Plainte pour homicide involontaire contre Pôle emploi : la sœur d'une victime du "tueur de DRH" entendue par la justice

À 10 jours de l’ouverture du procès en appel de Gabriel Fortin, surnommé le "tueur de DRH", Marie-Hélène Givet, l’une des sœurs de Patricia Pasquion, responsable d’équipe tuée au Pôle emploi de Valence, est entendue dans le cadre de sa plainte contre l''ex-"France Travail".

À 10 jours de l'ouverture du procès en appel de Gabriel Fortin, surnommé "le tueur de DRH", la sœur d'une des victimes de son périple meurtrier, est entendue par un juge d'instruction à Valence. La sœur de Patricia Pasquion, cheffe d'équipe de Pôle emploi, tuée froidement sur son lieu de travail, estime que l'institution (ex-FranceTravail) est en partie responsable de ce drame. 

Gabriel Fortin, a été reconnu coupable d'avoir assassiné Patricia Pasquion et condamné à la peine maximale en juillet 2023. Il avait été radié de cette agence en 2013. Marie-Hélène Givet et Catherine Ribuot, deux des sœurs, de Patricia Pasquion, parties civiles dans le procès d'assises en première instance, estiment que l’agence de Valence n’a pas mis en place les mesures de sécurité nécessaires pour protéger son personnel. 

Même si rien ne concernait Gabriel Fortin, Patricia Pasquion avait fait remonter plusieurs incidents avec les demandeurs d’emploi dans le cadre de ses fonctions. En juillet 2020, des alertes sécurité avaient été notées dans son agence de Valence. Plus récemment, "en février 2023, une alerte avait été déclenchée par deux syndicats sur la question de la sécurité," ajoute son avocat Me Hervé Gerbi.

Tuée froidement

L'établissement n'était ouvert que depuis quelques minutes, le 28 janvier 2021, lorsqu'un homme s'est présenté. Il portait un masque chirurgical sur le visage. Sa main droite était dissimulée dans un sac en plastique blanc. À l'accueil, l'individu a donné une fausse identité. Il s'est ensuite dirigé vers le bureau des indemnisations où se trouvait Patricia Pasquin. L'individu a fait feu sur la femme de 54 ans assise à son bureau. Elle s'est écroulée. Puis le tireur s'est enfui par une porte secondaire alors que ses collègues tentaient en vain de porter secours à la victime. 

En juillet 2023, la cour d’assises de la Drôme a condamné Gabriel Fortin à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans,

Quelle responsabilité de Pôle emploi ? 

Quelques jours après le verdict, une plainte était déposée entre les mains du doyen des juges d’instruction de Valence pour homicide involontaire visant directement les conditions de travail et de sécurité de Patricia Pasquion à Pôle Emploi. Il était précisé "au delà des motivations de l’auteur direct, il est impossible d’écarter le lien évident entre ce crime et les difficultés des conditions de travail subies par les agents de pôle emploi… La qualification criminelle applicable à l’auteur direct n’étant pas exclusive d’une qualification délictuelle applicable à ceux, que les investigations identifieront, ayant créé ou contribué à créer les conditions permettant la réalisation du dommage ou n’ayant pas pris les mesures pour l’éviter" relaie son avocat, Me Gherbi dans un communiqué. 

L'enquête n'a pas établi de contact direct entre Gabriel Fortin et Patricia Pasquion dans cette agence de Valence. Ainsi, selon le témoignage de l'ancien patron de la PJ de Valence, lors du procès devant les assises de la Drôme, la salariée de Pôle Emploi était "au mauvais endroit, au mauvais moment". Patricia Pasquion représentait le symbole de l'échec professionnel de Gabriel Fortin. Elle n'avait jamais eu affaire à l'accusé, inscrit dans cette agence après son dernier licenciement jusqu'en 2013.

Gabriel Fortin a inlassablement répété tout au long de ses 12 jours de procès : "Rien à déclarer !". Ses rares propos exprimaient une défense le présentant comme la victime d'un système l'empêchant de trouver du travail. Les jurés ont toutefois retenu que des troubles psychiques avaient altéré le discernement de cet ingénieur au chômage au moment des faits. Son avocat avait plaidé le délire paranoïaque d'un homme traumatisé par deux licenciements brutaux.

Rappel des faits 

Gabriel Fortin doit être rejugé pour l'assassinat de Patricia Pasquion, conseillère au Pôle Emploi à Valence. Il est aussi accusé d'avoir tué Géraldine Caclin, 51 ans, responsable des ressources humaines de l'entreprise Faun Environnement à Guilherand-Granges, le même jour. Gabriel Fortin avait travaillé dans cette entreprise comme ingénieur entre 2008 et 2010. C'est Géraldine Caclin qui avait signé sa lettre de licenciement. Il avait aussi été licencié de l'entreprise Faun Environnement.

Il doit répondre de l'assassinat d'Estelle Luce, 39 ans, DRH chez Knauf à Wolfgantzen dans le Haut-Rhin, deux jours plus tôt, le 26 janvier 2021. Il doit enfin répondre d'une tentative d'assassinat sur Bernard Meichel, un autre DRH à Wattwiller. Avec Estelle Luce, ils avaient eu en charge le licenciement de Gabriel Fortin dans une entreprise d’Eure-et-Loir en 2006.

Le procès en appel de Gabriel Fortin, surnommé le “tueur de DRH”, se tiendra du 13 au 29 mai, à Grenoble.