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Municipales 2020 : la folle campagne qui a agité Grenoble avant la réélection d'Eric Piolle

L'écologiste Eric Piolle rempile pour un deuxième mandat à la tête de Grenoble. Une victoire sans appel au second tour des élections municipales, faisant suite à une longue campagne marquée par des attaques personnelles entre candidats.

Le maire de Grenoble, Eric Piolle, se rendant aux urnes pour le second tour des élections municipales.
Le maire de Grenoble, Eric Piolle, se rendant aux urnes pour le second tour des élections municipales. © Franck Medan / Wostok Press / MAXPPP
Grenoble restera sous pavillon vert pour au moins six années de plus. L'écologiste Eric Piolle est sorti victorieux de ces élections municipales, remportant plus de 53% des voix - loin devant son principal opposant, l'ancien maire de Grenoble Alain Carignon (23,44%). Une issue sans grande surprise après les résultats assez nets du premier tour. Un scrutin marqué par une campagne inédite dans bien des aspects.

Il y a d'abord eu l'impact du Covid-19, éloignant les deux tours de plus de trois mois. Au fil de ces quinze semaines, M. Piolle est resté aux manettes de la municipalité iséroise pour gérer la crise sanitaire, tout en préparant le terrain pour sa réélection. Campagne qui, coronavirus oblige, s'est jouée à distance, essentiellement sur les réseaux sociaux et via des exercices peu habituels pour les candidats.

Mais les appels au vote des aspirants maires n'auront pas suffit à contrer l'abstention record de ce scrutin. Seuls 35,19% des électeurs se sont rendu aux urnes à Grenoble dimanche 28 juin. La légitimité de l'édile n'en est pas pour autant remise en cause, ce dernier ayant renforcé sa base d'électeurs par rapport au précédent scrutin municipal de 2014.
 
 

"Guerre d'egos"


Que dire de ces longues semaines de campagne, sinon que les attaques ad hominem l'ont souvent emporté sur le débat de fond ? Le coup d'envoi a été donné par des proches du candidat divers droite Alain Carignon, accusant Eric Piolle de conflit d'intérêt dès le mois de janvier. Le maire de Grenoble a annoncé porter plainte pour diffamation.

Puis, lors du débat de l'entre-deux tours organisé par France 3 Alpes, les deux favoris ont utilisé une bonne partie de leurs temps de parole pour s'écharper sur de multiples sujets. "Qu'est-ce qu'il va se passer à Grenoble, s'est questionné Alain Carignon. Est-ce que nous allons élire, dans l'hypothèse ou Eric Piolle serait élu, quelqu'un qui va se projeter dans l'élection présidentielle et donc continuer à ne pas se préoccuper de la vie quotidienne des Grenoblois ?"
 
Eric Piolle comme futur candidat à la présidentielle ? Le bruit court dans le microcosme politique et dans la presse nationale, Libération s'étant fait l'écho des divergences entre le patron d'EELV Yannick Jadot et l'écologiste grenoblois en vue du scrutin de 2022. Si l'édile a redit son opposition au cumul des mandats, il n'a pas formellement démenti une éventuelle ambition présidentielle.

"Vous êtes un grand menteur", a répondu l'ancien maire de Grenoble. Et M. Piolle de contre-attaquer : "Au lieu de parler de cette affaire de corruption, au lieu de parler des 19 millions que vous n'avez pas remboursés aux Grenoblois (...) aujourd'hui, on parle de Grenoble parce que Grenoble a inspiré un peu partout."

En définitive, le débat s'est davantage concentré sur une "guerre d'egos", a estimé la candidate LREM Emilie Chalas sur Twitter. "La nature de ce débat n'est pas à la hauteur de l'enjeu du second tour pour Grenoble", a-t-elle déclaré dans une vidéo, jugeant ces échanges "dramatiques pour la politique et la démocratie".
 
Avant de se jouer sur notre plateau, ces attaques entre candidats ont d'abord proliféré sur les réseaux sociaux. Mme Chalas taclant l'"autojustification confuse par (Olivier Noblecourt) du maintien de sa candidature à Grenoble au deuxième tour alors que depuis des mois il cherche à se trouver une place aux côtés d'Eric Piolle". L'ancien membre du PS s'est au contraire dit "prêt à (se) retirer pour faciliter (le) rassemblement gauche et écolos". Une union tenue en échec par des divergences de fond entre les candidats dont les preuves ne sont plus à apporter.

 

Tacos et match de foot


Pendant ce temps, le maire sortant a profité de l'éclatement de ses adversaires pour rassembler autour de sa candidature. L'impossibilité de tenir de grands meetings ne semble pas lui avoir été préjudiciable, Eric Piolle s'étant concentré sur une campagne numérique. Dans une vidéo publiée le 18 juin, l'écologiste se met en scène sur Twitter cuisinant un produit "100% Grenoblois" : un tacos "avec des produits locaux, de saison, végétariens".
 
Un exercice - certes peu habituel - auquel se prêtent les candidats pour "montrer qu'ils sont comme les autres", nous expliquait Florent Gougou, politologue et maître de conférences à Sciences Po Grenoble. "Hier, c'était en participant à des repas chez les électeurs, aujourd'hui cela se passe sur les réseaux sociaux", ajoutait-il, parlant de la campagne à l'heure du coronavirus.

Eric Piolle avait déjà eu recours à cette méthode, bien avant de se lancer dans la confection de tacos. Début mars, l'édile avait organisé un match de foot rassemblant l'Insoumis François Ruffin et d'autres figures de la gauche. Avec le scrutin en ligne de mire.

Pour fendre l'armure de ce mari et père de quatre enfants "pas très bavard sur sa vie privée" et à qui il a été reproché d'être "froid" voire "reptilien", rapporte l'AFP, son équipe de campagne a publié une série de vidéos sur les réseaux sociaux. A quelques jours de l'échéance, l'écologiste a notamment repris, toujours sur Twitter, le poème de Rudyard Kipling Tu seras un homme, mon fils, étrillant l'"homoeconomicus" et promouvant sa vision de l'écologie.
 
Des appels du pied qui ont permis au maire sortant de sortir largement victorieux de ces municipales, enterrant l'ère socialiste. A l'aube de son second mandat, Eric Piolle promet de poursuivre son action pour "faire de Grenoble une capitale verte capable d'accueillir le monde entier, une ville ouverte, zéro carbone". Tout en affirmant à nos confrères sa volonté d'"agir, car c'est ça qui (l)'intéresse".

 
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