Mort de Thomas à Crépol : aux européennes, le Rassemblement national a doublé son score habituel dans la commune

Le village de Crépol, dans la Drôme, s'est retrouvé au cœur des débats politiques après le décès, dans la nuit du 18 au 19 novembre, de Thomas, un lycéen de 16 ans tué d'un coup de couteau lors d'un bal du village. Conséquence : le Rassemblement national a obtenu 45,74% des voix dans la commune.

Devant la salle des fêtes du village de Crépol (Drôme), il ne reste aucune trace des violences qui ont entraîné la mort de Thomas, 16 ans, il y a sept mois, mais le drame pèse encore dans les esprits et les intentions de vote.

L'extrême droite s'empare du fait divers

Dès le lendemain du crime, la droite et l'extrême droite s'emparent immédiatement de ce fait divers pour dénoncer l'insécurité dont souffriraient les milieux ruraux mis en danger selon elles par les bandes violentes venues des cités sensibles et issues de l'immigration. Le porte-parole du gouvernement de l'époque, Olivier Véran, va même jusqu'à mettre en garde contre "le risque d'un basculement de la société".

Depuis, douze personnes - dont des jeunes d'une cité sensible de Romans-sur-Isère, ont été mises en examen mais aucune n'a reconnu avoir porté le coup fatal et la justice peine à démêler le déroulement exact de la soirée. Pour Pierre Didier, partisan affiché du Rassemblement national, "les gamins ne devraient pas être dehors avec des couteaux", estime-t-il. "Il faut revisser les parents. Supprimer les allocations familiales, et ça ira beaucoup mieux."

Le RN double son score

Aux élections européennes, le RN a doublé son score à Crépol, Jordan Bardella arrivant en tête avec 45,74% des voix - contre 23,25% en 2019, une tendance qui devrait se confirmer aux législatives anticipées. Une ouvrière, qui travaille dans une petite usine agroalimentaire à la sortie du village, confie que beaucoup de ses collègues "connaissaient Thomas" et voteront "par rapport à ce qui s'est passé". "J'ai l'impression qu'ils ne réfléchissent pas", "c'est comme si c'était leur devoir de voter RN", explique-t-elle sous couvert d'anonymat.
"Depuis Thomas", Annick, 78 ans, qui se tient devant sa maison en pantoufles imprimées de chatons, ne se sent plus en sécurité. "La nuit tombée, je ne sors plus. Parfois on voit des gens qui se promènent avec des capuches. On ne sait pas ce qu'ils cherchent. À faire du mal, c'est sûr".

Tout en refusant de dire pour qui elle votera les 30 juin et 7 juillet, cette femme, qui se présente comme une ancienne soixante-huitarde, espère que les étrangers repartent "dans leur pays". Comme ça, "on aura du travail pour tout le monde !". Des thèmes au cœur du discours du candidat investi par le RN dans cette 4e circonscription de la Drôme, Thibaut Monnier, qui doit se rendre ce mercredi 26 juin à Crépol. "La priorité est de retrouver la sérénité dans les villes et villages particulièrement meurtris", dit à l'AFP ce proche de Marion Maréchal, qui prône aussi la "fin du droit du sol".

"La politique n'a pas à se mêler de ça"

Pour d'autres candidats aussi, Crépol est incontournable. La députée LR sortante Emmanuelle Anthoine a ainsi choisi comme suppléante la maire du village Martine Lagut. "Par respect pour les parents et les blessés, je ne veux pas mentionner ce drame dans la campagne. La politique n'a pas à se mêler de ça", assure toutefois cette dernière, restée discrète durant l'affaire. Tous n'ont pas sa pudeur. Vendredi 21 juin, le chef de file Reconquête Eric Zemmour s'est rendu à Romans-sur-Isère pour soutenir sa candidate Evelyne Reybert et "rendre hommage à la mémoire de son fils Julien Vinson, assassiné par un djihadiste soudanais" lors d'une attaque au couteau en 2020.

Le 1er juin, il s'était déjà rendu à Crépol. "Les médias diront récupération. Les jeunes de Crépol m'ont dit merci", avait-il commenté sur X. La candidate du Nouveau Front populaire Isabelle Pagani dénonce cette "exploitation politique" des "drames épouvantables" qui ont touché le territoire. La socialiste dit "entendre ce sentiment d'insécurité" mais estime qu'il vient aussi "d'un sentiment de déclassement, du recul des services publics de proximité". Plus direct, Gérald, un trentenaire de Crépol, juge "dégueulasse de faire de la politique sur le dos des morts."

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