué comparé aux usines modernes. A l’intérieur, les chaines circulent sur cinq niveaux. Les voitures en cours de fabrication doivent emprunter 48 ascenseurs et changent 23 fois d’étages. De plus, l’usine pollue. Bref, elle n’a plus rien à faire en région parisienne.

Le 31 mars 1992, l’activité s’arrête définitivement. C’est la fin d’un siècle d'automobile...

L'époque des inventeurs industriels passionnés

L’histoire de Renault sur l'île Seguin a commencé en 1919. Louis Renault, alors propriétaire de plusieurs ateliers à Boulogne-Billancourt, souhaite étendre son activité. C’est sur l’île Seguin, anciennement appelée île Madame, qu’il jette son dévolu. Il s’agit d’une friche de 11,4 hectares située dans une boucle de la Seine à 4 km de Paris, entre Boulogne, Meudon et Sèvres.

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L'île Seguin, hier et aujourd'hui

 

Une usine qui "crache des véhicules" jour et nuit

L’usine est inaugurée dix ans plus tard en 1929 mais ne sera totalement achevée qu’en 1937. Elle est très vite appelée "le paquebot", surnom inspiré par la forme en pointe de cet immense bâtiment blanc qui semble naviguer sur la Seine. Moins bucolique, les ouvriers surnomment de leur côté l’île Seguin « l’île du diable » ou encore « le bagne Renault ».

Car à l’intérieur, le travail est chronométré avec des méthodes directement importées des Etats-Unis : mécanisation des tâches, travail à la chaîne, contrôle des cadences. C’est le taylorisme. Au plus fort de l’activité, dans les années 70, une voiture sort toutes les minutes 30. Soit près de 1.100 véhicules par jour.

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Les plus emblématiques resteront la 4CV, lancée en 1947, symbole de la démocratisation automobile et en 1961, la R4, emblème de la production de masse. Mais l’usine fabrique aussi au gré des époques des voitures de luxe, des taxis, des camions, du matériel ferroviaire, des moteurs d’avions… Et emploie jusqu’à 20 000 ouvriers de 58 nationalités différentes.

 

Le laboratoire des luttes sociales

Ces méthodes pousseront régulièrement les ouvriers à la grève dès 1928. Des mouvements sociaux portant principalement sur les conditions de travail et le salaire et qui marquent l’opinion, d’où cette phrase prononcée par Maurice Bokanowski : « Quand Billancourt éternue, la France s’enrhume. »

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L’usine est également le théâtre de mouvements contestataires plus larges. En Mai-68, c’est l’une des premières à faire grève aux côtés des étudiants. Fief syndicaliste, laboratoire des relations entre les salariés, le patronat et l’Etat, l’usine Renault de l’île Seguin a marqué l’histoire sociale et politique française.

Mais en 1989, la décision est prise. Le vieux paquebot échoué dans un méandre de la Seine sera détruit.