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Durant une semaine, Jean-Manuel Bertrand et Malik Karouche, journalistes à France 3 Provence-Alpes, sont partis en République centrafricaine. Aux côtés des hommes de l'Etat-major de force 3 de Marseille, ils ont suivi leur mission de sécurisation au sein de la MINUSCA. Récit. 

L'arrivée dans un pays meurtri : misère et espoir

L'arrivée à Bangui vous marque pour longtemps. La température y est  suffocante. Ici, le mercure monte à 45 degrès dans l'après-midi et une poussière rougeoyante (car la capitale centrafricaine est dépourvue de route goudronnée), vous prend d'emblée à la gorge.

Bangui compte près de deux millions d'habitants. Le revenu mensuel médian par habitant atteint à peine 30€. La RCA est un pays pauvre où un millier d'enfants meurt chaque jour, victimes du paludisme.

Avant notre arrivée, nous avions pris soin de nous faire vacciner contre la fièvre jaune, un vaccin obligatoire quand vous arrivez dans le pays. 

On dit souvent que l'Afrique vous guérit de tout et on a pu le constater tout au long de nos reportages.

Nous n'oublierons jamais ce que nous avons vu ou filmé à Bangui et ses environs. Une joie perpétuelle des habitants dans la détresse et, derrière une apparente misère, un magnifique espoir et une grande dignité des Centrafricains.


 

Premiers contacts avec la force Sangaris

À Bangui, le calme est revenu malgré la campagne électorale qui bat son plein lors de notre séjour. Les Centrafricains votent pour élire un nouveau président dans un pays secoué par les conflits armés depuis le règne de Bokassa. 

En 2013, par crainte d'un génocide, la France a envoyé des militaires sur place pour faire cesser les exactions entre musulmans, les Seleka et les milices chrétiennes, les anti-Balaka.

Aujourd'hui dans le camp retranché de M'Poko, on trouve 920 soldats : c'est la force Sangaris chargée de sécuriser le pays avec des patrouilles jour et nuit.

Notre visite du camp est très encadrée par le service de presse sur place.

Pour avoir plus d'autonomie, nous avons choisi de dormir dans un hôtel du centre-ville proche de l'ambassade des États Unis et d'une caserne de Casques Bleus. Difficile de sortir le soir, les militaires nous le déconseillent car la sécurité n'est pas maximale après le couvre-feu qui est fixé à 22h.

Dans ce camp, nous retrouvons cinq officiers marseillais de l'état-major de force n° 3. Il s'agit d'une force d'appui aux Casques bleus, 12 000 hommes répartis sur tout le territoire. C'est la Minusca, la force d'interposition de l'Onu, pour "Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine". 

 

L'affaire des abus sexuels des Casques Bleus

Lors de notre séjour, un nouveau scandale éclabousse les soldats de l'ONU.

Certains d'entre eux sont impliqués dans des viols commis sur des mineures dans des camps de déplacés qui accueillent les populations qui ont perdu leurs biens dans les conflits armés. Un détachement de 120 soldats congolais est rapatrié, des militaires français sont également montrés du doigt. Le parquet de Paris est saisi de l'affaire.

Nous sommes allés dans ces camps pour recueillir des témoignages. La population est ulcérée.

Le représentant spécial de l'ONU nous a accordé une interview afin de montrer que les Nations-Unies seraient très fermes sur cette question. Cette affaire sensible remet en cause la mission humanitaire et les efforts déployés sur place pour ramener le calme en R.C.A.

 

Un orphelinat géré par une ONG marseillaise

Nous quittons Bangui au petit matin par les pistes avec notre chauffeur pour rejoindre Bimbo, 230 000 habitants répartis dans la brousse.

Nous avons repéré un orphelinat qui accueille une vingtaine de jeunes filles. Elle ont perdu leurs parents suite aux guerres ou au sida qui sévit dans la population.

Des bénévoles assurent leur scolarité et une éducation afin qu'elles puissent refaire des vies, souvent décousues.

