Grenoble : "Ça n'est pas digne de la République", la passe d'armes continue entre Eric Piolle et Gérald Darmanin

Ce vendredi 28 août, après la publication d'une lettre du ministre de l'Intérieur lui étant adressée, le maire de Grenoble a contesté les accusations de Gérald Darmanin, et l'a invité à la table des débats.
Eric Piolle aux Journées d'été d'Europe Ecologie Les Verts le 22 août.
Eric Piolle aux Journées d'été d'Europe Ecologie Les Verts le 22 août. © Alain Jocard/AFP
La querelle n'en finit plus. Trois jours après la publication sur les réseaux sociaux d'une vidéo montrant des traficants de drogue lourdement armés dans le quartier du Mistral à Grenoble, le maire de la ville Eric Piolle et le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin continuent de s'écharper par médias interposés sur la réponse appropriée à donner aux trafics. 

Pour rappel, mercredi 26 août, une opération de police décidée par le ministre et le préfet de l'Isère avait été menée dans le quartier, opération qu'Eric Piolle avait rapidement qualifiée de "coup de com". Une sortie inacceptable pour Gérald Darmanin, qui répondait sèchement au maire de Grenoble dans une lettre rendue publique ce vendredi 28 août.
 
Dans une interview accordée à BFMTV le soir même, Eric Piolle s'est dit "effaré" par le courrier du ministre. "Je l'ai découvert sur les réseaux sociaux, ce qui est frappant alors qu'on avait écrit, avec les maires des trois grandes villes du département [...] au ministre de l'intérieur", une lettre "restée sans réponse", précise le maire de Grenoble.

"Un ministre ne devrait pas s'adresser ainsi aux élus locaux"

Plus encore, Eric Piolle regrette le ton des mots de Gérald Darmanin : "Un ministre de la République ne devrait pas s'adresser ainsi aux élus locaux [...]. Ca n'est pas digne de la République que nous souhaitons".

Dans son courrier, le ministre opposait "le manque d'implication de la ville" avec "l'attention particulière et constante de la police nationale". Il comparait ainsi le ratio de policiers municipaux par habitant à Grenoble - un agent pour 1 580 habitants - avec celui de Nice - un policier pour 618 - pour mettre en avant "le niveau particulièrement bas d'investissement de votre municipalité dans la sécurité". 

Une accusation "inexacte" et ironique à en croire Eric Piolle : "Gérald Darmanin cumule avec son poste de maire à Tourcoing. Et à Tourcoing, le ratio de policiers par habitant est le même qu'à Grenoble, avance-t-il. Beaucoup de villes sont en dessous." Et en effet, le ratio est d'un policier municipal pour 1 550 habitants à Tourcoing, chiffre sensiblement le même qu'à Grenoble.

Le ratio particulièrement haut de Nice fait d'ailleurs office d'exception en France. En Auvergne-Rhône-Alpes par exemple, les ratios sont de 1 pour 1 540 à Lyon et 1 pour plus de 3 000 à Clermont-Ferrand.

Une invitation à la table des débats

Gérald Darmanin notait également que les policiers municipaux grenoblois "ne sont pas armés" et "n'exercent en outre pas leurs missions la nuit". Une double erreur selon Eric Piolle. Il souligne ainsi que les policiers sont "dotés de pistolets à impulsion électrique", mais n'ont pas d'arme à feu, et "travaillent jusqu'à 3h30". Tout en reconnaissant un creux d'activité jusqu'à 7h du matin :

Le creux de nuit entre 3h30 et 7h, en pratique, il ne s'y passe pas grand chose. Nous mobilisons nos forces sur des moments où il se passe des événements qui nécessitent une intervention humaine.

Eric Piolle, maire de Grenoble

Mais surtout, le maire de Grenoble regrette l'absence de dialogue entre les élus locaux et le ministre de l'Intérieur. "Débattons de la stratégie de coopération entre l'Etat et les territoires, qui est nécessaire, de la stratégie de lutte contre les trafics et contre toutes les formes de violence", plaide-t-il. 

Pour résoudre le conflit, il lance une double invitation à Gérald Darmanin : "Sortir des réseaux sociaux, et venir débattre en élu de la République pour proposer des stratégies et des moyens". 
 
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