CARTE. Sept meurtres en 10 mois dans les quartiers sensibles de Grenoble et son agglomération

Sept homicides ont été perpétrés entre juin 2015 et avril 2016 dans les quartiers dits sensibles de l'agglomération grenobloise. Quatre de ces affaires ont été élucidées. Toutes n'étaient pas liées au trafic de drogue mais pour la plupart c'était le cas. 

Par Boris Courret

 
Mais que se passe-t-il à Grenoble? Lundi 25 avril, deux hommes de 22 et 28 ans trouvaient la mort après une fusillade survenue dans le quartier Teisseire au Sud-Est de la ville. Un autre, grièvement blessé, a été transporté au CHU Grenoble Alpes. D’après les premiers éléments, une voiture avec à son bord un ou plusieurs occupants ont fait feu à bout portant et à l’arme de poing sur les trois hommes.

L’hypothèse du règlement de comptes sur fond de trafic de drogue est largement privilégiée. Les deux individus qui ont trouvé la mort avaient d’ailleurs été entendus, et l’un d’eux placé en garde à vue, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un autre jeune homme de 22 ans survenu dans le même quartier le 18 septembre 2015.

Un jeune homme de 22 ans tué par balles à Teisseire le 18 septembre

Younès Benhadj-Guerissi, 22 ans, avait reçu, alors qu’il se trouvait dans son véhicule stationné avenue Paul Coca, deux balles de petit calibre dans le bras et le front. Transporté, grièvement blessé, au CHU de Grenoble, l’homme connu des services de police pour trafics de stupéfiants avait succombé à ses blessures le lendemain après-midi. Plusieurs interpellations avaient alors eu lieu, quatre jours plus tard.

Avenue Paul Cocat, Teisseire
Avenue Paul Cocat, Teisseire

Quatre suspects avaient été placés en garde à vue puis relâchés, "faute de preuves matérielles", selon le parquet. Quelques semaines après, le 9 novembre plus exactement, un individu du même âge que la victime avait été interpellé puis mis en examen. Il aurait  été contrôlé par les policiers quelques heures avant le meurtre, à cause d’une rixe qui l’aurait opposé à un clan rival du quartier et à sa présumée victime. C’était déjà le deuxième homicide survenue dans un quartier sensible de Grenoble et son agglomération.

Victime d'un tir qui ne lui était pas destiné à Saint-Martin-d’Hères

Le 20 juin 2015, nous sommes à Saint-Martin-d’Hères, un samedi soir. La place Etienne Grappe est bondé. C’est la fête au parc Jo Blanchon. Luc, un jeune homme de 19 ans se trouve à quelques mètres de là, à l’arrière d’un scooter, lorsque des détonations retentissent. Il est touché. Transporté par les pompiers de l’Isère en arrêt cardio-respiratoire, il décède à son arrivée à l’hôpital.

Il était inconnu des services de police. Au contraire de son ami, le conducteur du deux roues, déjà inquiété pour trafic de stupéfiants et blessé à l’oreille. Le 29 juin, deux adolescents se rendent au commissariat pour s’expliquer sur ce meurtre. Le plus âgé reconnaîtra plus tard être l’auteur du coup de feu fatal, parti d’une des carabines retrouvées chez le plus jeune. Ils étaient des amis de Luc. Ils venaient du même quartier. Et le tir ne lui était visiblement pas destiné. 

Abattu de cinq balles le 28 septembre à Saint-Martin-d’Hères

Deux mois après, toujours à Saint-Martin d’Hères, devant la salle de sport située rue du Bal, les enquêteurs découvraient un véhicule avec, à son bord, le corps sans vie de Salim Dhibi, 29 ans et qui venait de recevoir cinq balles. Dans cette affaire, le règlement de compte sur fond de trafic de drogues ne faisait guère de doute et l’affaire avait été confiée à la JIRS de Lyon (Juridictions interrégionales spécialisées), compétente pour toutes les affaires liées à la criminalité organisée. Pour l’heure, ce meurtre n’est pas élucidé. Un règlement de compte qui avait ravivé le souvenir de la guerre des gangs des années 2000 à Grenoble.

Saint-Martin-d'Hères, le 28 septembre / © France 3 Alpes
Saint-Martin-d'Hères, le 28 septembre / © France 3 Alpes

Le frère de la victime avait en effet été tué à la kalachnikov lors d’un règlement de comptes de février 2007, à Fontaine, dans l’agglo grenobloise. Salim Dhibi avait d’ailleurs lui-même été soupçonné un temps par les policiers d’être impliqué dans un autre règlement de comptes, intervenu peu après, en avril 2007 à Champagnier en Isère et qui avait fait un mort et un blessé grave. Un homicide qui reste, d’après Alexander Grimaud, directeur de cabinet du préfet de l’Isère, "le seul des cinq meurtres survenus dans les quartiers sensibles grenoblois à ne pas savoir été élucidé".

Tué à 29 ans d’une balle dans le dos le 14 octobre à Gières

Au contraire du quatrième meurtre de 2014. Celui de Guillaume Bianchini, survenu le 14 octobre devant une petite résidence de Gières. Une dispute aurait éclaté entre la victime et deux autres hommes. Guillaume aurait alors pris la fuite avant de recevoir une balle dans le dos. Il n’aura que le temps de taper à la porte d’une riveraine avant de s’écrouler. Le 19 novembre, un jeune homme de 22 ans comptant déjà une douzaine de condamnations liée à des affaires de stupéfiants étaient mis en examen.

© Google Street View
© Google Street View

Mort à 18 ans pour "un mauvais regard" le 6 novembre à Échirolles

Un peu moins d’un mois plus tard, un autre meurtre sera perpétré. Cette fois à Échirolles et sans lien avec le trafic de drogue. Nous sommes le 6 novembre. Grégory, 18 ans, circule avenue de Grugliasco quand il percute une ambulance à un feu de signalisation. Quelques instants après, un piéton parvient à sa hauteur. Une altercation débute avec le jeune conducteur. Le piéton sort une arme blanche avant de porter trois coups à la gorge de sa victime, qui succombera quelques minutes après, à l’arrivée des secours. "Tout ça pour un mauvais regard", soufflait son père Bahram Baharizadeh, reprenant les mots de la chanson de Calogero en évoquant la mort de son fils, qu’il comparait à celle de Kevin et Sofiane dans le même quartier, en 2012. Son fils n’était pas connu des services de police.

Deux semaines après, un adolescent de 16 ans est interpellé, identifié par son ADN à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Il revenait d’Algérie où il s’était enfui après le drame. Il a été mis en examen pour homicide volontaire et écroué. Le seul homicide qui n’avait, d’après le directeur du cabinet du préfet de l’Isère "rien à voir avec le trafic de stupéfiants, mais commis en zone sensible et pas dans un cercle proche. Raison pour laquelle il est comptabilisé avec les autres meurtres".

Une dramatique série qui s’est tristement poursuivie ce 25 avril avec ces deux hommes abattus devant l’école Jean Racine à Teisseire.

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