En Afrique, il faut savoir qu'une orpheline est souvent stigmatisée et désignée comme une sorcière condamnée au vagabondage et à la prostitution. 

Avec Malik, nous sommes touchés par la bienveillance de l'équipe éducative. L'ONG Marseille Centrafrique solidarité a entièrement financé la construction de ce foyer et des écoles aux alentours.

C'est un reportage très émouvant car l'accueil est beau et chaleureux autour d'une table où l'on sert le manioc, la nourriture essentielle dans ce pays. Nous avions amené des stylos et des cahiers de France 3 et ce don les a rempli de bonheur.

 

L’Unicef scolarise 5000 enfants déplacés

Dans le camp de déplacés de M'Poko prés de l’aéroport de Bangui, c’est un choc visuel.

40 000 personnes s’entassent sous des tentes de fortune dans des conditions très précaires. Ces familles ont fuit les conflits au nord du pays et ont tout perdu : maisons, biens et parfois des proches.

L’Unicef a planté ici une école pour accueillir 5000 enfants en âge d’être scolarisés. Ils ont entre 3 et 18 ans et une dizaine de professeurs bénévoles assurent les cours tous les matins.

Les adolescents viennent à l’école pour échapper aux milices armées qui les enrôlent dès leur plus jeune âge. Nous les interviewons avant d’assister à un cours de géométrie mémorable.

Nous rencontrons la responsable de l’Unicef qui nous rappelle que le fond des Nations-Unies pour l’enfance est très investi en Centrafrique pour faire reconnaître les droits de ces enfants souvent laissés-pour-compte.

Malik filme les classes et tend une main en direction des plus petits qui viennent le toucher. Nous sommes très émus par cette séquence qui restera longtemps gravée dans nos mémoires.

 

Un hôpital de campagne avec les médecins de Laveran

II est 6 heures du matin à la base militaire, l’antenne chirurgicale détachée de l’Hôpital Laveran s’apprête à opérer un jeune centrafricain de 8 ans d’une hernie.

Les six médecins de l’hôpital d’instruction des armées de Laveran à Marseille sont détachés pendant 4 mois à Bangui pour soigner les militaires et venir en aide à la population civile de Bangui qui manque singulièrement de soins.

Chaque matin, des Centrafricains ont rendez-vous avec les médecins militaires. Nous suivons une opération menée par la Dr Géraldine et le Dr Antoine, tous deux chirurgiens à Marseille.

L’antenne chirurgicale aérotransportée emploie quinze personnes sur la base. Ce poste médical avancé a effectué une soixantaine d’interventions chirurgicales au cours des deux derniers mois.



En patrouille avec le 92e Régiment d’infanterie et son "diffuseur de sérénité"

Il est 15h et il fait plus de 43 degrés. Ce jeudi après-midi est l’un des plus chauds de notre séjour en saison sèche quand nous arrivons sur la base.

Nous revêtons un gilet pare-balles de 20 kg et un casque pour sortir en véhicule blindé avec la patrouille, une trentaine d’hommes sous le commandement de l’adjudant Sébastien, un officier calme et pondéré.

Ses hommes le surnomment affectueusement le diffuseur de sérénité.

Nous allons rester 3 heures avec eux, dont 45 minutes de "débarqué". C’est le terme militaire pour designer les patrouilles à pied dans les villages du 4e secteur de Bangui. C’est un secteur rural et escarpé avec de nombreux hameaux.

Les militaires sont au contact direct de la population et restent perpétuellement sur leurs gardes.

Il faut savoir que sur les marchés de Bangui une grenade de fabrication chinoise vaut à peine 1000 francs CFA soit un euro. Et la présence des militaires de la force Sangaris n’est pas toujours bien ressentie sur place, même si l'immense majorité des centrafricains se sent plus rassurée par la présence des militaires français et des Casques Bleus dans le pays. 



Les reportages seront diffusés sur France 3 Provence-Alpes du 15 au 20 février dans nos éditions de 12 heures et 19 heures.